Des experts de l’ONU réclament la libération de l’opposante bélarusse kidnappée Maria Kolesnikova

L'opposante bélarusse Maria Kolesnikova dans une manifestation à Minsk le 6 septembre 2020. (AFP)
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Alors que les rassemblements de l’opposition en Biélorussie pour protester contre le régime du président Alexandre Loukachenko se poursuivent, un groupe d’experts indépendants des droits de l’homme de l’ONU a appelé le Bélarus à libérer la dirigeante de l’opposition Maria Kolesnikova, exprimant sa profonde inquiétude quant au ciblage et à la persécution par l’État d’acteurs politiques de l’opposition, rapporte le Centre d’actualités de l’ONU


Mise à jour 27/09/2020, 9h04

Le mouvement d’opposition a commencé à se rassembler dimanche dans la capitale biélorusse contre le président Alexandre Loukachenko, qui a prêté serment de manière inattendue cette semaine, en dépit d’un mouvement de contestation sans précédent depuis des semaines. Le début des rassemblements de dimanche était prévu à 14 h (7 h HE) et les autorités ont indiqué avoir procédé à des arrestations avant cela.  

Dans le centre de Minsk, plusieurs stations de métro ont été fermées en prévision de la marche, ont indiqué des journalistes de l’AFP, et le Palais de l’Indépendance, où siège M. Loukachenko et où des rassemblements massifs ont convergé dernièrement, était hérissé de barrières et lourdement gardé par la police antiémeute.Sur les réseaux sociaux, des vidéos circulaient dans la matinée montrant le déploiement de véhicules blindés dans les rues de la capitale, ainsi que des canons à eau, utilisés pour la première fois cette semaine pour disperser des manifestants suite à l’investiture du président. Plusieurs places centrales et centres commerciaux où des manifestants se sont réfugiés par le passé ont également été fermés.


«Dans un communiqué de presse, publié vendredi, les experts ont également appelé les autorités à traduire en justice les responsables de la disparition forcée de Mme Kolesnikova, qui, selon eux, a été «arrachée aux rues» de la capitale, Minsk, menacée de mort ou d’expulsion, puis secrètement emprisonnée.

 »Il est particulièrement troublant que les autorités aient eu recours à des disparitions forcées dans le but d’étouffer les manifestations, d’étouffer la dissidence et de semer la peur », ont déclaré les experts des droits de l’homme.  

«Nous demandons instamment aux autorités de ne pas utiliser les préoccupations de sécurité nationale pour priver les individus de leurs droits fondamentaux, notamment les droits d’opinion, d’expression, de réunion pacifique et d’association», ont-ils ajouté. 

Mme Kolesnikova, une musicienne et militante politique, a fait campagne pour un candidat de l’opposition, qui a été contraint de quitter le pays, à l’approche de l’élection présidentielle du 9 août dernier, qui est largement considérée comme truquée.

Alors que les manifestations déferlaient à travers le pays, Mme Kolesnikova a été élue à la tête du Conseil de coordination, un organe de sept personnes créé pour surmonter la crise politique actuelle par la négociation. La plupart de ses dirigeants ont été arrêtés, déportés ou ont fui le pays, selon le communiqué de presse. 

Mme Kolesnikova a été enlevée le 7 septembre par un groupe d’hommes masqués présumés être des agents de sécurité. Elle a été conduite à la frontière le lendemain, où on lui a dit qu’elle serait déportée «vivante ou en morceaux». Elle aurait réussi à déjouer la déportation en déchirant son passeport. 

L’activiste a ensuite disparu pendant trois jours sans qu’aucune information ne soit fournie sur l’endroit où elle se trouvait ou son état de santé.

Le 10 septembre, les autorités ont déclaré qu’elle était en détention préventive à Minsk, et le 16 septembre, elle a été officiellement accusée d’atteinte à la sécurité nationale, une accusation qui entraîne une peine maximale de cinq ans de prison. 

Demande d’enquêtes rapides 

Les experts ont également appelé le Bélarus à mener des enquêtes rapides et efficaces sur ce qui est arrivé à Mme Kalesnikava, à faire respecter son droit à un recours à la justice effectif, et à identifier et tenir pour responsables les auteurs de ces actes. 

 »Il est inacceptable que ses proches et ses associés se soient vu refuser des informations sur le lieu où elle se trouvait pendant trois jours, en violation flagrante des garanties fondamentales inscrites dans la législation nationale et le droit international », ont-ils déclaré. 

Plusieurs responsables politiques de l’opposition auraient été emmenés de force aux frontières avec la Pologne, la Lituanie ou l’Ukraine et expulsés du Bélarus. Ceux qui ont refusé de partir, comme Mme Kolesnikova, ont fait l’objet de représailles. 

Les experts des droits de l’homme ont rappelé avec force au Bélarus qu’il n’y a « absolument aucune circonstance » qui puisse justifier des disparitions forcées – pas d’instabilité politique ni d’autre urgence publique. 

 »Le Bélarus doit se conformer strictement aux garanties juridiques fondamentales pour prévenir les disparitions forcées », ont-ils souligné. 

« Celles-ci comprennent l’enregistrement immédiat, le contrôle judiciaire de la détention, la notification des membres de la famille dès qu’une personne est privée de liberté, et le droit d’engager un avocat de son choix », ont-ils précisé. 

Culture de l’impunité

Les experts ont également tiré la sonnette d’alarme sur la culture de l’impunité dans le pays qui remonte à plusieurs décennies. 

 »Malheureusement, aucun progrès n’a été réalisé dans l’enquête et la recherche de plusieurs personnes disparues au début des années 2000 », ont-ils déclaré, rappelant une communication envoyée au gouvernement bélarussien, au début de cette année. 

Les experts ont rappelé au Bélarus qu’il est «obligé de protéger les droits des proches à la vérité, à la justice et aux réparations concernant les cas de disparition forcée du passé». 

Le groupe d’experts qui se sont prononcés sans le communiqué destiné au gouvernement du Bélarus comprennent les Rapporteurs spéciaux sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Nils Melzer ; sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard ; sur la situation des droits de l’homme au Bélarus, Anaïs Marin ; sur le droit à la liberté d’expression, Irene Khan ; sur les droits de réunion pacifique et d’association, Clément Nyaletsossi Voule ; et sur la violence contre les femmes, Dubravka Šimonović ; ainsi que les membres des groupes de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, et sur la détention arbitraire.»

Plus de 90 personnes pour la plupart des femmes arrêtées samedi 

Encore samedi 25 septembre, Au moins 95 personnes, pour la plupart des femmes, ont été arrêtées dans la capitale Minsk et dans d’autres villes, notamment à Brest (sud-ouest), lors de rassemblements de l’opposition en Biélorussie pour protester contre le régime du président Alexandre Loukachenko, rapporte le groupe de défense des droits de la personne Viasna.

🟠 Спіс затрыманых на жаночым маршы ў суботу 26 верасня — bit.ly/2S09JIf#Вясна #Беларусь2020 #Протесты #Хапун #ОМОН

Publiée par Вясна. Правы чалавека ў Беларусі / Viasna. Human rights in Belarus sur Samedi 26 septembre 2020

Alots que des centaines de personnes ont participé à des rassemblements à Minsk, certaines manifestantes portant des portraits de la rivale de Loukachenko, Svetlana Tikhanovskaïa, tandis que d’autres scandaient « Sveta,  présidente », en référence à la figure de l’opposition de 38 ans, des policiers antiémeutes portant des cagoules noires ont été déployés dans les rues de Minsk et ont arrêté des manifestantes pacifiques.

Des journalistes couvrant les rassemblements ont également été arrêtés.  Des musiciens qui interprétaient une chanson populaire de l’ère soviétique devenue un hymne du mouvement de protestation ont également été arrêtés, a indiqué Viasna.

Ces manifestations sont les dernières d’une série de manifestations de femmes appelant le chef de l’État à quitter le pouvoir après sa victoire contestée aux élections du mois dernier. Une autre manifestation de l’opposition était prévue ce dimanche à Minsk.