Élection: la Maison-Blanche a voulu restreindre les infos sur l’ingérence russe

La Maison Blanche (Photo: Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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*Remis à jour 10/09/2020, 14h59

Un responsable des renseignements américains accuse la Maison-Blanche de lui avoir ordonné de cesser de faire remonter des informations sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle et de se concentrer sur l’Iran et la Chine à la place, dans une plainte dévoilée mercredi.

Cette plainte, initiée par ce responsable nommé Brian Murphy, a été rédigée dans le cadre d’une procédure de «lanceur d’alerte», un format qui permet à un fonctionnaire normalement soumis à la confidentialité de faire connaître des agissements manifestement illégaux.

«Mi-mai 2020, M. Wolf (secrétaire à la Sécurité intérieure de Donald Trump, NDLR) a demandé à M. Murphy d’arrêter de faire remonter des rapports du renseignement sur la menace d’une interférence russe aux États-Unis, et à la place d’informer sur les interférences de la Chine et de l’Iran», a déclaré le lanceur d’alerte dans une plainte déposée en son nom par l’inspecteur général du département de la Sécurité intérieure.

«M. Wolf a déclaré que ces instructions venaient directement du conseiller à la sécurité nationale Robert O’Brien», ajoute le document.

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Selon les agences du renseignement américain, la Russie a interféré dans l’élection américaine de 2016, au profit du républicain Donald Trump, dont l’équipe de campagne a été accusée de collusion avec Moscou.

Au terme d’une longue enquête qui a empoisonné la première moitié du mandat du milliardaire new-yorkais, le procureur spécial Robert Mueller avait expliqué ne pas avoir trouvé de «preuves suffisantes» d’une entente entre la Russie et l’entourage du candidat Trump, mais avait décrit une série de pressions troublantes exercées sur son enquête.

Selon la plainte présentée mercredi, il avait été également demandé à M. Murphy de modifier un document officiel du renseignement américain sur les suprémacistes blancs «pour atténuer la dangerosité de cette menace et pour inclure des informations sur l’importance de groupes violents d’extrême gauche».

Washington sanctionne un «agent» russe qui voulait «discréditer» Biden

Au moment où une plainte d’un lanceur d’alerte accuse la Maison-Blanche d’avoir voulu minimiser l’ingérence russe dans la prochaine présidentielle, les États-Unis ont également sanctionné jeudi un Ukrainien considéré comme un « agent de la Russie » pour avoir tenté de « discréditer » Joe Biden, et dont les montages censés incriminer le candidat démocrate à la présidentielle du 3 novembre avaient été relayés par Donald Trump lui-même.

« Andreï Derkach, membre du parlement ukrainien, est un agent russe actif depuis plus de dix ans, toujours en contact étroit avec les services de renseignement russes », a déclaré dans un communiqué le Trésor américain.

Le gouvernement américain l’accuse d’être impliqué « dans des ingérences étrangères pour tenter de saper l’élection présidentielle de 2020 aux États-Unis ».

Cette opération « clandestine », « dirigée par la Russie » pour « influencer les opinions des électeurs américains », devait « culminer avant le jour du vote », a estimé le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, dans un autre communiqué.

Selon le Trésor, il s’agit d’un « avertissement clair à Moscou et à ses mandataires : ces activités ne seront pas tolérées ».

Andreï Derkach avait rencontré fin 2019 Rudy Giuliani, l’avocat personnel du président Trump, en première ligne d’un effort pour prouver de prétendus faits de corruption perpétrés par Joe Biden et son fils Hunter en lien avec l’Ukraine.

L’élu ukrainien avait ensuite rendu public en mai un montage d’enregistrements de conversations téléphoniques de 2016 entre Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, et le président ukrainien de l’époque, Petro Porochenko. Ces extraits sonores étaient censés étayer cette corruption.

Le Trésor souligne toutefois qu’ils visaient en fait à soutenir des thèses « non étayées » pour « discréditer » des responsables américains.

Cet été, le président sortant républicain, candidat à un second mandat face à Joe Biden, avait retweeté un message contenant ces enregistrements, pourtant déjà dénoncés par le renseignement américain comme un effort russe pour « dénigrer » le démocrate.

Trois autres Russes, Artem Lifshits, Anton Andreïev et Darïa Aslanova, sont également sanctionnés en tant qu’employés de l’Internet Research Agency (IRA), une organisation russe proche du Kremlin considérée comme une des principales officines ayant aidé à manipuler les réseaux sociaux aux États-Unis. Ils sont chargés de gérer les cryptomonnaies utilisées pour les opérations d’ingérence, selon le Trésor.

L’IRA avait déjà été inscrite sur la liste noire américaine pour tentative d’ingérence dans les élections de mi-mandat de 2018.

Ces sanctions viennent matérialiser les risques d’une nouvelle ingérence russe, déjà mis en avant par le renseignement américain.

Donald Trump, qui a par le passé semblé mettre en doute la véracité d’une telle ingérence, a été accusé à plusieurs reprises au cours des quatre dernières années de manquer de fermeté face à la Russie de Vladimir Poutine, jusque dans son propre camp républicain.

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