Washington menace Bagdad de retirer ses troupes d’Irak

Des véhicules militaires américains arrivent dans la ville de Bardarach, dans la province kurde irakienne de Dohouk, le 21 octobre 2019. [Archives/AFP]
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Excédé par les attaques à la roquette quasi-quotidiennes contre son ambassade, Washington a menacé Bagdad de quitter l’Irak, quitte à accéder à la demande de ses pires ennemis, les pro-Iran, et à faire exploser en vol son meilleur allié, le gouvernement Kazimi, a rapporté aujourd’hui l’Agence France-Presse qui dit tenir l’information de plusieurs sources politiques et diplomatiques.


Mise à jour 28/09/2020, 13h43

Trois enfants et deux femmes d’une même famille irakienne ont été tués lundi par une roquette qui visait l’aéroport de Bagdad, où sont stationnés des soldats américains, un bilan inédit dans un pays où les tirs de roquettes sont pourtant devenus quasi quotidiens.

Cette attaque n’a pas été revendiquée alors qu’habituellement des groupes obscurs, faux-nez des pro-Iran selon les experts, affirment tirer ces roquettes pour bouter «l’occupant américain» hors d’Irak. Mais le lourd bilan civil place toutefois ces groupes dans une position inconfortable vis-à-vis d’une opinion publique excédée par des années de violences et de rançonnements des diverses factions armées du pays.

Ces attaques, qui ont commencé en octobre 2019, n’avaient fait jusqu’ici fait que de rares victimes. Deux soldats britannique et américain ont été tués, ainsi qu’un sous-traitant américain, de même qu’un soldat et un sous-traitant irakiens. Des civils ont également été blessés lorsque des roquettes ont touché leur maison. Mais c’est la première fois toutefois qu’autant de civils meurent lors d’une attaque de ce type.


Les sources de l’agence lui auraient confirmé que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait posé il y a une semaine un ultimatum au président irakien Barham Saleh : soit les attaques cessent, soit Washington ferme son ambassade et rappelle ses 3000 soldats et ses diplomates.

Le gouvernement irakien, qui passe pour plus pro-Américain que son prédécesseur, doit composer avec un Parlement qui a voté l’expulsion des soldats américains, les exigences d’une administration américaine en campagne électorale, et des politiciens pro-Iran à l’affût d’un faux pas pour le remplacer.

L’ultimatum américain, assorti de menaces de sanctions contre des personnalités irakiennes, a toutefois déjà forcé les forces politiques à prendre leurs distances avec les plus radicaux, souligne l’AFP.

Sur Twitter, le très influent leader chiite Moqtada Sadr, pourtant un leader incontournable dans la lutte contre l’influence américaine, a appelé à «créer une commission sécuritaire, militaire et parlementaire pour enquêter» sur les tirs de roquettes et, quelques minutes plus tard, le premier ministre Moustafa al-Kazimi, accusé par des responsables américains de ne pas en faire assez contre les pro-Iran, faisait sienne la recommandation de Sadr.  

Les pro-Iran les plus radicaux semblent de plus en plus isolés et le Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-Iran désormais intégrés à l’État, a mis à l’écart plusieurs commandants accusés d’être liés à des attaques contre les Occidentaux.

Le Hachd, désormais deuxième bloc du Parlement, et qui a aussi désormais, comme tous les acteurs politiques, des intérêts économiques à préserver, a ainsi tenu à dire qu’il se dégageait de toute responsabilité quant aux actes de «parties se réclamant de lui» pour «mener des actes militaires illégaux contre des intérêts étrangers».

En outre, les commandants radicaux vivraient désormais terrés, traumatisés par l’assassinat en janvier du général iranien Qassem Soleimani et du chef de facto du Hachd, Abou Mehdi al-Mouhandis, par un drone américain à Bagdad. Sans compter les annonces des États-Unis d’un plan de bombardement de plus de 120 sites si un de leurs ressortissants était tué.

Mais, si les forces pro-Iran les plus modérées suivent désormais la ligne gouvernementale, les plus radicales, elles, continuent de manier la rhétorique guerrière, d’autant plus que, si Washington se retire, les groupes radicaux pourront se vanter d’avoir bouter les Américains hors d’Irak à peu de frais».

Un retrait serait aussi un coup dur pour M. Kazimi, qui bataille déjà pour obtenir un vote sur la loi électorale et le budget, ses premières promesses au peuple. Et sa chute, préviennent diplomates occidentaux et experts, serait le pire scénario pour ses soutiens, États-Unis en tête.  

Dans ces conditions, doit-on prendre au sérieux des menaces de retrait qui seraient contraires aux intérêts des États-Unis et de ses alliés. En cette année électorale et avec un président prêt à tout pour plaire à sa base, peut-être.