Affaire Navalny : Berlin fixe un ultimatum de quelques jours à Moscou

Bête noire du Kremlin, à la tête du Fonds contre la corruption, qui révèle la corruption des élites, Alexeï Navalny a été admis le 20 août en réanimation dans un hôpital d’Omsk après un malaise dans un avion qui devait le ramener à Moscou depuis Tomsk, en Sibérie. (AFP)
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Le bras de fer germano-russe autour d’Alexeï Navalny s’est durci dimanche, Berlin fixant un ultimatum pour avoir des explications sur son empoisonnement avant de possibles sanctions, tandis que Moscou a accusé l’Allemagne de retarder l’enquête.

« Fixer des ultimatums n’aide personne, mais si dans les prochains jours la partie russe ne contribue pas à clarifier ce qui s’est passé » concernant la bête noire du Kremlin, « alors nous allons devoir discuter d’une réponse avec nos partenaires », a averti le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas dans le quotidien Bild.

Il a ajouté qu’en cas de sanctions, elles devraient être « ciblées » et n’a pas totalement exclu un impact sur le projet phare de gazoduc Nord Stream 2, entre la Russie et l’Europe.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a en retour reproché à Berlin « de retarder le processus de l’enquête qu’elle réclame » en ne transmettant pas les pièces du dossier. « Délibérément ? », a-t-elle écrit sur Facebook, en suggérant que l’Allemagne jouait « un double jeu ».

Principal opposant russe, Alexeï Navalny est actuellement hospitalisé à Berlin.  

Kremlin mis en cause

Selon le gouvernement d’Angela Merkel, il a été « sans équivoque » empoisonné en Russie lors d’une tournée électorale par un agent neurotoxique de type Novitchok, conçu à l’époque soviétique à des fins militaires.  

Berlin et les autres pays occidentaux ont exhorté Moscou à plusieurs reprises à faire la lumière sur l’empoisonnement.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a jugé dimanche « très difficile » de penser à une autre explication « plausible » que celle d’une « émanation de l’État russe ». Il est « clair que le Novitchok a été utilisé », a-t-il estimé sur Sky news.

Mais son homologue russe Sergueï Lavrov a accueilli cette semaine avec « une bonne dose de scepticisme » les accusations de tentative d’assassinat et demandé à Berlin de fournir des preuves.

Abandonnant les précautions diplomatiques utilisées jusqu’ici par Berlin, M. Mass a mis directement en cause l’État russe dans l’empoisonnement.

« Il y a plusieurs indices en ce sens, c’est la raison pour laquelle la partie russe doit maintenant réagir », a-t-il dit.  

« La substance mortelle avec laquelle Navalny a été empoisonné s’est trouvée dans le passé en possession des autorités russes, seul un petit nombre de personnes ont accès au Novitchok et ce poison a déjà été utilisé par les services russes pour l’attaque contre l’ex-agent (russe) Sergueï Skripal » en Grande-Bretagne, a-t-il encore énuméré.

Jeudi déjà, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, avait évoqué d’éventuelles sanctions.

Dans ce registre, M. Maas a évoqué les menaces sur le projet très controversé en cours de finition de gazoduc Nord Stream 2, censé approvisionner l’Allemagne et l’Europe en gaz russe. Un projet jusqu’ici très cher à l’Allemagne.

« J’espère en tout cas que les Russes ne nous contraindront pas à changer notre position sur Nord Stream », a dit le ministre, tout en appelant à ne pas « réduire » le débat à ce seul dossier.

Gazoduc

Le gouvernement d’Angela Merkel est avec l’affaire Navalny sous une pression croissante pour revoir son soutien à ce projet.

Les États-Unis mènent déjà depuis plusieurs années déjà une intense campagne pour tenter de le torpiller. Ils ont imposé des sanctions contre les entreprises impliquées dans le chantier, actuellement à l’arrêt, malgré les protestations européennes.

Jusqu’ici, la chancelière a toujours tenu à scinder la relation avec Vladimir Poutine de ce projet, eu égard aux intérêts économiques et énergétiques majeurs en jeu : plus d’une centaine d’entreprises européennes, dont la moitié sont allemandes, y sont associées.

Au plan national, Nord Stream est néanmoins devenu pour elle un sujet controversé de débat, notamment entre les prétendants à sa succession à la chancellerie dans son camp conservateur, en vue des élections législatives de fin 2021.

Deux d’entre eux, Friedrich Merz et le président de la commission des Affaires étrangères de la chambre des députés, Norbert Röttgen, ont appelé à stopper le gazoduc, sous peine selon ce dernier « d’encourager Poutine » à « poursuivre sa politique ».

Un autre, Armin Laschet, un des favoris, a lui appelé à ne pas agir « par réflexe ».