Mise à jour de la réunion spéciale du Comité de gestion de la Défense sur le racisme

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Après la rencontre, lundi, de tous les dirigeants civils et militaires avec les membres de l’Équipe de la Défense issus de groupes de minorités visibles pour les écouter et apprendre directement d’eux sur les expériences qu’ils ont vécues et les obstacles systémiques qu’eux et leurs collègues doivent surmonter au quotidien, la sous-ministre, Jody Thomas, et le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, on publié une mise à jour sur la question que nous reproduisons ici intégralement.

«Notre organisation doit devenir un milieu au sein duquel tous les membres de l’Équipe de la Défense se sentent accueillis, en sécurité et traités avec respect et dignité, au même titre que tous les autres membres de l’Équipe. Nous avons beaucoup de travail à accomplir, et chacun d’entre nous doit faire sa part. 

«S’il est vrai que toutes les formes de racisme sont courantes et néfastes, les participants à la réunion (de lundi) se sont principalement intéressés au racisme envers les Noirs. Durant près de quatre heures donc, ils ont tenté de comprendre, se sont consultés, ont discuté et se sont questionnés au sujet ce que nos collègues noirs de l’Équipe de la Défense subissent au quotidien, tout en demeurant résilients.

LES PARTICIPANTS
«En plus des hauts dirigeants de l’Équipe de la Défense, le sous-greffier du Conseil privé et les dirigeants du Caucus des employés fédéraux noirs assistaient à la rencontre. Parmi les divers intervenants, citons notamment les co-présidents civil et militaire du Groupe consultatif des minorités visibles de la Défense (GCMVD) pour représenter les 18 groupes consultatifs régionaux partout au Canada, des militaires des FAC et un dirigeant du Réseau des employés noirs du MDN, nouvellement constitué. Leurs interventions faisaient écho aux voix de certains Noirs à l’échelle des Forces armées canadiennes (FAC) et du ministère de la Défense nationale (MDN).

LA CONVERSATION
«Le ton de la conversation était respectueux, transparent et dynamique. Totalement honnête aussi. Nous sommes reconnaissants envers les intervenants pour leur courage, leur intégrité et leur franc-parler. Dans de nombreux cas, les expériences très personnelles qui nous ont été racontées n’avaient jamais été révélées à quiconque, sauf aux proches de ceux qui les ont vécues.

CE QUE NOUS AVONS ENTENDU
«Les membres de l’Équipe de la Défense que nous avons entendus, civils et militaires, servent honorablement le Canada avec résilience et dévouement depuis plusieurs années, et même plusieurs décennies pour certains. Les expériences qui nous ont été racontées ont mis en lumière plusieurs exemples de microagressions et de comportements racistes constants et profondément blessants, de même que l’incapacité des dirigeants à régler ces problèmes. Ce que nous avons entendu ne représente qu’une fraction des témoignages envoyés à nos intervenants par des militaires et employés noirs de l’Équipe de la Défense. Il s’agit d’un réel problème. 

«Nous avons entendu parler du stress de devoir être constamment sur ses gardes et de toujours avoir conscience d’être «l’autre» dans un milieu majoritairement blanc – pas seulement dans l’Équipe de la Défense ou dans la fonction publique, mais dans la société canadienne en général. Nous avons entendu parler de tout ce qui menace le bien-être d’une personne noire qui évolue dans la société canadienne. Nous avons entendu parler des inquiétudes qui pèsent sur les épaules des militaires et employés à propos de la sécurité et du bien-être de leurs enfants, et notamment la crainte manifeste d’éventuelles interactions nocives avec les forces de l’ordre.

«Nous avons entendu que les politiques élaborées et mises en place par les dirigeants doivent fonctionner pour ceux qui n’ont pas de pouvoir. Nous devons repenser ces politiques. Aussi, nous avons entendu que les membres de l’Équipe de la Défense ont le droit d’être entendus et pris au sérieux – et nous sommes d’accord.

«En somme, on demande aux personnes en position d’autorité de prendre toutes les mesures en leur pouvoir pour changer la situation vécue actuellement par les Noirs, les Autochtones et les autres groupes sous‑représentés au sein de l’Équipe de la Défense.

«Nous avons été profondément touchés, mais aussi très ébranlés, par les témoignages.

LES RECOMMANDATIONS QUE NOUS AVONS REÇUES
«Dans le cadre de leurs présentations, les membres de l’Équipe de la Défense ont formulé des recommandations qui aideront l’institution à prendre les mesures nécessaires pour lutter contre le racisme en son sein. Ces recommandations comprenaient notamment les suivantes :

  • Mettre sur pied un secrétariat auprès duquel les membres de l’Équipe de la Défense peuvent dénoncer la discrimination raciale sans crainte de représailles.
  • Préciser la gouvernance et les obligations afin de déterminer clairement qui détient les rôles, les responsabilités et les obligations redditionnelles relativement aux politiques et aux processus visant à lutter contre le racisme et la discrimination.
  • Mieux harmoniser les efforts de l’Équipe de la Défense pour lutter contre la discrimination raciale avec ceux déployés par le gouvernement du Canada sur les plans de la collecte de données désagrégées et de la Loi sur l’équité en matière d’emploi, qui doit être renouvelée.

«Nous passerons en revue la liste complète des recommandations de manière approfondie en consultation avec d’autres dirigeants, les groupes consultatifs de la Défense et d’autres personnes indispensables au processus afin de discuter de leur mise en œuvre et du financement requis.

LES COMPORTEMENTS INACCEPTABLES
«Les comportements dont nous avons entendu parler, et que de nombreux membres de l’Équipe de la Défense ont subis de la part de leurs collègues et de leurs supérieurs, vont à l’encontre de nos valeurs institutionnelles et sont totalement inacceptables. Par exemple, il est absolument inacceptable pour tout membre de l’Équipe de la Défense de se comporter comme suit :

  • s’adresser à un collègue en proférant une insulte raciste;
  • rejeter un collègue ou un subalterne comme étant inférieur et indigne de confiance ou de respect pour nulle autre raison que la couleur de sa peau;
  • soumettre un collègue ou un subalterne à des remarques ou à des piques à caractère raciste – que ce soit en personne ou sur les plateformes de médias sociaux – et ensuite accuser d’hypersensibilité ou de manque d’humour les personnes qui soulèvent des préoccupations à cet égard;
  • être témoin de tels comportements et ne pas réagir.

«Faire une erreur en raison de son ignorance et être prêt à s’éduquer et à changer est une chose. C’en est une autre de récidiver avec des comportements qui sont entièrement contraires aux valeurs et à l’éthique du pays que nous servons et défendons aujourd’hui.

«Les membres de l’Équipe de la Défense qui adoptent une conduite haineuse subiront les conséquences de leurs actes et n’ont pas leur place dans cette organisation. Vous ne pouvez pas défendre les valeurs de votre pays si vos systèmes de croyances vont à l’encontre de ceux défendus par notre institution.

LES PROCHAINES ÉTAPES
«Le ministre de la Défense nationale s’engage pleinement à lutter contre la discrimination raciale au sein de notre organisation, et il s’attend à ce que les FAC et le Ministère adoptent des mesures audacieuses et décisives à cet égard. Les hauts dirigeants militaires et civils travaillent ensemble pour faire progresser les initiatives actuelles qui visent à définir et à mesurer les comportements haineux et à lutter contre ceux‑ci, à mieux intégrer la diversité et l’inclusion dans les engagements organisationnels et à assurer le respect de la Loi sur l’équité en matière d’emploi. Ces efforts comprendront des actions, des mesures et des responsabilités stratégiques plus précises. On prendra aussi soin d’inclure des outils et des possibilités d’avancement professionnel, de la formation ainsi qu’un cadre d’action axé sur les personnes, la gouvernance et les changements systémiques, le tout en respectant nos engagements pris dans l’énoncé du 19 juin et les recommandations formulées lors de la réunion de lundi. Des communications solides tant à l’interne qu’à l’externe seront essentielles à la réussite de ces efforts.

UN DOSSIER À SUIVRE
«En notre qualité de dirigeants, nous avons un rôle déterminant à jouer pour donner le ton et instaurer des changements de façon efficace et durable. Toutefois, pour réussir, notre institution doit être composée d’équipes dont les membres se respectent et se font confiance. Les mesures que nous adoptons pour lutter contre le racisme au sein de l’Équipe de la Défense sont essentielles à notre rendement ainsi qu’à notre légitimité en tant qu’institution.

«Malgré son importance et ce qu’on a pu y accomplir, la réunion de lundi ne marque qu’un début. Nous prévoyons rencontrer les autres groupes consultatifs de la Défense afin d’entendre leurs témoignages sur la discrimination et les obstacles systémiques. Nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire et que nous serons jugés en fonction de nos actes et de nos résultats, pas de nos sentiments et de nos promesses.

«Nous continuerons d’aller de l’avant avec détermination et de prendre des décisions qui reflètent nos valeurs et qui permettront de mieux positionner notre institution, ainsi que tous ses membres, pour l’avenir. Parmi toutes les nombreuses initiatives et opérations essentielles gérées par l’Équipe de la Défense, la lutte contre le racisme et la discrimination se doit d’être une priorité aujourd’hui et à l’avenir.»