Emirats: Kushner visite la base des F-35 très convoités

Jared Kushner (d) le conseiller de Donald Trump s'adresse à des soldats émiratis lors de sa visite à la base militaire de Al-Dhafra, près d'Abou Dhabi, le 1er septembre 2020. (AFP)
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Une délégation américano-israélienne a quitté Abou Dhabi mardi à l’issue d’une visite officielle sans précédent où les responsables des trois pays ont évoqué la future coopération dans différents domaines, dans le cadre d’une normalisation des relations entre l’Etat hébreu et les Emirats.


Mise à jour 02/09/2020, 8h40

L’Arabie saoudite autorise le survol de son espace aérien « en direction et en provenance de tous les pays à la demande des Émirats arabes unis », a annoncé mercredi l’Autorité générale de l’aviation civile, deux jours après le premier vol commercial direct entre Israël et les Émirats. Lundi, une délégation américano-israélienne s’est rendue à Abou Dabi à bord d’un avion effectuant un vol direct entre l’État hébreu et les Émirats, quelques semaines après l’annonce de la normalisation des relations entre les deux pays.L’avion de la compagnie israélienne El Al avait alors survolé le territoire saoudien bien que Riyad n’ait pas de relations avec l’État hébreu.  


Les Emirats arabes unis, Etat fédéral dont la capitale Abou Dhabi est l’un des sept émirats, sont le premier pays du Golfe à avoir officiellement établi des liens avec Israël sous les auspices du président américain Donald Trump.

Son gendre et conseiller à la Maison Blanche, Jared Kushner, a dirigé la délégation arrivée lundi à Abou Dhabi à bord du premier vol commercial direct entre Tel Aviv et les Emirats. Il n’a toutefois pas été précisé si M. Kushner retournait en Israël ou se dirigeait vers un autre pays de la région.

Les trois pays ont annoncé lundi dans un communiqué commun des discussions sur la coopération dans sept domaines: investissement, finances, santé, exploration spatiale, aviation civile, politique étrangère et tourisme et culture. 

« Le résultat sera une large coopération entre deux des économies les plus innovantes et les plus dynamiques de la région », ont-ils déclaré lundi après les entretiens entre M. Kushner et les conseillers à la sécurité nationale israélien, Meir Ben-Shabbat, et émirati, cheikh Tahnoun ben Zayed. 

La délégation américano-israélienne est arrivée à Abou Dhabi lundi via le premier vol commercial direct de la compagnie El Al en provenance de Tel Aviv.

Les drapeaux américains flottaient aux côtés des bannières à l’étoile de David sur le cockpit de l’avion où trônait le mot « paix » écrit en arabe, en anglais et en hébreu au dessus du nom de la ville israélienne de Kiryat Gat.

« Nous sommes profondément attristés de voir un avion israélien atterrir aux Emirats sous le nom de Kiryat Gat, une colonie construite sur les terres (palestiniennes) d’Al-Faluja », a déploré le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh après l’atterrissage de l’avion à Abou Dhabi.

Les Palestiniens ont condamné l’accord entre les Emirats et Israël, accusant Abou Dhabi de trahison et de violation du consensus arabe qui faisait du règlement du conflit une condition sine qua non à la normalisation des relations avec l’Etat hébreu.

L’accord de normalisation prévoit, selon les Emirats, la suspension par Israël de ses annexions des territoires qu’il occupe en Cisjordanie mais le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rapidement affirmé qu’il ne s’agissait que d’une suspension temporaire.

Kushner visite la base des F-35 très convoités

Le conseiller américain Jared Kushner et Robert O’Brien conseiller à la sécurité nationale avec des militaires émiratis sur la base de Al-Dhafra, le 1er septembre 2020. (AFP)

Le conseiller de la Maison Blanche, Jared Kushner, a visité mardi la base aérienne d’Al Dhafra, près d’Abou Dhabi, où sont stationnés des avions de chasse américains F-35 que les Emirats arabes unis veulent acquérir mais Israël, leur nouveau partenaire, renâcle.

Israël, qui a reçu ces dernières années des livraisons de F-35, a démenti des informations de presse selon lesquelles l’accord dépendait de la vente de cet avion furtif américain aux Emirats.

Historiquement, Israël s’oppose à la vente de F-35 aux autres pays du Moyen-Orient, y compris à la Jordanie et à l’Egypte — pays avec lesquels il a signé des accords de paix –, car il veut y maintenir sa supériorité technologique.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a martelé que l’accord avec les Emirats n’incluait pas de clause concernant le F-35, affirmant avoir reçu « des garanties » des Etats-Unis que « l’avance » militaire de son pays serait maintenue.

C’est la politique du « Qualitative military edge » (QME) — « avantage militaire qualitatif » — appliquée depuis les années 1960 par les Etats-Unis, qui l’ont même gravée dans la loi il y a deux ans.

M. Kushner a assuré dès lundi que les Etats-Unis entendaient maintenir cet avantage « tout en faisant progresser nos relations militaires avec les Emirats », précisant que le sujet serait discuté dans les prochaines semaines.

«Intérêts communs»

La base d’Al Dhafra, la plus grande base aérienne des Emirats, abrite des appareils des forces émiraties, américaines et françaises. C’est la première du Moyen-Orient où le F-35 a été déployé, en 2019.

« Que les relations avec l’Amérique continuent à se développer et ensemble, grâce à leur solidité, (…) grandissent tandis que nous apportons davantage de paix et de prospérité au Moyen-Orient et au-delà », a écrit M. Kushner sur le livre d’or du site militaire.

Si les Emirats sont le premier pays du Golfe à normaliser leurs relations avec Israël, ses voisins ont aussi noué des liens de plus en plus publics ces dernières années avec l’Etat hébreu par intérêt économique et sécuritaire mais aussi, pour certains, du fait d’une inimitié commune à l’égard de l’Iran.

En accueillant M. Kushner et le conseiller américain à la sécurité nationale, Robert O’Brien, sur la base aérienne, le général de division émirati, Falah Al Qahtani, a présenté son pays comme un partenaire fiable dans une région « complexe et instable ».

« Notre relation est fondée sur une vision commune de la menace qui pèse sur nos intérêts communs. Nous sommes amis. Nous sommes des partenaires stratégiques. Nous sommes pareils », a ajouté celui qui est sous-secrétaire adjoint au ministère émirati de la Défense.

Lune de miel

Une querelle à propos du F-35 pourrait être le premier écueil dans la lune de miel des deux nouveaux partenaires.

M. Netanyahu s’est clairement opposé à ce que les Emirats soient les prochains sur la liste des acquéreurs. Et il a enfoncé le clou le 24 août, en présence du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo: « Je dois dire simplement que cet accord ne comprend pas l’acceptation par Israël d’un quelconque accord sur des armes ».

Le ministre d’Etat émirati des Affaires étrangères, Anwar Gargash, a pourtant affirmé que la question était « sur la table », rappelant qu’Abou Dhabi faisait part de son intérêt pour le F-35 depuis six ans.

Pour Yoel Guzansky, analyste à l’Institut d’études de sécurité nationale en Israël, la question est en effet au centre de l’accord israélo-émirati considéré comme un accomplissement de l’administration Trump.

« Sans la possibilité d’acheter le F-35, (les Emiratis) n’auraient pas signé l’accord » de normalisation, a-t-il déclaré à l’AFP.