L’opposant russe Alexeï Navalny sorti du coma artificiel

L'hôpital de la Charité à Berlin où était soigné l'apposant russe Alexeï Navalny, le 24 août 2020. (AFP)
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*Remis à jour 08/09/2020, 15h58

L’opposant russe Alexeï Navalny, victime d’un empoisonnement en Russie selon Berlin, a été sorti du coma artificiel et va « par étapes » cesser d’être sous respirateur artificiel, a annoncé lundi l’hôpital berlinois de la Charité.

L’opposant, victime d’un empoisonnement à un neurotoxique de type Novitchok, « réagit quand on lui parle », a également indiqué l’établissement où il est soigné depuis le 22 août.

Son « état de santé […] s’est amélioré », a souligné l’hôpital, l’un des plus réputés en Europe, tout en affirmant comme les fois précédentes que des séquelles à long terme « de ce lourd empoisonnement » n’étaient « pas à exclure ».

Principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny a été « sans équivoque » empoisonné en Russie lors d’une tournée électorale par un agent neurotoxique de type Novitchok, une substance conçue à l’époque soviétique à des fins militaires et déjà utilisée contre l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en 2018 en Angleterre.

Berlin et les autres pays occidentaux montrent du doigt les autorités russes et les exhortent à fournir des explications.

Le bras de fer s’est durci dimanche, l’Allemagne fixant un ultimatum de quelques jours à Moscou pour « clarifier ce qui s’est passé ».

Alexeï Navalny, connu pour ses enquêtes anti-corruption visant l’élite politique russe, s’est trouvé mal le 20 août et a été hospitalisé en urgence à Omsk en Sibérie, avant d’être évacué vers Berlin à l’issue d’un bras de fer entre son entourage et les médecins russes.  

Navalny: le Kremlin qualifie les accusations d’«absurdes»

Dans cette photo d’archives prise le 29 février 2020, l’opposant russe Alexeï Navalny et son épouse Youlia participent à une marche en mémoire d’un détracteur du Kremlin à Moscou. (AFP)

Le Kremlin a dénoncé lundi les tentatives « absurdes » d’accuser la Russie de l’empoisonnement de l’opposant Alexeï Navalny, victime d’un agent neurotoxique de type Novitchok selon Berlin qui a fixé un ultimatum de quelques jours à Moscou pour recevoir des explications.

Cette déclaration intervient alors que des appels à sanctionner la Russie se multiplient en Occident, des conséquences pour le projet de gazoduc Nord Stream 2 n’étant pas exclues si Moscou ne fournit pas les réponses attendues sur l’empoisonnement.

« Toute tentative d’associer la Russie de quelque manière que ce soit à ce qui s’est passé (avec M. Navalny, ndlr) est inacceptable à nos yeux », a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Ces tentatives sont « absurdes », a-t-il assuré.

Selon le gouvernement allemand, M. Navalny a « sans équivoque » été empoisonné en Russie lors d’une tournée électorale par un agent neurotoxique de type Novitchok, une substance conçue à l’époque soviétique à des fins militaires. 

Berlin et les autres pays occidentaux pointent du doigt les autorités russes et les exhortent à fournir des explications.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a jugé ainsi « très difficile » de penser à une autre explication « plausible » que celle d’une « émanation de l’Etat russe ». 

Le bras de fer s’est durci dimanche, l’Allemagne fixant un ultimatum de quelques jours à Moscou pour « clarifier ce qui s’est passé ».

Nord Stream 2 menacé

Faute de ces clarifications, « nous allons devoir discuter d’une réponse avec nos partenaires » européens, a averti dans le quotidien Bild le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, dont le pays préside actuellement l’Union européenne, en évoquant d’éventuelles sanctions « ciblées ».

Interrogé lundi sur le fait de savoir si Angela Merkel chercherait à épargner le gazoduc Nord Stream 2 en cas de sanctions contre Moscou dans cette affaire, le porte-parole de la dirigeante allemande Steffen Seibert a répondu lors d’un point-presse régulier: « La chancelière considère qu’il serait erroné de l’exclure dès le départ ». 

Censé approvisionner l’Allemagne et l’Europe en gaz russe, ce projet phare entre la Russie et l’Europe a jusqu’ici été très cher à l’Allemagne, eu égard aux intérêts économiques et énergétiques majeurs en jeu: plus d’une centaine d’entreprises européennes, allemandes pour la moitié, y sont associées.

La Russie, qui rejette toute implication, a de son côté reproché à Berlin « de retarder le processus de l’enquête qu’elle réclame » en ne transmettant pas les pièces du dossier aux autorités russes.

Selon M. Peskov, Moscou n’a pas encore reçu ces éléments mais s’attend à ce que l’Allemagne fournisse toutes les informations nécessaires à la Russie « dans les prochains jours ».

« Nous les attendons avec impatience », a-t-il ajouté.

Alexeï Navalny, connu pour ses enquêtes anti-corruption visant l’élite politique russe, s’est trouvé mal le 20 août et a été hospitalisé en urgence à Omsk en Sibérie, avant d’être évacué vers Berlin à l’issue d’un bras de fer entre son entourage et les médecins russes. 

Il est actuellement dans le coma artificiel à l’hôpital berlinois de la Charité.

L’agent neurotoxique Novitchok avait déjà été utilisé contre l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en 2018 en Angleterre. Selon les autorités britanniques, le GRU, le renseignement militaire russe, était le principal suspect. 

Cette affaire avait déjà entraîné des sanctions contre la Russie, qui avait nié toute implication.

Mais mes ministres des Affaires étrangères du G7 condamnent

Dans un communiqué, les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni affirment être « unis dans la condamnation, dans les termes les plus forts, de l’empoisonnement confirmé d’Alexeï Navalny ».

«Nous, ministres des Affaires étrangères du G7 représentant l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, ainsi que le haut représentant de l’Union européenne, condamnons d’une seule voix, avec la plus grande fermeté, l’empoisonnement maintenant confirmé d’Alexeï Navalny.

«L’Allemagne a partagé avec ses partenaires du G7 les résultats des examens cliniques et toxicologiques effectués par des experts médicaux allemands et un laboratoire spécialisé des forces armées allemandes confirmant que M. Navalny a été victime d’une attaque par agent chimique neurotoxique du groupe « Novichok », une substance produite par la Russie. M. Navalny est aux soins intensifs d’un hôpital de Berlin et demeure dans un état critique. Nos pensées les plus sincères accompagnent sa famille, et nous lui souhaitons un prompt et rapide rétablissement.

«L’utilisation d’armes chimiques, peu importe le lieu ou l’utilisateur, en quelques circonstances que ce soit, est inacceptable et contrevient aux normes internationales qui interdisent l’emploi de telles armes. Nous, ministres des Affaires étrangères du G7, demandons à la Russie de faire sans attendre preuve de transparence totale quant aux responsables de cette odieuse attaque par empoisonnement et, compte tenu de ses engagements pris en vertu de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, de traduire les auteurs de cet acte en justice.

«Cette attaque perpétrée contre l’opposant Alexeï Navalny est une autre grave atteinte à la démocratie et à la pluralité politique en Russie. Il s’agit d’une menace sérieuse pour les femmes et les hommes qui se sont engagés à défendre les libertés politiques et civiles que la Russie s’est pourtant engagée à garantir. Nous demandons à la Russie de respecter les engagements qu’elle a pris en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de garantir à ses citoyens le respect de ces droits, y compris du droit à la liberté d’expression.

«Nous continuerons de surveiller de près la façon dont la Russie répondra aux demandes d’explications de la communauté internationale au sujet du terrible empoisonnement de M. Navalny. Nous demeurons fermement résolus à soutenir la démocratie, la primauté du droit et les droits de la personne en Russie, et à accroître notre appui à la société civile russe.»

*Avec AFP