Charlie Hebdo: ouverture du procès historique des attentats de janvier 2015

Charlie Hebdo: ouverture le 2 septembre à Paris,du procès historique des attentats de janvier 2015 sous très haute surveillance policière. (AFP)
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Le procès historique des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et une supérette juive, qui avaient secoué la France et semé la consternation à l’étranger, s’est ouvert mercredi à Paris sous très haute surveillance policière.

Des centaines de policiers étaient déployés à l’extérieur et à l’intérieur du tribunal, dont les abords ont été bouclés.

Plus de cinq ans après ces attaques djihadistes, qui avaient marqué le début d’une sanglante série d’attentats islamistes en France, l’audience s’est ouverte dans une ambiance lourde, en présence de 11 des 14 accusés.

Dix d’entre eux sont répartis dans deux box, étroitement encadrés par des policiers encagoulés. Le onzième comparaît libre sous contrôle judiciaire.

Dans la salle, quelques survivants de l’attaque de Charlie Hebdo et des proches des victimes sont venus, dont le médecin urgentiste Patrick Pelloux. Il avait été l’un des premiers sur place, le 7 janvier 2015, à appeler le président de la République François Hollande pour lui décrire le carnage dans les locaux du journal.

Peu avant l’ouverture de l’audience, le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard a confié son « obsession » : que le procès puisse se tenir « dans la dignité ».

Le public assiste à l’audience depuis une salle de retransmission au rez-de-chaussée. Parmi les premiers arrivés, Tom Mauboussin, un étudiant qui a été « marqué » par les attaques. « Je viens en solidarité avec les victimes et aussi par curiosité, car c’est un procès historique ».  

Caricatures de Mahomet

Pour marquer l’ouverture du procès, Charlie Hebdo a remis en une les caricatures du prophète Mahomet, qui avaient fait du journal une cible des djihadistes. « Au fond l’esprit de Charlie c’est ça, c’est refuser de renoncer à nos libertés », a déclaré l’avocat du journal, Me Richard Malka.  

Durant deux mois et demi, 150 témoins et experts vont se succéder devant la cour d’assises spéciale, chargée de juger ces attentats. Le procès sera intégralement filmé pour l’histoire, une première en matière de terrorisme.

Les 14 accusés sont soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux frères Saïd et Chérif Kouachi, et à Amédy Coulibaly, auteurs des tueries qui avaient fait 17 morts, entre le 7  et le 9 janvier 2015, et suscité une manifestation monstre contre le terrorisme le 11 janvier en France, avec plusieurs chefs d’États et de gouvernements étrangers.

Les premières semaines d’audience seront consacrées aux témoignages des 200 parties civiles. Le déroulement de l’enquête et l’interrogatoire des accusés ne seront abordés que dans un second temps.

« Nous voulons remplir cette salle d’audience de ce qu’ont vécu nos clients » a déclaré devant la salle d’audience, Me Patrick Klugman, qui défend des victimes de l’Hyper Cacher.  

Attentats de janvier 2015 : les premières heures d’un procès historique. (France 24)

Trois accusés absents

Ce périple meurtrier avait pris fin avec la mort des trois djihadistes lors d’un double assaut policier, mené quasi simultanément dans le magasin et dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) où les tueurs de Charlie Hebdo s’étaient retranchés.

Quel rôle ont joué les 14 accusés ? Que savaient-ils des attaques ? Jusqu’au 10 novembre, la cour d’assises va s’efforcer de discerner le degré de responsabilité de chacun dans la préparation des attentats.

Trois d’entre eux manqueront cependant à l’appel et seront jugés par défaut : Hayat Boumeddiene, compagne de Coulibaly et figure du djihadisme féminin, et les frères Belhoucine, tous trois partis quelques jours avant les attaques pour la zone irako-syrienne.

La mort des frères Belhoucine, évoquée par diverses sources, n’a jamais été officiellement confirmée. Hayat Boumeddiene, un temps donnée pour morte, est pour sa part suspectée d’être en cavale en Syrie.

«Frustration»

Sur le plan pénal, les juges antiterroristes ont retenu les charges les plus lourdes – la « complicité » de crimes terroristes passible de la réclusion à perpétuité – contre l’aîné des frères Belhoucine, Mohamed, et contre Ali Riza Polat, qui sera lui dans le box des accusés.

Ce proche d’Amédy Coulibaly est soupçonné d’avoir eu un rôle central dans les préparatifs des attentats, en particulier la fourniture de l’arsenal utilisé par le trio terroriste, ce dont il se défend.

Les autres accusés sont essentiellement jugés pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et encourent vingt ans de réclusion.  Un seul comparaît libre sous contrôle judiciaire pour « association de malfaiteurs » simple, un délit puni de dix ans de prison.

La cour va « avoir la lourde tâche de juger des faits pour lesquels les principaux responsables ne seront pas présents, et ne peuvent rendre compte. Pour cela, la justice sera mise à lourde épreuve », rappelle Me Safya Akorri, avocate de l’un des 14 accusés.  

L’absence des frères Kouachi et d’Amédy Coulibaly est une « source de frustration », a reconnu le procureur national antiterroriste, tout en « récusant l’idée » que les 14 accusés soient « de petites mains, des gens sans intérêt ».

Au total, la vague d’attentats perpétrés en France depuis janvier 2015 a fait 258 morts, la menace terroriste restant à un niveau « extrêmement élevé » cinq ans après les faits, selon le ministère de l’Intérieur.