Chypre condamne un exercice militaire turc «illégal», la Grèce annonce un «important» achat d’armes

Exercices navals turcs Sea Hawk 2019. (Archives/Navtex)
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Chypre a condamné samedi l’annonce par la Turquie d’un exercice naval de tir réel au large de la côte nord de l’île, affirmant que de telles manœuvres seraient «illégales» et «violeraient» sa souveraineté dans un contexte de tensions exacerbées en Méditerranée orientale.

Dans une notice d’information maritime (Navtex) publiée vendredi, la Turquie a annoncé qu’elle allait effectuer un exercice naval de tir réel au large de Sadrazamkoy, dans le nord de Chypre, de samedi à lundi.

Dans un Navtex, le Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage – qui dépend du ministère de la Défense chypriote – a répondu que l’exercice turc était «illégal» et «violait la souveraineté de la République de Chypre».

Chypre est divisée depuis l’invasion du tiers nord de l’île méditerranéenne par l’armée turque en 1974 après un coup d’État visant à rattacher le pays à la Grèce. La République de Chypre, membre de l’Union européenne, n’exerce son autorité que sur les deux tiers sud de l’île tandis que l’autoproclamée République turque de Chypre-Nord n’est reconnue que par la Turquie.

L’annonce d’Ankara a été faite au lendemain d’une déclaration de sept dirigeants de pays du sud de l’Union européenne qui ont exhorté la Turquie à cesser sa politique de « confrontation » en Méditerranée orientale et ont agité le spectre de sanctions européennes.

La Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’OTAN, se déchirent à propos de gisements d’hydrocarbures, dans une zone qu’Athènes estime relever de sa souveraineté.

La tension a monté d’un cran quand la Turquie a envoyé, le 10 août, un navire de prospection sismique accompagné de navires de guerre dans des eaux revendiquées par la Grèce, ce qui a poussé Athènes à lancer des manœuvres navales.

Dans un communiqué séparé, la garde nationale chypriote a annoncé que deux navires des forces spéciales de la marine américaine étaient à Chypre pour «un exercice militaire conjoint» qui a commencé samedi et doit prendre fin le 20 septembre, selon le ministère de la Défense.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est attendu samedi après-midi à Chypre, afin de chercher une solution aux tensions croissantes en Méditerranée.

La Grèce annonce des achats d’armes, alors que la tension monte avec la Turquie

Le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a annoncé samedi 12 septembre que la Grèce allait se procurer 18 avions de combat de fabrication française Rafale. Ici, sur une photo d’archives, trois chasseurs Dassault Rafale de l’armée française font une approche pour atterrir sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. (Archives/ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP)

De son côté, alors que la tension monte avec la Turquie en Méditerranée orientale, le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a annoncé samedi un « important » programme d’achats d’armes et une réorganisation des forces armées du pays.

M. Mitsotakis a précisé que la Grèce allait se procurer 18 avions de combat de fabrication française Rafale ainsi que quatre frégates et quatre hélicoptères de la marine, recruter 15 000 soldats supplémentaires et financer davantage son industrie de défense.

Le programme prévoit également la rénovation de quatre frégates, et l’acquisition d’armes antichars, de torpilles et de missiles, a-t-il ajouté.

« L’heure est venue de renforcer nos forces armées […] Il s’agit d’un programme important qui formera un bouclier national », a déclaré le premier ministre dans un discours à Thessalonique, dans le nord de la Grèce. Il a assuré que ce programme devrait permettre la création de milliers d’emplois.

Plus de détails sur le coût du programme et l’origine des armes achetées seront annoncés dimanche lors d’une conférence de presse, a indiqué à l’AFP une source gouvernementale.

La Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’OTAN, se déchirent à propos de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, dans une zone qu’Athènes estime relever de sa souveraineté.

M. Mitostakis a accusé samedi la Turquie de « menacer » les frontières orientales de l’Europe et de « mettre en péril » la sécurité régionale.

La tension entre les deux pays est montée d’un cran quand la Turquie a envoyé, le 10 août, un navire de prospection sismique accompagné de navires de guerre dans des eaux revendiquées par la Grèce, ce qui a poussé Athènes à lancer des manœuvres navales, avec le soutien notamment de la France.

« Ne cherchez pas querelle au peuple turc, ne cherchez pas querelle à la Turquie », a lancé samedi le président turc Recep Erdogan dans un discours télévisé à Istanbul, en référence aux sévères critiques émises par le chef de l’État français Emmanuel Macron envers Ankara à propos du différend gréco-turc.

M. Macron et ses six homologues du sud de l’UE ont exhorté jeudi la Turquie à cesser sa politique de « confrontation » en Méditerranée orientale et l’ont menacée de sanctions européennes si Ankara continue à contester les droits d’exploration gazière de la Grèce et de Chypre dans la zone.

M. Macron avait aussi estimé que le gouvernement turc « avait aujourd’hui des comportements inadmissibles » et devait « clarifier ses intentions ».

M. Erdogan a exhorté samedi la Grèce à « se tenir à l’écart » des actions « erronées » soutenues par des pays comme la France. La France a intensifié sa présence militaire dans en Méditerranée orientale le mois dernier.

« M. Macron, vous n’avez pas fini d’avoir des ennuis avec moi », a lancé le président turc, en s’en prenant pour la première fois directement et nommément à son homologue.

M. Erdogan l’a aussi accusé de « manquer de connaissances historiques » et a estimé que la France « ne pouvait pas donner de leçon d’humanité » à la Turquie en raison de son passé colonial en Algérie et de son rôle dans le génocide de 1994 au Rwanda.

La Turquie revendique le droit d’exploiter des gisements d’hydrocarbures dans une zone maritime qu’Athènes estime relever de sa souveraineté. Ces dernières semaines, les deux pays ont montré leurs muscles à coups de déclarations martiales, de manœuvres militaires et d’envois de navires sur zone.  

La France a clairement affiché son soutien à la Grèce en déployant des navires de guerre et des avions de combat dans la région, une initiative vivement dénoncée par le président turc.

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