Le Canada condamne la «prétendue» investiture de Loukachenko au Bélarus et la répression policière

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Le ministre des Affaires étrangères canadien, François-Philippe Champagne, a condamné la prétendue investiture d’Alexandre Loukachenko au Bélarus au Bélarus qui avait lieu mercredi 23 septembre et a donné lieu à des manifestations violemment réprimées par la police bélarusse.

«Depuis les élections présidentielles frauduleuses d’août 2020, Alexander Loukachenko continue de faire preuve de mépris envers le peuple du Bélarus en tenant aujourd’hui à huis clos une prétendue cérémonie d’investiture. L’investiture est aussi illégitime que les élections qui ont eu lieu. Le Canada considère qu’Alexandre Loukachenko n’a pas la légitimité pour diriger le Bélarus.», a déclaré le chef de la diplomatie canadienne. 

«Ces gestes ne font que démontrer le mépris de Loukachenko pour les principes démocratiques de base et les droits fondamentaux du peuple du Bélarus. Nous continuerons de travailler avec nos partenaires pour faire en sorte que la voix du peuple du Bélarus soit entendue et que ceux responsables de miner la démocratie et d’attiser les violences dans ce pays soient tenus responsables.» 

François-Philippe champagne a aussi annoncé hier 600 000 $ pour des projets de soutien à la société civile et à la démocratie au Bélarus en mettant l’accent sur les femmes et les médias indépendants. «Nous continuerons d’appeler au respect des droits de l’homme« », a-t-il déclaré.

La cérémonie d’investiture, qui devait avoir lieu légalement avant le 9 octobre, a été organisée en catimini de crainte d’une nouvelle grande manifestation.

Dans son discours, M. Loukachenko a affirmé que son pays avait résisté à une «révolution de couleur», surnom donné en ex-URSS aux mouvements populaires ayant fait s’effondrer plusieurs régimes autoritaires depuis le début des années 2000. «Notre État était face à un défi sans précédent […] mais nous sommes parmi les seuls, sinon les seuls, chez qui la “révolution de couleur” n’a pas fonctionné », a-t-il déclaré.

Il est ensuite apparu en uniforme militaire dans un discours devant des soldats au garde-à-vous. « Vous avez sauvé la paix sur ce bout de terre, vous avez défendu la souveraineté et l’indépendance de notre pays », la lancé Loukachenko selon qui les Occidentaux voulaient le renverser pour se servir de la Biélorussie comme tremplin pour une guerre contre la Russie.

Loukachenko est confronté depuis la présidentielle du 9 août à une contestation inédite, des dizaines de milliers de personnes descendant dans la rue chaque dimanche à Minsk, malgré la répression policière, pour dénoncer sa réélection jugée frauduleuse.

Encore hier, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans la soirée contre le chef d’État sur l’avenue des Vainqueurs, dans le centre de Minsk.

La police biélorusse a encore une fois dispersé les manifestations de l’opposition contre la prestation de serment inattendue du président biélorusse Alexandre Loukachenko, confronté à un mouvement de contestation historique. Des canons à eau sont entrés en action et des policiers antiémeutes encagoulés ont procédé à des dizaines d’arrestations. Au moins deux personnes ont été blessés par des coups de matraque, selon des témoins interrogés par l’AFP. Du gaz lacrymogène a également été utilisé.

Selon l’ONG de défense des droits humains Viasna, au moins trois cents manifestants ont été arrêtés hier soir à travers le pays, alors que des milliers de personnes protestaient contre l’investiture.

La police anti-émeute et d’autres forces de sécurité, y compris des officiers en civil, ont arrêté des manifestants à Minsk, Hrodna, Homieĺ, Mahilioŭ, Polack, Barysaŭ, Baranavičy et d’autres villes, indique l’ONG.

Toujours selon Viasna, de nombreux détenus ont été battus à coups de matraque, entraînant des blessures à la tête. Plusieurs manifestants ont été hospitalisés après leur détention brutale. Un équipement anti-émeute a également été utilisé. En particulier, à Minsk, des manifestants pacifiques ont été dispersés avec des canons à eau pulvérisant un liquide coloré. Des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes auraient également été utilisés dans des cas isolés.

Après que des automobilistes ont bloqué plusieurs rues animées de Minsk, les forces de sécurité ont attaqué plusieurs véhicules, brisant les vitres et détenu violemment les chauffeurs.

Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur bélarusse lui-même, la police a arrêté 384 manifestants lors de 59 manifestations tenues hier, dont 252 à Minsk. 320 seraient toujours en détention pour faire face à des accusations.