Un énorme incendie au port de Beyrouth quelques semaines après l’explosion

Un énorme incendie s'est déclaré dans un entrepôt du port de Beyrouth, le 10 septembre 2020. (AFP)
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Un énorme incendie s’est déclaré jeudi dans un entrepôt du port de Beyrouth, semant la panique parmi des Libanais encore sous le choc de l’explosion meurtrière et dévastatrice qui a traumatisé la capitale il y a cinq semaines.


Mise à jour 11/09/2020, 18h31

Les pompiers ont éteint vendredi les dernières flammes de l’énorme incendie au port de Beyrouth, qui a décimé une partie de l’aide humanitaire et ravivé le douloureux traumatisme d’une population sous le choc après une explosion dévastatrice début août. Le feu a pris jeudi dans un entrepôt utilisé notamment par la Croix-Rouge internationale pour stocker des milliers de colis alimentaires et un demi-million de litres d’huile. Dans la nourriture se trouvaient des pâtes, du sucre, du thé, des lentilles et des pois chiches, selon un communiqué de l’organisation.«L’explosion et l’incendie auront indéniablement un impact sur l’aide humanitaire du CICR, que ce soit au Liban ou en Syrie» voisine, a averti la Croix-Rouge.


D’épaisses colonnes de fumée noire sont visibles depuis plusieurs quartiers de la capitale. L’incendie a touché un entrepôt où sont stockés des bidons d’huile et des pneus de voiture, a indiqué l’armée libanaise dans un communiqué, appelant les habitants à quitter les quartiers environnants.

Le feu a pris dans la zone franche du port, où étaient stockés des pneus et des huiles alimentaires par une compagnie importatrice, a déclaré de son côté le directeur par intérim du port, Bassem al-Kaissi, à une chaîne de télévision locale.

L’incendie « a commencé avec les bidons d’huile avant de se propager aux pneus », a-t-il ajouté, sans être en mesure d’en préciser l’origine.

« C’est soit à cause de la chaleur soit d’une erreur, il est encore trop tôt pour le savoir », a affirmé M. Kaissi.

Des camions de la défense civile ont été dépêchés sur le site de l’incendie, tandis que l’armée a déployé des hélicoptères pour tenter d’éteindre les flammes. Sur les réseaux sociaux, nombre de vidéos montrent une grande boule de feu et d’épaisses colonnes de fumée noire. Le mot dièse en arabe #PortdeBeyrouth est parmi les plus repris sur Twitter.

Le 4 août, une gigantesque explosion au port, déclenchée par un incendie, a dévasté des pans entiers de la capitale, faisant au moins 190 morts et plus de 6.500 autres.

Feu démentiel au port

« Feu démentiel au port, provoquant la panique dans tout Beyrouth. On ne peut pas avoir une pause », a déploré sur Twitter une chercheuse de Human Rights Watch (HRW), Aya Majzoub.

Les équipes de la défense civile et des hélicoptères de l’armée libanaise tentent d’éteindre l’incendie, selon un correspondant de l’AFP. Les forces de sécurité ont fermé à la circulation les routes près du port.

L’incident de jeudi est venu rappeler aux Libanais la funeste journée du 4 août, quand une énorme quantité de nitrate d’ammonium stockée dans un entrepôt du port a explosé.

Le drame, la tragédie de trop pour des Libanais déjà mis à genoux par une grave crise économique, a fait au moins 190 morts et plus de 6500 blessés, dévastant des quartiers entiers de Beyrouth.

« On était en train de travailler, et soudain il y a eu des cris, pour nous dire de sortir », raconte Haitham, un des employés de l’entrepôt touché par l’incendie de jeudi.

« Il y avait des travaux de soudure en cours, puis les flammes se sont déclarées, on ne sait pas ce qui s’est passé », ajoute-t-il.

Sur les réseaux sociaux, des internautes ont publié jeudi plusieurs vidéos montrant une grosse boule de feu dans le port, provoquant l’épaisse fumée noire.

« Nous ne pouvons pas gérer un nouveau traumatisme », a réagi sur Twitter une internaute.

La Croix-Rouge libanaise a fait état d’une personne blessée par suffocation.

Chaleur ou «erreur»

Le directeur par intérim du Port, Bassem al-Kaissi, a indiqué à la télévision locale LBC que l’incendie s’était déclaré dans un bâtiment où étaient stockés de l’huile de cuisson et des pneus en caoutchouc.

« C’est soit à cause de la chaleur soit une erreur, il est encore tôt pour le savoir », a affirmé M. Kaissi.

L’incident de jeudi est le deuxième en moins d’une semaine dans le port. L’armée avait rapporté mardi un incendie qui avait touché des déchets, des morceaux de bois et des pneus.

« Où vivons-nous ? C’est le théâtre d’un crime qui a eu lieu il y a un mois ! Où est la justice ? Où est l’État ? », s’est indigné Omar Nachaba, chercheur en criminologie et défenseure des droits humains, de nombreux internautes craignant une enquête bâclée par les autorités sur l’explosion du 4 août.

Le drame avait été provoqué par une importante quantité de nitrate d’ammonium stockée depuis plus de six ans « sans mesures de précaution », de l’aveu même des autorités. Quelque 2750 tonnes de nitrate d’ammonium avaient été initialement stockées.

Les principaux dirigeants de l’État, en premier lieu le président Michel Aoun et le premier ministre démissionnaire Hassan Diab, avaient été avertis des dangers que représentait cette cargaison. Face à l’indignation populaire, les dirigeants se sont rejeté la responsabilité.

L’explosion est venue attiser la colère de la population pour qui ce drame constitue une nouvelle preuve de l’incurie de la classe dirigeante, accusée de corruption et d’incompétence.

C’est dans ce contexte que l’armée avait annoncé, près d’un mois après l’explosion, avoir retrouvé 4,35 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans des conteneurs à l’une des entrées du port. La justice a annoncé mercredi des poursuites contre trois employés des douanes, actuels ou à la retraite, notamment pour « manquement délibéré ».

Au total, près de 25 personnes ont été arrêtées après le drame du 4 août, parmi lesquelles des hauts dirigeants de l’administration et de la sécurité du port.

Jeudi, selon une source judiciaire, le ministre du Transport et des Travaux publics, Michel Najjar, et le chef de la Sûreté d’État, Tony Saliba, ont été entendus comme témoin par le juge d’instruction Fadi Sawan, chargé de l’enquête.