Trump accueille le président mexicain sous l’ombre menaçante du virus

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, à Mexico le 21 novembre 2019. (AFP)
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En pleine pandémie de COVID-19 et à quatre mois de la présidentielle américaine, Donald Trump reçoit mercredi son homologue mexicain Andres Manuel Lopez Obrador.


Mise à jour 08/07/2020,16h55

Le président américain Donald Trump a loué mercredi la « force » des liens entre les États-Unis et le Mexique en accueillant son homologue mexicain Andres Manuel Lopez Obrador à la Maison-Blanche, lors de la première rencontre entre les deux dirigeants.

«La relation entre les États-Unis et le Mexique n’a jamais été aussi bonne qu’elle l’est maintenant», a déclaré devant la presse le milliardaire républicain, qui s’est notamment fait élire en 2016 sur la promesse de construire un mur à la frontière avec le Mexique.  Durant sa campagne, le président américain avait notamment qualifié les immigrés latinos de « sales types » et avait accusé le gouvernement mexicain d’envoyer des tueurs et des violeurs aux États-Unis.

De son côté, le président mexicain a adopté un ton particulièrement conciliant vis-à-vis de M. Trump. «Je veux vous remercier pour votre compréhension», a-t-il déclaré, estimant qu’il n’existait aucune raison pour que les «très bonnes relations politiques» entre les deux pays se détériorent.


L’objectif et le calendrier de cette visite – la première à l’étranger d’« AMLO » depuis son arrivée au pouvoir il y 18 mois – suscitent des interrogations et de vives critiques des deux côtés de la frontière.

Au programme : une rencontre dans le bureau Ovale, une déclaration commune et un dîner de travail dans la prestigieuse « East Room » de la Maison-Blanche.

Avant de se rendre à la Maison-Blanche, le dirigeant mexicain a effectué une visite au Lincoln Memorial, où s’il s’est immobilisé quelques instants devant l’immense statue du lointain prédécesseur de Donald Trump.

Officiellement, le premier tête-à-tête entre les deux hommes vise à célébrer l’entrée en vigueur du nouveau traité de libre-échange nord-américain.

Mais preuve de tensions persistantes, le premier ministre canadien Justin Trudeau, également signataire, manquera à l’appel.

Mardi soir, M. Trump s’est dit ravi de recevoir son homologue mexicain, un « homme bien », un « ami ».  

« Je veux maintenir de bonnes relations avec les États-Unis. C’est ce qui est bon pour nous », a déclaré « AMLO » avant de quitter Mexico.

Mais cette rencontre dans le bureau Ovale ne fait pas l’unanimité, en particulier aux États-Unis où une flambée des cas positifs de COVID-19 dans le Sud et l’Ouest alarme les autorités sanitaires.

Une dizaine d’élus hispaniques du Congrès ont réclamé – en vain – son annulation, jugeant que l’entrée en vigueur du nouveau traité, qui remplace et modernise l’ALENA, entré en vigueur en 1994, n’était qu’un prétexte.

Pour eux, le véritable objectif du président « est de détourner l’attention de la crise du coronavirus » et de dissimuler « son échec à répondre de manière adéquate à la pandémie ».

Pour l’élu démocrate de Chicago Chuy Garcia, né au Mexique, Donald Trump cherche avant tout, à l’approche de l’élection, une jolie photo avec Lopez Obrador pour faire oublier « quatre années d’insultes, d’attaques et de politiques désastreuses » pour les Latinos.

Nombre de figures de l’opposition mexicaine ont, de leur côté, dénoncé avec force ce déplacement, certains y voyant une forme de capitulation.

« C’est une visite inutile, qui comporte de nombreux risques et aucun avantage pour le Mexique », a déclaré à l’AFP l’ancien ministre mexicain des Affaires étrangères Jorge Castañeda.

Points communs

Le dirigeant mexicain a lui mis en avant ce qu’il estime être un changement de ton du locataire de la Maison-Blanche.

« Les propos du président Trump concernant le Mexique sont plus respectueux qu’auparavant », a-t-il déclaré, exprimant même sa reconnaissance.

En campagne, en 2018, il avait pourtant promis de tenir tête au milliardaire républicain installé à la Maison-Blanche.

« Si (Donald Trump) lance un tweet offensif, je me chargerai de lui répondre », avait-il lancé. « Je crois qu’il va comprendre qu’il doit se modérer, qu’il ne doit pas offenser le peuple du Mexique. »

Pour l’historien mexicain Enrique Krauze, la rencontre entre les deux hommes, qui ont en particulier en commun « le mépris de la science » et sont coutumiers des attaques contre la presse, suscitera un ressentiment durable dans les deux pays.

« Nous n’oublierons pas la révérence de M. Lopez Obrador face à un homme qui nous a dénigrés », a-t-il écrit dans une tribune publiée dans le New York Times.

« Et les démocrates américains n’oublieront pas le service que rend M. Lopez Obrador à un président qui leur a fait tant de mal ».

Soucieux de son image de président austère, le président mexicain est arrivé mardi soir à Washington par vol commercial.

Fait notable : il portait un masque à bord de l’avion. Donald Trump n’a, à ce jour, jamais été vu avec un masque en public.