Ni trêve ni négociations, Arméniens et Azerbaïdjanais déterminés au combat

Un soldat arménien met à feu un canon en direction des positions de l’Azerbaïdjan. (Ministère arménien de la Défense)
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L’Arménie et l’Azerbaïdjan, rejetant l’idée de pourparlers et les appels internationaux à un cessez-le-feu, étaient engagés mercredi dans une quatrième journée de combats sanglants au Nagorny Karabakh, territoire séparatiste azerbaïdjanais soutenu par Erevan. 


Mise à jour 30/09/2020,

Les présidents russe Vladimir Poutine et français Emmanuel Macron ont appelé mercredi à un arrêt « complet » des combats au Karabakh et se sont dits prêts à intensifier les efforts diplomatiques pour contribuer à la résolution du conflit, a annoncé le Kremlin.« Vladimir Poutine et Emmanuel Macron ont appelé les parties au conflit à cesser complètement le feu et, dès que possible, à faire redescendre les tensions et à montrer le maximum de retenue », a déclaré la présidence russe dans un communiqué. MM. Poutine et Macron ont discuté de «paramètres concrets de coopération future, avant tout dans le cadre du groupe de Minsk de l’OSCE», indique le communiqué.


Le premier ministre arménien Nikol Pachinian a fermé mercredi la porte à des négociations de paix immédiates, quelques heures après un vote unanime du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à mettre fin aux hostilités et à « reprendre sans tarder des négociations ».

« Il est inapproprié de parler d’un sommet Arménie-Azerbaïdjan-Russie alors que des combats intenses sont en cours », a-t-il dit à des médias russes, selon l’agence Interfax. « Pour des négociations, il faut une atmosphère et des conditions adéquates ».

Avant lui, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev s’était montré tout aussi ferme mardi soir à la télévision russe : « le premier ministre arménien déclare publiquement que le Karabakh c’est l’Arménie, de quel processus de négociations peut-il dès lors être question ? ». 

La Russie, puissance régionale du Caucase du Sud, entretient des relations cordiales avec les deux ex-républiques soviétiques. Erevan fait partie d’une alliance militaire dominée par Moscou, qui fournit des armes aux deux camps.

Le Kremlin, qui réclame la fin immédiate des combats, les plus graves depuis 2016, s’est dit disposé à une médiation, une guerre ouverte entre Bakou et Erevan risquant de déstabiliser une région déjà volatile où les intérêts de nombreuses puissances sont en concurrence.

La Russie, avec la France et les États-Unis, copréside le Groupe de Minsk qui depuis 1992 n’est pas parvenu à trouver une solution durable au conflit du Nagorny Karabakh, territoire ayant fait sécession de l’Azerbaïdjan avec le soutien arménien. Une guerre au début des années 1990 y avait déjà fait 30 000 morts.

Selon des bilans officiels probablement très partiels, les combats d’ampleur qui ont éclaté dimanche ont coûté la vie à 98 personnes, dont 81 combattants séparatistes arméniens et 17 civils des deux côtés du front.  

L’Azerbaïdjan n’a communiqué aucune perte militaire et les deux camps se rejettent la responsabilité des hostilités.

Un journaliste de l’AFP a assisté dans la région azerbaïdjanaise de Beylagan, à quelques dizaines de kilomètres du front, à l’enterrement d’un soldat, tombé au combat selon les habitants. Sous les cris d’une foule compacte, son cercueil, enveloppé dans le drapeau azerbaïdjanais, était porté jusqu’au cimetière.  

«Grande fierté»

Les deux camps affirment avoir infligé des pertes importantes à l’adversaire. Le ministère azerbaïdjanais de la Défense indique que « d’intenses combats se poursuivent » mercredi, et que depuis le week-end, 2300 séparatistes arméniens ont été tués.

Tout en accusant son adversaire de viser des positions civiles, il revendique la destruction de 130 chars, 200 pièces d’artillerie, 25 batteries antiaériennes et des missiles sol-air S-300.

Le porte-parole du ministère arménien de la Défense Artsroun Hovhannissian a lui revendiqué « 137 chars et blindés détruits, 72 drones et 7 hélicoptères et un avion de guerre abattus. 790 soldats azerbaïdjanais ont été tués et 1900 blessés ».

L’ensemble de ces données était invérifiable de source indépendante.

Dans les deux pays, une rhétorique belliqueuse a nourri la ferveur patriotique ces derniers mois. La mobilisation et la loi martiale y ont été décrétées depuis dimanche. Et des hommes se portent volontaires pour combattre.

« C’est quelque chose que nous attendons depuis longtemps ! », proclame à l’AFP Chaddine Roustamov, devant un centre de recrutement de l’armée azerbaïdjanaise à Bakou.

L’Azerbaïdjan dit avoir fait des gains territoriaux et perturbé les lignes d’approvisionnement arméniennes. Le Nagorny Karabakh assure au contraire avoir regagné des positions perdues.

Risque d’internationalisation

L’Arménie a affirmé mardi qu’un chasseur-bombardier turc soutenant l’Azerbaïdjan avait abattu un de ses avions militaires, ce qu’ont aussitôt démenti Ankara et Bakou.

Erevan a encore accusé mercredi « l’aviation turque d’effectuer des vols de provocation » le long de leur frontière commune.  

Une intervention militaire directe turque marquerait un tournant majeur et l’internationalisation du conflit, un éventuel scénario catastrophe.

Ankara est la seule puissance à ne pas avoir appelé à un cessez-le-feu, incitant au contraire son allié azerbaïdjanais à reprendre le contrôle du Karabakh par la force, et conspuant l’Arménie, son adversaire historique.  

Le Kremlin a dit mercredi « ne pas soutenir les appels » de la Turquie, avec qui Moscou entretient des relations compliquées, mais pragmatiques, répétant qu’elle devait s’abstenir de jeter « de l’huile sur le feu ».

Le président français Emmanuel Macron a lui condamné les déclarations « inconsidérées et dangereuses » d’Ankara encourageant l’Azerbaïdjan à « une reconquête » militaire du Karabakh.

« Nous sommes près d’une guerre à grande échelle, peut-être même à l’échelle régionale », s’inquiète Olesya Vartanyan, analyste du International Crisis Group.

Les ONG de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch et Amnistie internationale ont appelé les belligérants à ne pas « viser » les civils.