L’aide humanitaire canadienne en réponse à l’explosion survenue à Beyrouth

Les autorités libanaises ont avancé, mercredi, que rien n’indiquait que les explosions aient été provoquées délibérément. Il s’agirait d’un accident attribuable à de la négligence. (AFP)
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Le ministre des Affaires étrangères, l’François-Philippe Champagne, et la ministre du Développement international, Karina Gould, ont annoncé mercredi que le Canada fournira jusqu’à 5 millions de dollars en aide humanitaire en réponse à la tragique explosion survenue à Beyrouth, au Liban, le 4 août 2020.


Mise à jour 07/08/2020, 10h34

Jeudi soir, la ministre des Relations internationales du Québec,, Nadine Girault, a annoncé de son côté une aide financière d’urgence d’un million de dollars pour soutenir des projets d’action humanitaire destinés à la population libanaise.


Cette somme comprend un montant initial de 1,5 million de dollars qui sera immédiatement versé à des partenaires humanitaires de confiance sur le terrain, notamment la Croix-Rouge libanaise par l’intermédiaire de la Société canadienne de la Croix-Rouge, afin de répondre aux besoins urgents des personnes touchées par cette crise.

La contribution du Canada permettra de soutenir les services médicaux d’urgence et de fournir des abris, de la nourriture et d’autres articles essentiels.

«Les premiers jours d’une catastrophe humanitaire sont cruciaux, et le Canada est là pour aider. Ce financement permettra de fournir des abris sûrs, de l’eau propre, des médicaments et des produits de première nécessité aux personnes dans le besoin. En tant que gouvernement, nous sommes mobilisés pour faire en sorte que le Canada soit là pour apporter l’aide dont la population libanaise a grand besoin.», a pour sa part déclaré Karina Gould, ministre du Développement international.

«Le Canada est aux côtés du peuple libanais dans cette tragédie, et nous sommes prêts à apporter notre aide dans la mesure du possible, comme je l’ai indiqué dans mes deux récentes conversations avec mon homologue libanais. Cette première contribution permettra de répondre aux besoins immédiats et les plus urgents des personnes dévastées par cette explosion.», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

Mais l’’aide humanitaire de 5 millions de dollars «n’est qu’un début», assure le ministre Champagne, qui s’est entretenu à deux reprises avec son homologue du Liban au cours des 24 dernières heures afin d’obtenir la liste des besoins prioritaires des autorités.

Dans le cadre de sa stratégie au Moyen-Orient, le Canada fournit déjà plus de 47 millions de dollars d’aide humanitaire aux populations touchées par la crise au Liban en 2020. Cette aide comprend, entre autres, un soutien à l’accès aux services de santé de base et à la fourniture d’une assistance médicale.

«Nous avons toujours été là pour le Liban et nous serons toujours là pour le Liban. Nous allons répondre à l’appel historique du Liban. […] Nous sommes en train de regarder comment on peut travailler avec le secteur privé pour ramasser des dons et faciliter la reconstruction et l’aide humanitaire que le Liban aura besoin», a indiqué le chef de la diplomatie canadienne.

L’ONU lancera probablement aujourd’hui un appel à la contribution des pays membres de l’organisation et le Canada a la ferme intention de répondre «présent», a-t-il dit.

Pendant ce temps à Ottawa, le ministère des Affaires étrangères fait l’examen des équipements que les différents ministères et différentes agences du gouvernement canadien peuvent offrir pour contribuer à la mobilisation internationale au Liban.

Le ministre Champagne s’est également entretenu avec les représentants des producteurs céréaliers du pays afin de voir s’il est possible de réacheminer d’urgence des exportations de grain vers le Liban.

«Le Canada veut faire une différence au niveau de la sécurité alimentaire. On sait qu’il reste peu de grains dans les silos qui ont été détruits au port de Beyrouth. Il en reste pour environ un mois. J’ai parlé hier au président de Cereals Canada pour voir comment les exportateurs canadiens pourraient venir en aide au peuple libanais. C’est en train de se discuter. Il y a donc beaucoup de choses qui sont en branle. Nous sommes en train de coordonner la réponse avec nos différents partenaires pour s’assurer qu’on ait une aide rapide, mais aussi une aide ciblée. C’est important durant ce genre de crise », a expliqué le chef de la diplomatie canadienne.

Par ailleurs, l’ambassade du Canada à Beyrouth n’a pas subi de dommages majeurs et que la structure demeure solide. «Au niveau structurel, la chancellerie est utilisable ». Mais les appartements d’une vingtaine d’employés de l’ambassade ont été complètement détruits dans la déflagration. Les déflagrations du 4 août n’aurait toutefois fait aucune victime parmi le personnel canadien à l’exception, selon le quotidien montréalais La Presse, d’un des employés qui aurait subi des blessures.

Les citoyens canadiens aussi peuvent aider

Alors que le Liban est aux prises avec une crise en constante évolution et les besoins économiques et humanitaires sont criants et que la situation, particulièrement pour les personnes les plus vulnérables, risque d’être aggravée par la pandémie de Covid-19, le Comité de support à la Croix-Rouge libanaise, section Canada, appuie les efforts de la Croix-Rouge sur le terrain et la Croix-Rouge canadienne a mis sur pied un fonds de secours.

Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge coordonne les opérations de secours et de rétablissement afin d’aider au plus vite les personnes dans les zones touchées. «Les fonds amassés serviront à appuyer les préparatifs de l’organisation, ses interventions auprès des personnes présentant des besoins humanitaires au Liban et la prestation des services», dit la Croix-Rouge canadienne qui précisent que, «pour le moment, les activités en cours consistent à déployer des cliniques mobiles, à prêter main-forte aux établissements de santé et à renforcer la capacité des systèmes hospitaliers, mais elles sont susceptibles d’évoluer en fonction des besoins émergents.»

16 fonctionnaires du port de Beyrouth en détention

Le port de Beyrouth a été dévasté par deux gigantesques explosions, mardi. (AFP)

Par ailleurs,au moins 16 fonctionnaires du port de Beyrouth et des autorités douanières ont été placés en détention dans le cadre de l’enquête sur l’explosion meurtrière et dévastatrice mardi d’un entrepôt renfermant des tonnes de nitrate d’ammonium, a annoncé jeudi le procureur militaire.

ll s’agit de «responsables du conseil d’administration du port de Beyrouth et de l’administration des douanes, et des responsables des travaux d’entretien et des (ouvriers) ayant effectué des travaux dans le hangar numéro 12 », où étaient stockées les tonnes de nitrate d’ammonium, a précisé le procureur militaire Fadi Akiki dans un communiqué.

«Seize personnes sont détenues dans le cadre de l’enquête», a indiqué le communiqué sans préciser la date de leur arrestation, leur identité ou les accusations à leur encontre. Elles ont été arrêtées mercredi ou jeudi, d’après une source proche du dossier.

L’explosion dans le port de Beyrouth mardi a fait plus de 130 morts et 5000 blessés, et dévasté des quartiers entiers. Elle a à son origine selon les autorités les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées depuis six ans dans un entrepôt «sans mesures de précaution», de l’aveu même du premier ministre Hassan Diab.

Les autorités libanaises affirment que l’entrepôt a explosé après un incendie. Autorités du port, services des douanes et certains services de sécurité étaient tous au courant que des matières chimiques dangereuses étaient entreposées là mais ils se sont rejetés mutuellement la responsabilité.

En juin 2019, la sûreté de l’État a lancé une enquête sur cette cargaison, après des plaintes répétées sur des odeurs nauséabondes qui émanaient du hangar. Elle avait signalé que l’entrepôt contenait «des matières dangereuses qu’il est nécessaire de déplacer» et indiqué que les parois de l’entrepôt étaient lézardées et recommandé qu’il soit réparé.

La direction du port, qui était au courant du caractère dangereux des produits, a finalement envoyé il y a quelques jours des ouvriers colmater les fissures de l’entrepôt. Ces travaux, selon les sources de sécurité, auraient été à l’origine du drame, selon les autorités.

Par ailleurs, un responsable proche du dossier a assuré à l’AFP que la Banque centrale du Liban avait ordonné un gel des avoirs de sept responsables du port et des douanes, dont le directeur des douanes, Badri Daher.

Il s’exprimait sous couvert de l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

Une source bancaire a confirmé que les banques commerciales avaient reçu la circulaire de la Banque centrale, qui a décidé aussi de la levée du secret bancaire pour tous les comptes ces sept personnes ou même leurs proches.

Et un Russe interrogé sur le stock de nitrate d’ammonium

La police chypriote a de son côté indiqué jeudi avoir interrogé un Russe après la publication d’informations liant cet individu au bateau qui avait transporté les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium dont l’explosion a dévasté Beyrouth.

«Les autorités libanaises nous ont demandé de localiser cet individu et de lui poser des questions, ce que nous avons fait», a indiqué un porte-parole de la police à l’AFP.  

«Ses réponses ont été envoyées au Liban», a-t-il ajouté, précisant que cet homme, Igor Gretchouchkine, n’avait pas été arrêté mais seulement interrogé sur la cargaison du navire à la demande du bureau d’Interpol au Liban.

L’énorme déflagration de mardi a été déclenchée par un incendie qui s’est déclaré dans un entrepôt abritant depuis six ans un stock de nitrate d’ammonium, «sans mesures de précaution», selon les autorités.  

En 2013, le Rhosus, battant pavillon moldave et venant de Géorgie, a fait escale à Beyrouth, en route pour le Mozambique, selon une source de sécurité libanaise. Avec à son bord 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, qui peut entrer dans la composition de certains explosifs à usage civil, mais également être utilisé comme engrais.

Les autorités portuaires du Mozambique ont officiellement nié avoir été informées de l’arrivée éventuelle du navire et de sa cargaison.

Selon plusieurs médias, dont le New York Times, M. Gretchouchkine avait loué le bateau, forcé d’accoster à Beyrouth en raison d’un trou dans sa coque. Selon le site Marine Traffic, il est arrivé le 20 novembre 2013 et n’est jamais reparti. Il avait eu des problèmes techniques.

D’après des sources sécuritaires libanaises, alors que le Rhosus était en transit à Beyrouth, une firme libanaise aurait porté plainte contre la compagnie à laquelle le bateau appartenait, poussant la justice locale à saisir l’embarcation.

La cargaison a été placée dans un hangar et le bateau, endommagé, a fini par couler.

Selon un communiqué du cabinet d’avocats libanais Baroudi & Associates, qui représente l’équipage du navire, le bateau devait transporter une cargaison de Beyrouth en Jordanie mais les autorités du port avaient empêché le navire de la charger et de partir en raison de «défauts techniques et de non-respect des règles de sécurité maritime».  

Le cabinet a ajouté que le propriétaire du bateau et ceux qui l’avaient affrété avaient abandonné les quatre membres de l’équipage à leur sort.  Il a précisé avoir averti les autorités des «risques d’explosion de la cargaison à bord».  

Plus tôt jeudi, le ministère de l’Intérieur chypriote avait nié des informations selon lesquelles le Russe possèderait un passeport chypriote.

Selon le journal chypriote Politis, M. Gretchouchkine habite Limassol, important port de commerce de transit en Méditerranée, avec sa femme, une ressortissante russe détentrice d’un passeport chypriote.