Flatteries et grandiloquence ou comment Kim Jong Un a charmé Donald Trump

Le leader nord-coréen Kim Jong Un (g) pose la main sur le bras du président américain Donald Trump (d) avant le début du sommet historique à l'hôtel Capella, le 12 juin 2018 à Singapour. (AFP/SAUL LOEB)
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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a utilisé flatteries et grandiloquence pour charmer le président américain Donald Trump, révèle un livre qui dévoile la correspondance entre les deux hommes.

La relation entre les deux hommes a été au cœur de la diplomatie entre Washington et Pyongyang, fluctuant entre insultes et menaces de guerre jusqu’à une déclaration d’amour du locataire de la Maison Blanche.

Pour son nouvel ouvrage, le célèbre journaliste américain d’investigation Bob Woodward s’est procuré les 25 lettres « jamais rendues publiques jusqu’à présent » que se sont échangées les deux dirigeants, selon la maison d’édition américaine Simon & Schuster.

Dans leurs missives, « Kim décrit le lien entre les deux leaders comme digne d’un +film fantastique+ alors que les leaders se lancent dans un menuet diplomatique extraordinaire », a affirmé l’éditeur sur la page Amazon consacrée au livre.

Le livre, dont le titre est « Rage » et qui sortira le 15 septembre, est une suite de « Peur, Trump à la Maison Blanche » publié en 2018.

Donald Trump et Kim Jong Un se sont rencontrés à trois reprises, la première fois lors d’un sommet historique en juin 2018 à Singapour.

S’adressant à Donald Trump en utilisant l’expression « Votre Excellence », les lettre de Kim sont remplies de flatteries et de commentaires personnels, selon des extraits rendus publics par CNN.

« Même maintenant, je ne peux oublier ce moment d’Histoire lorsque j’ai fermement tenu la main de votre Excellence dans ce lieu magnifique et sacré », écrit-il ainsi à Donald Trump le 25 décembre 2018 à propos de leur première rencontre à Singapour.

Ce sommet fut « un moment de gloire qui demeure une mémoire précieuse », ajoute-t-il.

Cependant, les négociations sur la dénucléarisation de la Corée du Nord n’ont guère progressé et elles sont même au point mort depuis le fiasco du deuxième sommet en février 2019 à Hanoï.

Cerpendant, cela ne l’empêche pas d’écrire en juin 2019: « je crois aussi que l’amitié profonde et spéciale entre nous agira comme une force magique ».

Le président américain n’est pas en reste pour décrire leurs échanges. Il a loué régulièrement ses relations avec Kim Jong Un, allant jusqu’à dire que les deux hommes étaient « tombés amoureux ».

« Il m’a écrit de belles lettres, ce sont de magnifiques lettres. Nous sommes tombés amoureux », avait affirmé en septembre 2018 le président américain à ses supporters.

« Seuls vous et moi, travaillant ensemble, pouvons résoudre les différends entre nos pays et mettre fin à près de 70 ans d’hostilité », a ainsi écrit le président: « Ce sera historique! »

Dans le livre, Bob Wooward assure que la CIA n’a jamais pour conclure définitivment qui était le rédacteur des lettres de Kim, mais l’agence de renseignement les considère comme des « chefs d’oeuvre ».

Bob Woodward est connu pour ses révélations dans l’affaire du Watergate, qui a entraîné la démission du président Richard Nixon en 1974.

Le président américain a tenté à plusieurs reprises de discréditer le précédent livre de Bob Woodward, le qualifiant de « plaisanterie » et d' »escroquerie ». 

Donald Trump a cependant affirmé en janvier s’être entretenu avec le journaliste pour ce nouvel ouvrage où on apprend non seulement comment le leader nord-coréen a pu charmer l’occupant de la Maison-Blanche, mais également, révélations-chocs, qu’il s’est vanté d’avoir « sauvé la peau » du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, accusé par le Congrès américain d’être responsable de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, et, ce qui peut lui faire encore plus mal, politiquement, comment il a caché la gravité de la pandémie au peuple américain.

« J’ai été interviewé par un très, très bon journaliste », avait même affirmé Donald Trump sur Fox News.

Rage, qui doit sortir mardi, s’appuie en particulier sur 18 interviews accordées à Bob Woodward entre décembre 2019 et juillet 2020 et enregistrées avec l’accord de Donald Trump.

D’autres révélations du livre de Woodward

Dans l’affaire Khashoggi, Trump s’est aussi vanté d’avoir «sauvé la peau» du prince héritier saoudien

Le président américain Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane fin juin 2019 lors du sommet du G20 au Japon. [AFP]

Donald Trump s’est vanté d’avoir «sauvé la peau» du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, accusé par le Congrès américain d’être responsable de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, selon de nouveaux extraits des entretiens accordés par le président des États-Unis à Bob Woodward.

«J’ai sauvé sa peau», a lancé le 22 janvier le milliardaire républicain à M. Woodward, qui publie mardi son nouveau livre Rage.

«J’ai réussi à faire en sorte que le Congrès le laisse tranquille. J’ai réussi à les stopper», a-t-il ajouté, selon ces extraits rapportés jeudi par le site d’information Business Insider.

Jamal Khashoggi, un collaborateur du Washington Post et critique du régime saoudien, a été assassiné en octobre 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul, où il s’était rendu pour récupérer un document. Son corps, découpé en morceaux, n’a jamais été retrouvé.

Ce meurtre a plongé le royaume saoudien dans l’une de ses pires crises diplomatiques et terni l’image du prince héritier surnommé «MBS», accusé par des responsables turcs et américains d’être le commanditaire.

Les sénateurs américains, y compris le camp républicain du président, ont formellement jugé le prince « responsable » de l’assassinat. Mais Donald Trump lui a toujours dit son soutien.

Lorsque Bob Woodward l’a interrogé sur ce meurtre, le président des États-Unis a d’abord tenté de faire diversion. « Oui, mais l’Iran tue 36 personnes par jour, alors… », a-t-il dit, selon ces extraits.

Pressé par son interlocuteur, il a finalement insisté sur les dénégations de «MBS».

«Il dira toujours qu’il ne l’a pas fait», a-t-il souligné. «Il le dit à tout le monde, et franchement je suis content qu’il dise ça», «il n’a jamais dit qu’il l’avait fait».

«Vous croyez qu’il l’a fait ?», lui a alors demandé le journaliste.

«Non, il dit qu’il ne l’a pas fait», a répondu Donald Trump.  

«Je sais, mais vous le croyez vraiment ?»

«Il dit très fermement qu’il ne l’a pas fait», a tranché le président, avant de souligner une fois de plus que l’Arabie saoudite avait dépensé des milliards de dollars en produits américains, pour justifier l’importance de préserver cet allié.

Lundi, dans un verdict définitif, un tribunal saoudien a annulé les cinq peines capitales prononcées pour cet assassinat et a condamné huit accusés non identifiés à des peines de sept à 20 ans de prison.

Trump avoue également avoir minimisé la menace du Covid-19

Également mis en cause dans le nouveau livre du journaliste Bob Woodward pour avoir minimisé la menace du Covid-19 dont il était pleinement conscient, le président américain Donald Trump a assuré avoir voulu éviter toute « panique ».

Donald Trump a tenté jeudi, avec difficulté, de clore la polémique née de la série d’entretiens accordés au journaliste Bob Woodward.

« Pourquoi avez-vous menti aux Américains? »: la première question adressée au président américain sur les raisons pour lesquelles il a, de son propre aveu, minimisé la menace du Covid-19, a donné le ton.

« Je n’ai pas menti! (…) La façon dont vous avez posé cette question est une honte », a répondu le dirigeant de la première puissance mondiale, à moins de 60 jours d’une élection où il briguera un second mandat de quatre ans face au démocrate Joe Biden.

« Je fais preuve de force en tant que dirigeant », a-t-il poursuivi, très remonté. « Il n’y a pas de mensonge (…) Je ne veux pas sauter dans tous les sens et commencer à crier: mort! morts! ».

« J’ai voulu toujours minimiser (le danger) », expliquait le président dans un échange téléphonique avec Bob Woodward le 19 mars, retranscrit dans cet ouvrage intitulé « Rage ». 

Or, plusieurs semaines plus tôt, le 7 février, il expliquait au même journaliste combien le Covid-19 était « un truc mortel ».

Interrogé, M. Trump a défendu son bilan très controversé, comme ses déclarations. 

« J’ai été très ouvert, que ce soit avec Woodward ou avec qui que ce soit: nous ne pouvons alimenter la panique », a-t-il avancé.

« Je ne veux pas que les gens aient peur, je ne veux pas créer de panique », a martelé le président qui avait affirmé, au début de la pandémie, que le virus finirait par disparaître « comme par miracle ».

La gestion de l’épidémie, qui a fait plus de 190.000 morts aux Etats-Unis, vaut à Donald Trump de très vives critiques, de la part de ses adversaires mais aussi de scientifiques et de certains élus de son propre camp.

Il est accusé d’avoir envoyé des signaux contradictoires et confus, mais aussi d’avoir manqué de compassion face aux ravages provoqués par ce virus. Sondage après sondage, une très large majorité d’Américains jugent sévèrement son action sur ce front.

A huit semaines de l’élection présidentielle, la publication d’extraits de cet ouvrage rédigé par le célèbre journaliste du Watergate a également provoqué une vive réaction du candidat démocrate Joe Biden qui a dénoncé une « trahison » vis-à-vis du peuple américain.

« C’est écoeurant », a réagi Joe Biden.

« Il avait les informations. Il connaissait le danger. (…) Il a menti aux Américains », a-t-il estimé.

« Pensez-y. Pensez à ce qu’il n’a pas fait. C’est presque criminel ».

De son côté, Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, a estimé que ces échanges démontraient « la faiblesse » du président américain.

« Il n’a pas su répondre au défi », a-t-elle estimé sur la chaîne MSNBC, dénonçant également « son mépris pour la science ». 

Après avoir longtemps affiché une position ambiguë sur la question du port du masque, le milliardaire républicain est apparu en public avec un masque pour la première fois seulement le 11 juillet. 

Quelques jours plus tard, il estimait qu’il s’agissait d’un geste « patriotique ».

Et le comble: Donald Trump aurait-il dévoilé une arme nucléaire secrète à Bob Woodward ?

Selon les extraits du livre Rage publiés par le Washington Post, M. Trump s’est vanté lors d’une des 18 interviews qu’il a accordées entre décembre 2019 et juillet 2020 à Bob Woodward, de détenir une nouvelle arme dont ni le président russe Vladimir Poutine ni le président chinois Xi Jinping n’ont connaissance.

« J’ai construit un (système) nuclé… une arme, j’ai construit un système d’armement, des systèmes d’armement, que personne d’autre n’a jamais eu dans ce pays », déclare le président américain, semblant se reprendre, selon ces extraits datés du 5 décembre 2019.  

« On a des choses que vous n’avez jamais vues, dont vous n’avez jamais entendu parler », ajoute M. Trump. « On a des choses dont Poutine et Xi n’ont jamais entendu parler. Personne. Ce que nous avons, c’est incroyable. »

Bob Woodward, rendu célèbre pour avoir révélé, avec Carl Bernstein, le scandale du Watergate dans les années 70, indique dans son livre que des sources non identifiées ont confirmé que l’armée américaine avait une «nouvelle arme secrète». Mais elles ne lui ont pas précisé de quel genre d’arme il s’agissait et se sont déclarées surprises que M. Trump en ait parlé.

Les experts ont disséqué ces quelques phrases pour tenter de deviner de quelle arme Donald Trump parlait. Le président américain s’est-il corrigé parce que l’arme n’est en fait pas nucléaire, ou justement parce qu’elle l’est et qu’il s’est rendu compte qu’il parlait trop ?

Hans Kristensen, de la Federation of American Scientists, a estimé sur Twitter qu’il «s’agissait en fait de la tête nucléaire de faible puissance W76-2 qui était alors développée et qui a été depuis déployée».

Le Pentagone a annoncé le 4 février avoir déployé pour la première fois cette arme nucléaire qui a une charge explosive estimée à 5 kilotonnes (trois fois moins que la bombe d’Hiroshima) à bord du sous-marin USS Tennessee, qui patrouillait dans l’Atlantique.  

Mais pour Jeffrey Lewis, du Middlebury Institute, il s’agit du nouveau missile hypersonique que les États-Unis sont en train de développer. « La façon de parler de Trump en décembre 2019 ressemble à ses vantardises de mars 2020 à propos du missile “super extra” qui s’est avéré être l’hypersonique », a-t-il tweeté.

Questionné sur Fox News, le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, Robert O’Brien, a assuré que le président américain ne parlait pas d’une arme en particulier. « Nous sommes toujours à la pointe de la technologie et nous avons toujours quelque chose dont nos adversaires ne sont pas au courant », a-t-il dit.

Un porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Robert Carver, s’est abstenu de tout commentaire « sur un livre qui n’a pas encore été publié ».

Trump tente maintenant d’éteindre l’incendie

Le président amérciain Donald Trump s’exprime depuis Winston-Salem, en Caroline du Nord, le 8 septembre 2020. (AFP)

Avalanche de tweets à l’appui, Donald Trump tente de clore la polémique née de la série d’entretiens qu’il a accordés au journaliste Bob Woodward.

Mais dorénavant, à 53 jours de l’élection où il affrontera le démocrate Joe Biden, la pandémie du Covid-19 – terrain sur lequel il est peu à l’aise – est de fait redevenue le thème central de la campagne.

Au lendemain de la publication d’extraits de « Rage », qui doit sortir mardi, le président américain s’en est pris à son auteur, rendu célèbre pour avoir révélé, avec Carl Bernstein, le scandale du Watergate dans les années 70.

« Bob Woodward avait mes déclarations depuis plusieurs mois », a-t-il souligné dans un tweet, reprenant à son compte les critiques qui visent le célèbre journaliste, figure de Washington.

« S’il pensait qu’elles étaient graves ou dangereuses, pourquoi ne les a-t-il pas publiées immédiatement afin d’essayer de sauver des vies? », a-t-il poursuivi.

Naïveté? Déconnexion de la réalité? Le président américain a accordé, entre décembre 2019 et juillet 2020, 18 interviews à Bob Woodward. Par téléphone, ou en face-à-face dans le Bureau ovale ou dans son club de Mar-a-Lago en Floride.

Le milliardaire républicain ne pouvait espérer un éclairage positif sur son mandat de la part de l’auteur de « Peur, Trump à la Maison Blanche », livre publié il y a deux ans dressant le portrait d’un président inculte, colérique et paranoïaque.

Panique?

Sondage après sondage, une très large majorité d’Américains jugent sévèrement son action sur ce front

L’argument mis en avant mercredi pour expliquer sa réaction, ne pas créer la panique, a surpris de la part d’un président qui agite depuis plusieurs semaines le spectre d’une Amérique plongée dans « l’anarchie » si Joe Biden l’emportait.

Interrogé jeudi matin sur Fox News, il a encore alimenté les prédictions apocalyptiques.

« Je peux vous dire une chose avec certitude: si Biden remporte cette élection, la Chine finira par prendre le contrôle des Etats-Unis », a-t-il affirmé.

« Je vais vous dire autre chose: si jamais cela arrivait, vous assisteriez à un krach boursier comme vous n’en avez jamais vu ».

Toujours plutôt discret en campagne, Joe Biden n’avait aucun événement prévu jeudi à l’exception d’une réunion virtuelle de lever de fonds.

Donald Trump, lui, devait participer à un meeting de campagne à Freeland, dans le Michigan.

Selon le dernier sondage CBS News, il accuse un retard de 6 points (44% contre 50%) face à Joe Biden dans cet Etat qu’il avait emporté en 2016 d’extrême justesse face à Hillary Clinton.

Bob Woodward, le journaliste qui met en «rage» les présidents américains

Bob Woodward le 3 janvier 2017 à son arrivée à la Trump Tower, à New York, pour rencontrer le président Donald Trump. (AFP)

Près de 50 ans après avoir fait éclater le scandale du Watergate, le journaliste d’investigation Bob Woodward continue de décrocher les Unes et de faire trembler la Maison Blanche, dont il se fait ouvrir les portes les plus secrètes.

Dernier coup d’éclat: dans son livre « Rage », à paraître le 15 septembre, l’écrivain-reporter de 77 ans révèle que Donald Trump lui a confié dès février être conscient de la gravité du nouveau coronavirus.

« J’ai toujours voulu minimiser » le danger, lui a également avoué en mars le président républicain, très critiqué pour sa gestion de la pandémie qui a fait plus de 190.000 morts aux Etats-Unis.

Comme en 1974, quand il a fait tomber le président Richard Nixon grâce à une source haut placée au FBI, surnommée « Gorge profonde », Bob Woodward a réussi à obtenir la confiance de son interlocuteur.

De décembre à juillet, il a interviewé le président à près de 20 reprises, enregistrant avec son aval leurs neuf heures d’échanges. Puis, minutieusement, il a rencontré son entourage, consulté les notes de réunion, récupéré des documents officiels.

C’est ainsi que tout jeune reporter au Washington Post, il avait enquêté avec son collègue Carl Bernstein sur le cambriolage d’un bureau du parti démocrate, dans l’immeuble du Watergate, et révélé les coups bas de la campagne de réélection du président Nixon.

Les deux hommes en ont tiré un livre, « Les hommes du président », dont l’adaptation au cinéma en 1976 avec Robert Redford et Dustin Hoffman leur a valu une notoriété bien au-delà des frontières américaines. 

«N’importe quoi»

Dans la réalité, Bob Woodward a, de son propre aveu, peu de similitudes avec l’énergique Redford. Il parle doucement, porte souvent une veste et une cravate informes et se dit « ennuyeux ».

Avec la régularité d’un métronome, il publie tous les deux ans un ouvrage qui révèle les coulisses du pouvoir américain auquel il a un accès inégalé. 

Sa plume au style très factuel, parfois critiquée pour son attention à des détails secondaires, a disséqué le fonctionnement de la Cour suprême, de la CIA ou de la Banque centrale. Mais c’est pour relater les mandats des présidents qu’elle est la plus prolixe. 

Les derniers locataires de la Maison Blanche ont tous eu droit à une (George Bush), deux (Bill Clinton, Barack Obama) et même quatre (George W. Bush) chroniques de leur présidence. Avant « Rage », Donald Trump avait été dépeint dans « Fear », paru en 2018, comme un dirigeant paranoïaque et inculte.

« C’est du n’importe quoi », avait alors tonné l’impétueux président, qui n’avait à l’époque pas été interrogé par le journaliste.

Le sénateur Lindsey Graham, un des proches alliés du président, a reconnu qu’il avait ensuite conseillé à Donald Trump de parler à Bob Woodward, comme George W. Bush l’avait fait à plusieurs reprises lors de son mandat.

« Je lui ai dit, c’est un auteur présidentiel reconnu, ça vous donnera une occasion de donner votre version de l’Histoire, et le président a accepté », a-t-il dit à Daily Beast.

«Une tragédie»

En acceptant, Donald Trump n’avait peut-être pas mesuré la grande force de son interlocuteur: « sa capacité à faire s’épancher des adultes responsables », selon l’ancien patron de la CIA Robert Gates qui, en 2014, avait estimé que le journaliste aurait fait un très bon espion.

L’ancien présentateur de télé-réalité a sans doute senti dès août qu’il s’était trop ouvert. « Le livre de Bob Woodward sera BIDON comme d’habitude », avait-il tweeté de manière préventive. 

Jeudi, il a contre-attaqué: « Bob Woodward avait mes déclarations depuis des mois, s’il pensait qu’elles étaient tellement mauvaises et dangereuses pourquoi ne les a-t-il pas immédiatement fait connaître pour sauver des vies? »

Avant lui, plusieurs voix se sont élevées, notamment sur internet, pour reprocher au journaliste d’avoir fait passer la promotion de son livre avant la santé des Américains.

L’intéressé, fidèle à sa réputation de rigueur, s’est défendu en expliquant avoir voulu vérifier ce que le président savait exactement et à quelle date, avant de publier. 

Lui qui s’est toujours targué d’éviter de porter des jugements, pour se concentrer sur la narration des faits, a toutefois fait une entorse à cette règle. Les libertés du président avec la vérité sont « une tragédie », a-t-il estimé dans un entretien à paraître dimanche sur la chaîne CBS.