Vol 752: l’analyse préliminaire confirme que l’Iran a abattu l’avion selon un responsable ukrainien

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Un responsable ukrainien, Yevhenii Yenine, ministre adjoint aux Affaires étrangères de l’Ukraine, a déclaré qu’une analyse préliminaire des enregistreurs de vol a révélé que l’Iran avait abattu illégalement un avion de passagers de son pays au-dessus de Téhéran en janvier.

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a pour sa part confirmé cette semaine que le téléchargement et l’analyse préliminaire des données des enregistreurs de données de vol et de conversations dans le poste de pilotage du vol 752 d’Ukraine International Airlines (PS752) ont bel et bien eu lieu.

Une équipe d’enquêteurs en provenance des États concernés, dont deux enquêteurs du BST, s’est réunie au Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la Sécurité de l’Aviation Civile (BEA), à Paris (France), le 20 juillet 2020 pour commencer l’extraction des données des enregistreurs de bord du vol PS752. Au cours de cette semaine chargée, indique le BST dans un communiqué publié le 23 juillet, les données de ces enregistreurs ont bel et bien été téléchargées et soumises à une analyse préliminaire.

«Le téléchargement et l’analyse préliminaire des données constituent un jalon important dans ce qui doit être une enquête de sécurité minutieuse et transparente», a déclaré la présidente du BST, Kathy Fox. «Le travail à Paris est peut-être terminé, mais l’enquête est loin de l’être. Bon nombre de questions restent sans réponse. Je sais que les familles des victimes et beaucoup d’autres personnes sont impatientes de savoir quelles sont les données recueillies. Nous avons pressé l’Iran de diffuser des renseignements factuels issus des enregistreurs le plus rapidement possible. Cependant, en vertu de l’Annexe 13 de la Convention relative à l’aviation civile internationale, le BST n’est pas en mesure de fournir des détails à l’heure actuelle, sans l’autorisation expresse de l’État chargé de mener cette enquête, c’est-à-dire l’Iran. Le BST continue de réclamer une enquête sur la sécurité minutieuse, transparente et crédible, et continue d’offrir son aide à l’Iran.»

Les enquêtes internationales sur les accidents et les incidents d’aéronefs sont régies par l’Annexe 13 de la Convention relative à l’aviation civile internationale(en anglais seulement). En qualité « d’État d’occurrence », la République islamique d’Iran et, plus précisément, son bureau d’enquête sur les accidents d’aéronefs, est l’organisme en charge de cette enquête de sécurité. Le rôle des États particulièrement intéressés à un accident parce que certains de leurs ressortissants sont au nombre des morts ou des blessés graves, ou qu’ils ont d’autres intérêts directs dans l’accident, ce qui est le cas du Canada, est également régi par l’Annexe 13. En qualité d’organisme en charge de l’enquête, le bureau d’enquête sur les accidents d’aéronefs de la République islamique d’Iran est également responsable de communiquer les renseignements relatifs à la progression et aux résultats de l’enquête de sécurité. (Source: Bureau de la sécurité des transports du Canada)

Les 176 personnes à bord du vol PS-752 ont été tuées, dont 55 citoyens canadiens et 30 résidents permanents et des dizaines d’autres personnes ayant des liens avec le Canada.

La déclaration lève le voile sur ce qui pourrait être une enquête opaque, car l’Iran est devenu l’enquêteur officiel même si son armée a abattu le vol 752 d’Ukraine International Airlines le 8 janvier peu après son décollage de Téhéran.

En vertu de l’annexe 13 de la Convention relative à l’aviation civile internationale, l’Iran devient l’enquêteur principal de l’accident parce qu’il s’agissait de « l’État d’occurrence ». Cela donne également à l’Iran un contrôle total sur le dévoilement d’informations sur le contenu des enregistreurs de vol.

Le message sur Twitter du ministre adjoint aux Affaires étrangères de l’Ukraine semble donc entrer en conflit avec les exigences de l’annexe 13, car il lève le voile sur ce qui a été un long processus par le Canada, la Grande-Bretagne, l’Ukraine, l’Afghanistan et la Suède — les pays qui ont perdu des citoyens dans la tragédie — pour forcer l’Iran à coopérer.

Pour sa part, le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, continue à presser publiquement l’Iran de partager le contenu des enregistreurs de vol.«Cette analyse doit maintenant être transmise rapidement à la communauté internationale pour assurer une enquête complète, crédible et transparente sur la sécurité du vol», a écrit M. Champagne sur Twitter jeudi.

M. Champagne a déclaré plus tôt cette semaine que les enregistreurs de vol constitueraient une partie d’une enquête sur la sécurité des vols, en plus d’une enquête criminelle internationale visant à identifier les personnes responsables des tirs sur l’avion de passagers.

*Avec PC