Navalny empoisonné au Novitchok, Merkel met la pression sur Poutine

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L'hôpital de la Charité à Berlin où était soigné l'apposant russe Alexeï Navalny, le 24 août 2020. (AFP)
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Les examens médicaux pratiqués sur Alexeï Navalny par un laboratoire de l’armée allemande apportent la « preuve sans équivoque » que l’opposant russe a été victime d’un empoisonnement «par un agent neurotoxique de type Novitchok», a annoncé mercredi le gouvernement allemand.

Cet agent toxique avait déjà été utilisé contre l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en 2018 en Angleterre selon les autorités britanniques, une affaire qui a provoqué une crise diplomatique entre Londres et Moscou.

Le gouvernement allemand, qui « condamne cette attaque dans les termes les plus fermes », demande d’ores et déjà à la Russie des éclaircissements « urgents » sur cet empoisonnement, ajoute-t-il dans un communiqué.

Un laboratoire des forces armées allemandes a effectué des examens sur Alexeï Navalny, hospitalisé à Berlin après avoir été victime d’un empoisonnement en Russie.

Ces tests ont apporté la « preuve sans équivoque de l’existence d’un agent chimique neurotoxique de type Novitchok », a révélé le gouvernement allemand.

Bête noire du Kremlin, à la tête du Fonds contre la corruption, qui révèle la corruption des élites, Alexeï Navalny a été admis le 20 août en réanimation dans un hôpital d’Omsk après un malaise dans un avion qui devait le ramener à Moscou depuis Tomsk, en Sibérie. (AFP)

« Il est choquant qu’Alexeï Navalny ait été victime d’une attaque avec un agent chimique neurotoxique en Russie », juge le gouvernement.

« Le ministère des Affaires étrangères informera l’ambassadeur russe des résultats de l’enquête », prévient le gouvernement.

L’Allemagne va en outre tenir informés « ses partenaires de l’Union européenne et de l’OTAN des résultats de l’enquête », poursuit-il. « Elle discutera d’une réponse commune appropriée avec ses partenaires à la lumière de la déclaration russe ».

Le gouvernement allemand prévoit aussi de « prendre contact avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) », les agents de type Novitchok étant interdits par cette organisation.

« Nous espérons un rétablissement complet à M. Navalny », conclut-il.

Principal opposant au pouvoir du président Vladimir Poutine, auteur de publications dénonçant la corruption des élites russes qui sont abondamment partagées sur les réseaux sociaux, Alexeï Navalny a été transféré fin août de Sibérie à Berlin.

Merkel met la pression sur Poutine

La chancelière allemande Angela Merkel a pressé mercredi Moscou de s’expliquer après des d’analyses en Allemagne montrant que l’opposant russe Alexeï Navalny avait été empoisonné par un agent neurotoxique « de type Novitchok », et les partenaires de Berlin ont également exprimé leur indignation.

Cet agent hautement toxique, mis au point par les Soviétiques dans les années 70 -une arme chimique- se présente le plus souvent sous la forme d’une fine poudre susceptible de pénétrer les pores de la peau ou les voies respiratoires.

« Le fait que la substance ait mis du temps à agir peut indiquer qu’il s’agit d’une formulation à libération prolongée du type de celle qui est couramment utilisée pour les produits pharmaceutiques. Là encore, cela indique qu’il ne s’agissait pas d’une attaque d’amateur », a commenté Andrea Sella, professeur à l’University College de Londres.

M. Navalny, 44 ans, reste « dans un état grave » mais son état de santé « continue de s’améliorer », a précisé dans un communiqué l’hôpital berlinois de la Charité, qui a précisé qu’il restait toujours « sous assistance respiratoire ».

Berlin, qui « condamne cette attaque dans les termes les plus fermes », a demandé à la Russie des éclaircissements « urgents » sur cet empoisonnement, selon un communiqué du gouvernement.

Les résultats de ces tests démontrent que M. Navalny a bel et bien été « victime d’un crime », destiné à le « réduire au silence », a dénoncé Angela Merkel dans une déclaration à la presse.

« De très graves questions se posent à présent, auxquelles seul le gouvernement russe peut et doit répondre », a prévenu la chancelière dont le pays assure la présidence du Conseil de l’Union européenne.

La Russie s’est dite « prête » à coopérer avec l’Allemagne.

« Les résultats de plusieurs expertises effectuées dans le cadre des investigations préliminaires n’ont révélé aucune substance puissante empoisonnée ou intoxicante dans l’organisme de Navalny », a toutefois soutenu une source au sein des forces de l’ordre citée par l’agence d’Etat russe, Tass.

« Nous appelons nos partenaires à éviter une politisation de cet incident et à s’appuyer uniquement sur des faits fiables qui nous seront fournis, nous l’espérons, dans les plus brefs délais », a déclaré l’ambassade de Russie à Berlin.

Pour l’entourage de l’opposant, l’auteur de cet empoisonnement ne fait guère de doute. « Seul l’Etat » russe a pu recourir au Novitchok, a affirmé l’organisation de M. Navalny.

L’ambassadeur russe à Berlin a été « invité urgemment » au ministère allemand des Affaires étrangères, a annoncé le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

Arme chimique

Présentation des agents innervants. (AFP)

L’UE, l’Otan, Washington, Paris et Londres avaient déjà mis la pression sur Moscou sur ce dossier. Mais le Kremlin rejetait jusqu’ici comme prématurées les conclusions pointant en direction d’une action criminelle.

Mercredi soir, le Royaume-Uni a appelé la Russie à « dire la vérité », alors que Paris a condamné « l’utilisation choquante et irresponsable » du Novitchok.

De son côté, l’Union européenne a dénoncé « un acte méprisable et lâche » et la Maison Blanche s’est dite « très troublée », parlant d’un « acte absolument condamnable ».

L’Italie a demandé à Moscou de « clarifier avec rapidité et transparence les responsabilités dans ce qui s’est produit ».

L’Otan a elle réclamé à la Russie une enquête.

Le gouvernement allemand prévoit aussi de « prendre contact avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) », les agents de type Novitchok étant interdits par cette organisation.

Principal opposant au pouvoir du président Vladimir Poutine, auteur de publications dénonçant la corruption des élites russes qui sont abondamment partagées sur les réseaux sociaux, Alexeï Navalny a été transféré fin août de Sibérie à Berlin.

Plusieurs personnalités russes ont été victimes d’empoisonnements, avérés ou suspectés, dans un passé récent.