Nagorno Karabakh: le bilan officiel des combats s’établit mardi à 98 morts

L’Azerbaïdjan et le Nagorny Karabakh affirment s’infliger de lourdes pertes. (Ministère de la Défense de la République d'Azerbaïdjan)
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Le bilan officiel de ces combats meurtriers s’établit mardi à 98 morts, dont quatorze civils : dix en Azerbaïdjan et quatre côté arménien. Mais les deux camps affirment chacun avoir tué des centaines de militaires ennemis.


Mise à jour 29/09/2020

L’Arménie a affirmé mardi qu’un chasseur-bombardier turc soutenant l’Azerbaïdjan avait abattu un de ses avions militaires, ce qu’ont aussitôt démenti Ankara et Bakou, au troisième jour de combats meurtriers dans la région disputée du Nagorny Karabakh. Une intervention militaire directe turque marquerait un tournant majeur après des combats qui ont fait près de cent morts et qui se poursuivent malgré les appels au calme de la communauté internationale.


Depuis dimanche, les forces de l’enclave séparatiste du Nagorny Karabakh, soutenue politiquement, militairement et économiquement par l’Arménie, et celles de l’Azerbaïdjan s’affrontent dans les combats les plus meurtriers depuis 2016. Les deux États ont décrété la loi martiale dimanche et l’Arménie a décrété la mobilisation générale. L’Azerbaïdjan impose un couvre-feu dans une partie du pays, notamment sa capitale.

L’Azerbaïdjan et les séparatistes arméniens du Nagorny Karabakh affirment tous deux ce mardi s’être infligé de lourdes pertes, au troisième jour de combats meurtriers les opposant dans l’enclave séparatiste en territoire azéri.

Les deux camps affirment avoir infligé de lourdes pertes à l’ennemi, soulignant l’ampleur prise par les combats, qui ont fait officiellement près de cent morts.

Le ministre de la Défense arménien a ainsi déclaré mardi que les séparatistes avaient détruit 49 drones, 4 hélicoptères, 80 tanks, un avion militaire et 82 véhicules militaires azerbaïdjanais depuis dimanche, et assure avoir infligé «d’importantes pertes humaines».

Les autorités du Nagorny Karabakh disent avoir regagné des positions perdues la veille, ce que l’Azerbaïdjan dément, affirmant avoir encore progressé et détruit « une colonne motorisée arménienne et une unité d’artillerie ».

De son côté, le ministère de la défense azerbaïdjanais a assuré que des « combats féroces » s’étaient poursuivis jusqu’à mardi matin et que ses forces avaient « détruit quatre chars ennemis, un véhicule blindé et tué dix militaires ».

Vidéo du Ministère de la Défense de la République d’Azerbaïdjan diffusée le 29 septembre.

L’Azerbaïdjan, pays turcophone à majorité chiite, réclame le retour sous son contrôle du Nagorny Karabakh, province montagneuse peuplée majoritairement d’Arméniens, chrétiens, dont la sécession en 1991 n’a pas été reconnue par la communauté internationale.

Tous les efforts de médiation depuis près de 30 ans ont échoué à régler ce conflit et le Nagorny Karabakh est régulièrement secoué par des flambées de violence.

Plusieurs dirigeants étrangers, dont la chancelière allemande Angela Merkel, ont appelé cette semaine à un cessez-le-feu immédiat et le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit en urgence mardi soir, pour tenter d’éviter une guerre ouverte entre Erevan et Bakou qui risquerait de déstabiliser la région et d’y entraîner les puissances régionales, la Turquie et la Russie.  

Pendant ce temps, ajoutant de l’huile sur le feu, le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé lundi l’Arménie à mettre fin à «l’occupation du Nagorny Karabakh» et a promis qu’Ankara resterait «aux côtés» de Bakou «par tous les moyens».

L’Arménie et le Nagorny Karabakh accusent Ankara de fournir armes, «spécialistes militaires», pilotes de drones et avions à Bakou, ce que l’Azerbaïdjan dément.

La Russie, qui entretient de bonnes relations avec les deux belligérants et se veut le grand arbitre régional reste pour sa part plus proche de l’Arménie, qui appartient à une alliance militaire dominée par Moscou.

Le ministre des Affaires étrangères canadien, François-Philippe Champagne, et son homologue britannique, Dominic Raab, ont fait hier une déclaration demandant eux aussi la fin des hostilités. «Le Canada et le Royaume-Uni sont profondément préoccupés par les informations faisant état d’une action militaire à grande échelle le long de la ligne de contact dans la zone de conflit du Nagorno Karabakh. Les rapports faisant état de bombardements de colonies et de victimes civiles sont très préoccupants. Nous demandons la fin immédiate des hostilités, le respect de l’accord de cessez-le-feu et la protection des civils.»

Ils enjoignent les parties à chercher une résolution pacifique et négociée dans le cadre fourni par le processus de Minsk de l’OSCE. «Toute solution à ce conflit doit désavouer la violence et impliquer une résolution pacifique et négociée dans le cadre fourni par le processus de Minsk de l’OSCE. Nous soutenons le travail du groupe de Minsk de l’OSCE et nous appuyons pleinement la déclaration des coprésidents d’hier.»

Le Groupe de Minsk est créé en 1992 par la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) (devenue aujourd’hui l’OSCE ou Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Ce groupe se présentait alors comme une organisation européenne chargée d’encourager la recherche d’une résolution pacifique et négociée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, lors du conflit les opposant sur le Nagorno Karabakh.

*Avec AFP