Ouverture de pourparlers historiques sur l’Afghanistan à Doha

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, prononce un discours, par appel vidéo, lors de la séance d'ouverture des pourparlers de paix entre le gouvernement afghan et les talibans dans la capitale qatari Doha, le 12 septembre 2020. (AFP)
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Le gouvernement afghan et les talibans ont entamé samedi à Doha des négociations de paix historiques en présence du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, des discussions qui s’annoncent laborieuses en raison des profondes divergences entre les deux belligérants.


Mise à jour 12/09/2020, 15h03

Les talibans pourraient proposer un cessez-le-feu en échange de la libération de leurs prisonniers, a déclaré samedi à l’AFP Abdullah Abdullah, patron du processus de paix pour les autorités afghanes, au premier jour des pourparlers de paix historiques entre les deux camps.« Il est possible » que les talibans envisagent cette option, a estimé M. Abdullah, alors que 5000 insurgés ont déjà été relâchés par Kaboul contre un millier de membres des forces afghanes dans le cadre d’un échange prévu dans l’accord américano-taliban signé en février, déjà à Doha.


La cérémonie a été ouverte par le chef de la diplomatie du Qatar, cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, auquel a succédé le négociateur du gouvernement afghan, l’ancien chef de l’exécutif Abdullah Abdullah.

Celui-ci a appelé à un « cessez-le-feu humanitaire ». « Notre pays se souviendra de ce jour comme de celui de la fin de la guerre et des souffrances de notre peuple », a-t-il espéré.

Une revendication soutenue par l’Union européenne, qui dans un communiqué a demandé un arrêt des combats « immédiat […], national et inconditionnel », mais rapidement contredite par l’émissaire américain pour la paix en Afghanistan, Zalmay Khalilzad.

Les négociations « conduiront » à un cessez-le-feu, qui n’est pas un préambule des pourparlers, a-t-il rappelé lors d’une conférence de presse à Doha.

Ces négociations, retardées de six mois en raison de désaccords profonds sur un échange de prisonniers, interviennent au lendemain du 19e anniversaire des attentats du 11 septembre 2011, qui ont entraîné l’intervention internationale menée par les États-Unis ayant chassé les talibans du pouvoir en Afghanistan.

Les deux camps doivent trouver un moyen « de faire aller le pays de l’avant […] et accéder aux demandes des Afghans : un pays réconcilié avec un gouvernement qui reflète une nation qui n’est pas en guerre », a déclaré vendredi M. Pompeo.

Les discussions se déroulent dans une salle de conférence de l’hôtel de luxe ayant accueilli en février la signature de l’accord historique entre Washington et les talibans, qui a ouvert la voie aux pourparlers. Ce texte avait entériné le départ des forces étrangères d’Afghanistan d’ici mi-2021 en échange de vagues garanties talibanes, dont la tenue de ce « dialogue interafghan ».

Objectifs inconciliables

Ce retrait devrait être achevé « d’ici la fin du mois d’avril », a observé Zalmay Khalilzad. Alors que 8600 militaires américains sont encore stationnés en Afghanistan, ils ne seront plus que 4500 fin novembre, a-t-il souligné.

Le président américain Donald Trump, dont la réélection en novembre paraît loin d’être acquise, est déterminé à mettre fin à la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis.

Mais un règlement rapide du conflit semble peu probable et l’issue des négociations paraît hautement incertaine.

La première rencontre a été « très positive », a toutefois remarqué Habiba Sarabi, l’une des quatre femmes sur 21 négociateurs gouvernementaux, contre aucune côté insurgés.

Les talibans « étaient mieux disposés que durant les rencontres précédentes. Nous sommes en train de bâtir la confiance », s’est-elle réjouie, interrogée par l’AFP.

Les rebelles, qui ne reconnaissent pas le gouvernement de Kaboul, qualifié de « marionnette » de Washington, veulent que l’Afghanistan soit régi par un « système islamique », où la loi serait dictée par un islam rigoriste, a rappelé leur négociateur en chef, Abdul Ghani Baradar, barbe fournie et turban noir sur le chef.

« Je veux que tout le monde tienne compte de l’islam dans les négociations et accords et que l’islam ne soit pas sacrifié à des intérêts personnels », a-t-il insisté.

Le gouvernement du président Ashraf Ghani insiste pour maintenir la jeune République et sa Constitution, qui a consacré de nombreux droits, notamment pour les femmes qui seraient les grandes perdantes d’un retour aux pratiques en vigueur sous le joug des talibans.

« Le soutien politique et financier de l’Union européenne à l’Afghanistan (sera) notamment conditionné au respect (des) principes-clés » que sont les droits de l’Homme, ceux des femmes ou encore « la garantie des institutions républicaines », a rappelé le ministère des Affaires étrangères français dans un communiqué.

Le Canada salue le début des négociations entre le gouvernement afghan et les talibans 

Le Canada qui a été engagé en Afghanistan jusqu’en 2014, ne peut être indifférent aux pourparlers interafghans qui se déroulent à Doha et Ottawa a salué par la voix de son ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, le début des négociations entre le gouvernement afghan et les talibans.

«Le Canada salue le début des négociations entre le gouvernement de l’Afghanistan et les talibans. Après plus de 40 ans de conflit, voici une occasion d’établir les fondements de la paix que les Afghans attendent depuis longtemps.

«En ce début des négociations, nous demandons aussi un cessez-le-feu humanitaire immédiat afin de permettre un acheminement ininterrompu et sécuritaire de l’aide aux personnes dans le besoin, d’autant plus que la pandémie de la COVID-19 continue d’infliger des souffrances en Afghanistan. Un tel cessez-le-feu montrerait à tous les Afghans que les engagements pris en vue de parvenir à une paix durable sont vraiment sérieux.

«Pour être efficace, un processus de paix nécessitera également une inclusion véritable de l’ensemble de la société afghane, y compris les femmes, les minorités ethniques et d’autres groupes marginalisés.

«Le Canada continuera à appuyer la population afghane alors qu’un avenir prometteur de paix se dessine.» 

Jusqu’à la fin de l’opération Attention en 2014, qui avait pour mission la formation des Forces afghanes, les Forces armées canadiennes ont mené des opérations en Afghanistan pendant plus de douze ans et ont joué divers rôles impliquant des ressources aériennes, terrestres et maritimes, allant des opérations de combat, de sécurité, de développement, au soutien et d’instruction dans des fonctions et des régions variées en Afghanistan.

158 Canadiens y ont laissé leur vie.

En tout, plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont été envoyés en Afghanistan, beaucoup d’entre eux plus d’une fois, ce qui fait de cet engagement militaire le plus important déploiement de membres des Forces armées canadiennes depuis la Deuxième Guerre mondiale.

«Nous sacrifier»

Le conflit afghan a tué des dizaines de milliers de personnes, dont 2400 soldats américains, poussé des millions d’autres à fuir, et coûté plus de mille milliards de dollars à Washington.  

« Je veux que les négociateurs prennent en compte la volonté du peuple d’Afghanistan », a réagi Sayed Jamil Ibrahimi, un habitant de Kaboul. « Nous sacrifier, mourir, devenir réfugiés est devenu (notre) destin », a-t-il déploré, alors que toute la capitale  était massée devant des écrans pour suivre la cérémonie.

Beaucoup d’Afghans craignent le retour au pouvoir-partiel ou total-des talibans, en position de force dans ces négociations après avoir forcé par leur guérilla incessante les États-Unis à signer avec eux l’accord de retrait de leurs troupes en février. Les insurgés contrôlent déjà la moitié du territoire afghan.  

*Avec AFP

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