Après le coup d’Etat, le Mali s’interroge sur son avenir

Le colonel Malick Diaw, un des leaders des putschistes, au centre de Bamako le 21 août 2020. (AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Deux semaines après le coup d’Etat qui a porté des militaires à sa tête, le Mali cherche son futur à un moment charnière où « le champ des possibles est large car les défis sont larges », selon l’expression d’un sociologue malien.

Les mêmes questions reviennent dans chaque cour de maison de Bamako: comment sortir le pays d’une spirale délétère, quelle place pour les militaires et les religieux dans le Mali de demain, comment renouveler une classe politique jugée sclérosée et corrompue, comment ne pas répéter les erreurs du passé ?

Le Mali de 2020 est un pays marqué par les épreuves: des années de guerre, l’enchaînement des attaques jihadistes malgré l’intervention de forces internationales et étrangères, les violences intercommunautaires, la pauvreté, la défaillance des services de santé, d’éducation et de l’Etat en général.

La corruption et le clientélisme y sont jugés endémiques. Alors nombreux sont ceux qui, comme le think-tank Institut d’études de sécurité (ISS), voient le putsch comme l’opportunité d’un « renouveau démocratique ».

Les colonels ont promis de rendre le pouvoir aux civils après une transition au cours de laquelle des autorités provisoires prépareraient des élections dans un délai « raisonnable ». Le vote ouvrirait la voie à un gouvernement et un parlement dotés d’une nouvelle légitimité, quand le discrédit des institutions passe pour un facteur de crise majeur.

Chacun fait ses propositions et soutient son champion. Les prétendants aux responsabilités à venir se positionnent. La confusion est grande.

« Trop de questions dans ma tête, l’histoire se répète. Suis-je bête ? En fait, je m’inquiète pour un peuple analphabète », rime le rappeur Mylmo, figure de la scène bamakoise, dans son titre publié après le coup d’Etat du 18 août. 

L’imam Mahmoud Dicko lors d’une réunion politique à Bamako le 28 août 2020. (AFP)

«Tamiser»

Bréma Ely Dicko, sociologue à l’Université de Bamako, incite à « ne pas se précipiter ». « Il faut tamiser », juge-t-il.

« Le Mali nouveau ne se construira pas en quelques semaines. Mais c’est dès maintenant qu’il faut en placer les ébauches », estime-t-il en ajoutant que « le champ des possibles est large car les défis sont larges ».

En attendant l’émergence de ce « Mali nouveau » également évoqué par les militaires, ces derniers, les diplomates et les responsables politiques s’écharpent sur l’urgence pratique du moment: la transition, sa durée et celui qui doit la diriger.

La junte a initialement proposé trois ans sous la direction d’un militaire avant de baisser la barre à deux, sous pilotage militaire ou civil. Dans l’immédiat, elle a investi son numéro un des fonctions de chef de l’Etat.

Pas plus d’un an de transition, et sous responsabilité civile, disent les voisins ouest-africains du Mali, soucieux de la stabilité d’un pays pivot du conflit au Sahel qui en est à son quatrième coup d’Etat en soixante ans d’indépendance.

Durant les discussions avec la junte, plusieurs diplomates occidentaux ont refusé l’idée d’un militaire d’active comme chef de la transition, mais estimé qu’un « militaire à la retraite ou retourné à la vie civile » pourrait être une solution raisonnable, selon des témoignages recueillis par l’AFP.

#MaTransition sur internet

« Ce qui est important n’est pas qui doit diriger ni quelle est la durée. C’est d’abord que les Maliens ôtent leur habit d’homme politique et endossent l’habit de citoyen pour participer au sursaut national », plaide le sociologue Dicko.

Le mot-clé #MaTransition est devenu viral sur les réseaux sociaux et chaque internaute y va de ses propositions. Pour certains, écrire une nouvelle Constitution est primordial. Pour d’autres, l’école et la sécurité doivent être les priorités.

Il faut quoi qu’il en soit des « réformes profondes », notamment sur les questions électorales et administratives, a martelé dans un communiqué la plateforme des organisations de la société civile.

La question de « l’articulation des pouvoirs » entre le Président, le Premier ministre et le Parlement sera centrale, estime Abdourhamane Ben Mamata Touré, avocat et ancien directeur de la formation à l’Ecole nationale d’administration (ENA). L’une des principales critiques contre le président renversé, Ibrahim Boubacar Keïta, a visé un exercice solitaire du pouvoir.

La gouvernance future – pourquoi pas collégiale plaide-t-il – doit « répondre aux attentes des Maliens ». Il « manque aujourd’hui une légitimité d’exercice » aux dirigeants pour dépasser la « légitimité électorale » qui serait le fruit actuellement d’un « système d’alliances et de partage du pouvoir », analyse-t-il.

La feuille de route des mois à venir devra venir d’une « véritable appropriation nationale », assure l’ISS dans une note récemment publiée, « plutôt que d’être imposée par des partenaires extérieurs ».