Russie: le Kremlin se félicite d’un «triomphe» après le référendum constitutionnel

Manifestation pour dénoncer le référendum validant les pleins pouvoirs au président russe Vladimir Poutine, le 1er juillet à Moscou. [AFP]
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Le Kremlin s’est félicité jeudi d’un « triomphe » après la validation dans les urnes de la révision constitutionnelle autorisant notamment Vladimir Poutine à rester au pouvoir jusqu’en 2036, un scrutin qualifié de « mensonge » par l’opposition, alors qu’une seule région de Russie s’est opposée à la réforme.

« Il s’est produit un référendum triomphal de confiance envers le président Poutine », a affirmé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, après ce vote étalé sur une semaine qui s’est conclu officiellement sur une victoire du « oui » à 77,92%.

Dates clés de la vie politique du président russe Vladimir Poutine. [AFP]

Le vote « contre » recueille 21,27%, selon les résultats finaux diffusés jeudi par la Commission électorale. La participation s’est établie autour de 65%.

Dmitri Peskov a salué un « niveau de participation et de soutien extrêmement élévé » et estimé que ces changements constitutionnels seront « la base d’un avenir meilleur » pour la Russie.Le vote, prévu à l’origine pour avril, a été repoussé à cause de la pandémie de Covid-19. Pour éviter une trop forte affluence dans les bureaux de vote, il s’est déroulé sur une semaine, jusqu’à mercredi, et les électeurs devaient se munir de masques de protection et de gants.

Il n’y a jamais eu de doutes quant à son issue : la réforme avait été approuvée par le législateur en début d’année et le nouveau texte de la Constitution est déjà en vente dans les librairies.

Le vote, prévu à l’origine pour avril, avait été repoussé à cause de la pandémie de COVID-19. Pour éviter une trop forte affluence dans les bureaux de vote, il s’est déroulé sur une semaine, jusqu’à mercredi.

Le district autonome de Nénétsie, dans l’Arctique, est la seule région de Russie où le « non » l’a emporté avec 55,25 % des voix, selon le décompte officiel. Ce territoire isolé et peu habité, connu pour ses éleveurs de rennes, pourrait être rattaché prochainement à la région d’Arkhangelsk, ce qui a suscité un mouvement d’opposition local.

L’opposant Alexeï Navalny a qualifié ce vote d' »énorme mensonge », appelant ses partisans à se mobiliser pour les prochaines élections régionales en septembre.

L’un des amendements les plus controversés donne à Vladimir Poutine l’option de deux mandats supplémentaires à l’issue de l’actuel en 2024. Il aura ainsi la possibilité de rester au Kremlin jusqu’en 2036, l’année de ses 84 ans. 

La révision introduit aussi dans la Constitution des principes conservateurs chers au président – foi en Dieu, mariage réservé aux hétérosexuels, enseignement patriotique -, ainsi que des garanties sociales, comme l’indexation des retraites.

Selon les critiques du Kremlin, le pouvoir a multiplié les ruses pour s’assurer un succès retentissant et une participation électorale forte, avec par exemple une loterie avec des cadeaux pour les participants et des bons d’achat pour ceux votant en ligne.

L’ONG Golos, spécialisée dans l’observation des élections, a reçu plus de 2.100 signalements sur de possibles violations, notamment des cas de fonctionnaires contraints de se rendre aux urnes.

Dans un communiqué, elle a dénoncé jeudi un exemple « sans précédent » d’atteinte à la souveraineté du peuple russe.

La porte-parole du département d’État américain, Morgan Ortagus, s’est dite préoccupée, évoquant des informations sur « une coercition d’électeurs, des pressions sur les opposants aux amendements et des restrictions imposées aux observateurs indépendants du vote ».

De son côté, Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie de l’Union européenne, a enjoint Moscou à enquêter sur les irrégularités signalées.

Mais le premier ministre indien Narendra Modi, proche du président russe, a « chaleureusement félicité » jeudi Vladimir Poutine.

Et la présidente de la Commission électorale centrale, Ella Pamfilova, a pour sa part jugé qu’il « n’y a aucun doute que le vote est valide et légitime », selon l’agence russe Ria Novosti

Poutine remercie les Russes après le vote sur la constitution

Le président russe Vladimir Poutine lors d’une visioconférence à sa résidence de Novo-Ogaryovo, près de Moscou, le 2 juillet 2020 [AFP]

Vladimir Poutine a pour sa part remercié jeudi les Russes de leur « soutien et de leur confiance », au lendemain du vote ayant validé la vaste révision de la Constitution l’autorisant notamment à se maintenir au pouvoir jusqu’en 2036.

« Je voudrais remercier les citoyens russes. Un grand merci pour votre soutien et votre confiance », a déclaré le président russe dans une allocution télévisée, assurant que la réforme offrira une « stabilité intérieure et du temps pour renforcer le pays et toutes ses institutions ».

Il a vanté une révision qui mènera à « l’amélioration du système politique et la consolidation des garanties sociales », au « renforcement de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » et qui intègre « nos valeurs spirituelles, historiques et morales ».

Il a estimé que la Russie, qu’il se targue d’avoir sortie du chaos post-soviétique, est « encore très vulnérable » et encore confrontée à « de nombreux problèmes ». Il a souligné que de nombreux Russes « vivent encore de manière très difficile ».Remerciant les Russes à plusieurs reprises, M. Poutine n’a pas fait mention des amendements lui permettant de se représenter à deux reprises après la fin de son mandat actuel en 2024.

Le vote sur cette réforme constitutionnelle étalé sur une semaine s’est conclu sur une victoire du « oui » à 77,92%, un résultat que l’opposition a dénoncé comme un « énorme mensonge » et une « falsification ».

Hormis la « remise à zéro » des mandats de Vladimir Poutine, la réforme renforce aussi certaines des prérogatives du président, offre des garanties sociales et introduit aussi dans la Constitution des principes conservateurs tels que la « foi en Dieu », l’enseignement patriotique et le mariage réservé aux hétérosexuels.