Coup d’Etat au Mali: les pays voisins réclament le rétablissement d’IBK et envoient une délégation

Des militaires maliens dans les rues de Bamako le 19 août 2020. (AFP)
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Les pays voisins du Mali, réunis en Sommet extraordinaire, ont réclamé jeudi le « rétablissement » du président malien Ibrahim Boubacar Keïta renversé par un coup d’Etat et décidé d’envoyer une délégation à Bamako en vue d’un « retour immédiat à l’ordre constitutionnel ».

Les dirigeants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) étaient réunis jeudi en sommet virtuel « sur la situation au Mali », jugée « grave », trois jours après le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », toujours aux mains des militaires putschistes.

« Nous demandons le rétablissement du président Ibrahim Boubacar Keita en tant que président de la République » du Mali, a déclaré le chef de l’Etat du Niger – limitrophe du Mali – Mahamadou Issoufou, à la fin de ce sommet qui a également décidé « de dépêcher immédiatement une délégation de haut niveau pour assurer le retour immédiat de l’ordre constitutionnel ».

« Le Mali est dans une situation critique, avec des risques graves qu’un affaissement de l’Etat et des institutions n’entraîne des revers dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé », a poursuivi M. Issoufou, qui assure la présidence tournante de la Cédéao, rappelant aux putschistes « leur responsabilité sur la sûreté et la sécurité du président Ibrahim Boubacar Keita et des officiels arrêtés ».

A l’ouverture du Sommet, M. Issoufou avait rappelé qu’en 2012, un précédent coup d’Etat militaire à Bamako avait permis à des groupes islamistes armés « d’occuper pendant plusieurs semaines les 2/3 du territoire malien ».

A Bamako, la Cédéao va mener des discussions et « faire comprendre aux responsables de la junte militaire que les temps de prise de pouvoir par la force sont révolus dans notre sous-région », a ajouté le président Issoufou, demandant « la mise en oeuvre immédiate d’un ensemble de sanctions contre tous les militaires putschistes et leur partenaires et collaborateurs ».

La Cédéao a d’ores avait déjà suspendu le Mali de ses organes de décision.

Dans la capitale malienne, des soldats étaient postés jeudi devant la cité administrative, qui abrite la plupart des ministères, a constaté un correspondant de  l’AFP. Mais les habitants, qui ont généralement bien accueilli le changement de régime, vaquaient normalement à leurs occupations, notamment sur les marchés.

La sécurité dans la région du G5 Sahel, avec la mission de l’ONU, les opérations françaises Barkhane et la Force conjointe du G5 Sahel. (AFP)

Le président Keïta, dit IBK, élu en 2013 puis réélu en 2018 pour cinq ans, faisait face depuis des mois à une contestation sans précédent depuis le coup d’Etat de 2012.

Il a été arrêté par des militaires putschsites avec son Premier ministre Boubou Cissé et d’autres responsables civils et militaires qui étaient toujours détenus jeudi à la mi-journée.

IBK a été contraint d’annoncer sa démission et la dissolution de l’Assemblée nationale et du gouvernement dans la nuit de mardi à mercredi. Les militaires, pour la plupart des hauts gradés, ont annoncé dans la foulée que le pays était dorénavant dirigé par un Comité national pour le salut du peuple (CNSP), avec à sa tête un colonel, Assimi Goïta, et a promis d’organiser des élections dans un « délai raisonnable ».

A Bamako, des soldats étaient postés jeudi devant la cité administrative, qui abrite la plupart des ministères, a constaté un correspondant de  l’AFP.

Mais les habitants, qui ont généralement bien accueilli le changement de régime, vaquaient normalement à leurs occupations, notamment sur les marchés ouverts.

La Cédéao a échoué a résoudre crise qui opposait depuis les législatives contestées de mars-avril IBK à une coalition hétéroclite d’opposants politiques, de religieux et de membres de la société civile.

Elle avait prôné la mise en place d’un gouvernement d’union nationale mais fait du départ forcé du président Keïta une « ligne rouge » à ne pas franchir.

La coalition d’opposition, baptisée « Mouvement du 5 juin », s’est félicitée mercredi du putsch, estimant qu’il avait « parachevé » son combat contre le président Keïta, et s’est dite prête à élaborer avec la junte une transition politique.

«Fêter la victoire du peuple»

Elle compte organiser vendredi de grands rassemblements pour « fêter la victoire du peuple malien ». 

A l’instar de l’ONU, de  la France ou des Etats-Unis, l’ONG Amnesty international a appelé jeudi les auteurs du coup d’Etat à la libération immédiate des personnalités arrêtées.

Elle a également réclamé une enquête sur la mort de quatre personnes lors des événements de mardi, alors que la junte a affirmé que son intervention n’avait fait aucune victime.

« Nous avons recensé quatre morts le 18 août au soir et 15 blessés. Toutes les victimes ont été touchées par balles », a déclaré Samira Daoud, directrice pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale d’Amnesty.

Le nouvel homme fort du Mali, un officier d’une quarantaine d’années issu des meilleures écoles militaires du pays, dirigeait jusqu’à présent les forces spéciales dans le centre du pays, une région en proie depuis 2015 une multitude d’attaques jihadistes qui ont causé de lourdes pertes civiles et au sein de l’armée malienne.

Ces attaques, mêlées à des violences intercommunautaires, ont débordé sur les pays voisins, Niger et Burkina Fasso.

Photo tirée d’une vidéo de la télévision publique malienne ORTM des dirigeants de la junte militaire le 19 août 2020. (AFP)

Le colonel Goïta a justifié mercredi l’intervention des militaires par  la « crise socio-politique, sécuritaire » que traverse le pays.

« Nous n’avons plus le droit à l’erreur », a-t-il dit après avoir rencontré demandé aux responsables des administrations de continuer à assurer les services de l’Etat.

La communauté internationale a unanimement condamné le Coup d’Etat, bien que les mutins aient assuré qu’ils allaient respecter « tous les accords passés » et que les forces de l’ONU, françaises et ouest-africaines présentes au Mali demeuraient leurs « partenaires ».

La junte a aussi indiqué qu’elle restait « attachée au processus d’Alger », l’accord de paix signé en 2015 entre Bamako et les groupes armés du nord du pays.