En Syrie, un «calme relatif» sur le plan militaire mais des défis humanitaires aggravés par la Covid-19

L'UNICEF continue de livrer de l'eau dans les zones de conflit en Syrie pendant la pandémie de Covid-19. (UNICEF)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

*Un texte du Centre d’actualités de l’ONU

L’envoyé de l’ONU pour la Syrie a appelé, vendredi, devant le Conseil de sécurité, à revenir à un règlement politique du conflit qui dure depuis près de 10 ans dans ce pays du Moyen-Orient.

Un « calme relatif » existe sur le plan militaire en Syrie, a souligné l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen, aux membres du Conseil. « Les lignes de front ont à peine changé depuis six mois – la (période) la plus longue du conflit syrien – et un statu quo militaire de base semble émerger », a-t-il dit.

Mais l’Envoyé spécial a rappelé que le conflit demeure « hautement internationalisé » en Syrie, où les opérations de cinq armées étrangères continuent de compromettre la souveraineté de ce pays. Bien que la Syrie soit plus calme qu’auparavant, M. Pedersen a relevé des « incidents inquiétants » qui pourraient déstabiliser le pays.

« Nous avons vu une altercation de véhicules entre les forces russes et américaines dans laquelle quatre soldats américains ont été blessés », a-t-il dit, citant également des accusations réciproques de violations des arrangements décidés dans le cadre de la désescalade.

L’envoyé onusien a également fait état de frappes aériennes, attribuées par Damas à Israël, sur des positions militaires en Syrie. Et « le sud-ouest du pays reste le théâtre d’incidents sécuritaires réguliers issus de troubles locaux et de tensions géopolitiques ».

Selon M. Pedersen, l’accord conclu en mars entre la Russie et la Turquie pour conduire des patrouilles conjointes dans le nord-ouest de la Syrie continue de maintenir un large calme dans la région, « mais nous avons également vu des escalades, y compris des tirs réciproques de roquettes et d’artillerie et des frappes aériennes, atterrissant près des lignes de front touchant Idlib de près – et tuant et blessant des civils dans certains cas – ainsi qu’une augmentation des renforts militaires des deux côtés de la ligne (de front) ».

L’envoyé onusien s’est également dit préoccupé par les activités de Daech, citant notamment une attaque contre un pipeline qui a entraîné une coupure d’électricité fin août.

« J’appelle tous les acteurs concernés à contenir ces incidents violents et déstabilisants, à s’appuyer sur le calme relatif qui existe et, comme le demande la résolution 2254 (du Conseil de sécurité), d’établir un cessez-le-feu à l’échelle nationale pour protéger les civils, maintenir la paix et la sécurité internationales,
et soutenir un processus politique », a-t-il dit.

L’Envoyé spécial a souligné aux membres du Conseil que « nous avons à la fois l’occasion et la responsabilité de construire un processus politique plus significatif » et que le comité constitutionnel syrien, qui s’est réuni en août, à Genève, doit « finaliser son agenda s’il veut se réunir de nouveau début octobre ».

La Covid-19 ne fait qu’amplifier les besoins humanitaires

Par ailleurs, la Syrie est confrontée à une propagation de la Covid-19 dont l’ampleur est bien plus importante que les 3.618 cas officiellement recensés dans le pays.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) estime que le virus connaît une transmission communautaire répandue à travers le pays. Selon le chef d’OCHA, Mark Lowcock, qui est intervenu mercredi devant le Conseil, près de 90% des cas nouvellement confirmés ne peuvent être attribués à une source connue et les taux d’infection parmi les agents de santé ont également augmenté.

Les prix des denrées alimentaires en Syrie restent au niveau le plus élevé jamais enregistré. Une étude de suivi du Programme alimentaire mondial (PAM) montre que le prix d’un panier alimentaire de référence standard en Syrie a augmenté de plus de 250% par rapport à l’année dernière.

La protection des civils demeure par ailleurs problématique en Syrie, des violations du cessez-le-feu ont été constatées dans la région d’Idlib. Dans le sud du pays, des informations font état de la persistance de kidnappings de civils et d’attaques ciblées.

Les civils sont également confrontés aux dangers des engins explosifs (27 personnes tuées entre le 1er août et le 13 septembre) et aux attaques de Daech qui ont contraint au déplacement de 200 familles en juillet en août.

Au niveau de l’accès humanitaire, M. Lowcock a indiqué que l’ONU « ajuste » ses livraisons transfrontalières depuis la Turquie en direction du nord-ouest de la Syrie « afin de répondre aux besoins de millions de personnes qui reposent sur ces opérations pour recevoir une aide vitale ». 

Toujours dans la même région mais aussi dans le nord-est du pays, l’ONU et ses partenaires s’efforcent d’obtenir de toutes les parties en conflit un accord pour livrer de l’aide humanitaire à travers les lignes de front mais sans succès jusqu’à présent. La majorité de l’aide humanitaire en Syrie continue d’être fournie depuis le territoire syrien, atteignant plus de 4 millions de personnes chaque mois.