Une recherche soutenue par l’armée américaine pour lutter contre les effets de la privation de sommeil

Aux États-Unis, des soldats de la Garde nationale prennent quelques minutes de sommeil à bord d'un C-17 Globemaster. (Air Force)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

De nouvelles découvertes scientifiques pourraient aider les futurs soldats à mieux lutter contre le problème de la privation de sommeil, rapporte cette semaine le Military Times, une publication américaine réputée, qui a été publiée pour la première fois sous le nom de Army Times en 1940, mais qui aujourd’hui, s’adresse à toutes les branches des forces armées et à la communauté de la Défense avec pour mission de fournir des rapports de qualité et impartiaux sur les problèmes importants pour la communauté militaire.

Des chercheurs du Centre médical de l’Université de Rochester Medical Center à New York ont récemment publié une étude qui montre comment un ensemble complexe de dynamiques moléculaires et fluides qui éliminent les déchets du cerveau pendant le sommeil peut être affecté lorsque les soldats dorment pendant la journée, en décalage avec leur rythmes naturel, rapporte la publication américaine.

«Ces connaissances sont essentielles pour développer de futures contre-mesures qui compensent les effets délétères de la privation de sommeil et répondent aux futures exigences des opérations militaires multi-domaines pour les soldats afin de maintenir leurs performances sur de plus longues périodes sans avoir la capacité de se reposer», a déclaré le Dr Frederick Gregory, directeur de programme de l’Initiative de neurophysiologie de la cognition du Army Research Office.

Les patrouilles nocturnes et les déploiements de plusieurs mois perturbent le sommeil des soldats et posent un défi important.

D’autant plus que les types de scénarios de combat que les stratèges envisagent dans un avenir pas trop lointain sont particulièrement préoccupants à cet égard, tels que les opérations multi-domaines contre des adversaires comme la Russie ou la Chine. Un accent sur de tels scénarios est donc intégré dans de nombreuses approches scientifiques entreprises par le Commandement américain du développement des capacités de combat de l’armée.

Certaines des nouvelles découvertes sur la privation de sommeil proviennent également d’une autre découverte, faite en 2012, celle du système «glymphatique», qui est un réseau parallèle à la circulation sanguine dans le cerveau. Ce système fait circuler des fluides dans les tissus cérébraux surtout lorsqu’une personne dort.

Ce mouvement nettoie le fluide des «protéines toxiques et autres déchets».

La nouvelle recherche révèle que ce n’est pas seulement si une personne dort qui détermine le bon fonctionnement du processus de nettoyage des déchets, mais quand.

Les cycles quotidiens, connus sous le nom de rythmes circadiens, permettent au corps humain de régler une sorte d’horloge biologique, en modifiant ses fonctions pour se synchroniser avec le jour et la nuit.

La perturbation du sommeil – ou un traumatisme – peut provoquer des ratés d’allumage du système glymphatique, ce qui permet aux protéines toxiques de s’accumuler dans le cerveau, ce qui pourrait augmenter le risque de maladies neurologiques dégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, rapporte le Military Times.

Les chercheurs ont découvert que lorsqu’une personne est éveillée, le système glymphatique détourne le liquide céphalo-rachidien vers les ganglions lymphatiques du cou, selon un communiqué de l’armée.

Les ganglions lymphatiques sont des stations de régulation du système immunitaire, ce qui suggère que le liquide céphalo-rachidien peut représenter une «horloge fluide» qui aide à réveiller les capacités de lutte contre les infections du corps pendant la journée.

Le Dr Gregory et le Dr Matthew Munson, qui se spécialise dans la dynamique des fluides, ainsi que d’autres chercheurs étudient le système glymphatique pour déterminer s’il existe des contrôles ou des facteurs pour influencer son fonctionnement. En déchiffrant ce code, ils pourraient éventuellement minimiser ou même contrôler les conditions dommageables associées au manque de sommeil.

La recherche dont fait état le Military Times a été soutenue par l’armée américaine et les fondations Novo Nordisk et Lundbeck, l’Institut national américain des troubles neurologiques et des accidents vasculaires cérébraux, et l’Institut national américain du vieillissement.

s41467-020-18115-2 by Jacques Godboutbm on Scribd