Iran: Washington défie le reste du monde en proclamant le retour des sanctions, «déclaration mensongère», réplique Zarif

Mohammad Javad Zarif à Kuala Lumpur le 29 août 2019. [Archives/AFP]
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Alors que les États-Unis ont unilatéralement proclamé dans la nuit de samedi à dimanche que les sanctions des Nations unies contre l’Iran sont à nouveau en vigueur et ont promis de punir ceux qui les violent, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a affirmé samedi que le rétablissement imminent des sanctions de l’ONU contre l’Iran était une « déclaration mensongère » de Washington.

«Toutes les sanctions de l’ONU contre l’Iran seront à nouveau en vigueur ce week-end, à 20 h samedi», a déclaré l’émissaire américain Elliott Abrams.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait activé le 20 août une procédure controversée censée déboucher un mois plus tard, c’est-à-dire ce week-end, sur le rétablissement des sanctions internationales contre Téhéran, levées en 2015 en contrepartie de l’engagement iranien à ne pas se doter de l’arme atomique.

Mais la quasi-totalité des autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies dénient aux États-Unis le droit d’utiliser ce mécanisme dit «snapback», au motif qu’ils se sont retirés en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien qui l’a instauré.

Mike Pompeo avait accusé le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne de « soutenir les ayatollahs de l’Iran ».

« Les Américains affirment que […] dans quelques heures, les résolutions (sanctions, NDLR) seront rétablies. Mais ils se rendent compte eux-même qu’il s’agit d’une déclaration mensongère », a estimé pour sa part M. Zarif, interviewé sur la télévision d’État iranienne.

«Ils ont alors eu recours à l’intimidation, et déclaré qu’ils sanctionneraient quiconque vend des armes à l’Iran», a-t-il poursuivi.

«Il n’existe rien qui s’appelle “snapback”. Il n’y a pas de mode automatique», a-t-il souligné.

«Pompeo pense qu’il s’agit d’un simple mécanisme […] ce n’est pas le cas,» a dit M. Zarif, l’accusant de n’avoir pas lu les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et le texte de l’accord sur le nucléaire.

«Il attend probablement que le film JCPOA sorte, pour qu’il sache enfin ce que c’est,» a-t-il ajouté, en référence au sigle anglais de l’accord, le Joint Comprehensive Plan of Action.

Le ministre iranien a également déclaré qu’il appartenait désormais à la communauté internationale de « décider quoi faire contre l’intimidation » face aux sanctions secondaires américaines, avertissant que « cela s’appliquerait aussi à eux un jour ».

Washington seul et contre tous

Washington est quasiment seul et contre tous dans cette affaire: les autres grandes puissances, la Russie, la Chine, mais aussi les alliés européens des Américains, contestent cette affirmation.

«Toute décision ou mesure prise dans l’intention de rétablir » les sanctions « n’aura aucun effet juridique», avaient répondu par avance la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne dans une lettre commune adressée vendredi à la présidence du Conseil de sécurité.

Mi-août, l’administration Trump essuie un revers retentissant au Conseil de sécurité de l’ONU dans sa tentative de prolonger l’embargo sur les armes conventionnelles visant Téhéran, qui expire en octobre.

Accusant dans une attaque d’une rare violence Paris, Londres et Berlin d’avoir «choisi de s’aligner sur les ayatollahs» au pouvoir dans la République islamique, Mike Pompeo déclenche le 20 août une procédure controversée, surnommée «snapback» et censée rétablir un mois plus tard toutes les sanctions de l’ONU contre l’Iran.

Ces sanctions avaient été levées en 2015, lorsque Téhéran s’était engagé, dans un accord international, à ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Or, le président Trump, jugeant insuffisant ce texte négocié par son prédécesseur Barack Obama, en a retiré en 2018 les États-Unis, qui ont dans la foulée rétabli voire durci leurs propres sanctions bilatérales.

À présent, dans une pirouette juridique, les États-Unis invoquent leur statut de pays « participant » à cet accord qu’ils ont quitté avec fracas, dans le seul but d’activer le « snapback ».

La capacité de Washington à se prévaloir de ce statut est contestée par la quasi-totalité des autres pays membres du Conseil de sécurité, qui n’a donc pas donné suite à sa démarche.

Mais le dialogue de sourds continue : l’administration Trump fait désormais comme si les sanctions internationales étaient de retour, tandis que les autres puissances entendent faire comme si de rien n’était.

La diplomatie américaine martèle notamment que l’embargo sur les armes est prolongé « indéfiniment » et que de nombreuses activités en lien avec les programmes nucléaire et balistique de Téhéran sont désormais passibles de punitions au niveau international.

« Il ne va rien se passer », prédit un diplomate à l’ONU. «C’est comme quand on appuie sur la gâchette et que la balle ne part pas».

Un autre déplore un acte «unilatéral»: « La Russie et la Chine observent satisfaites, en mangeant du popcorn, les Européens et les Américains se diviser ».

Mais si les États-Unis devaient mettre à exécution la menace de sanctions secondaires, l’escalade pourrait continuer.

*Avec AFP