Bélarus: Loukachenko rencontre des opposants détenus dans la prison des services spéciaux

Alexandre Loukachenko. (AFP)
Temps de lecture estimé : 2 minutes

Le président biélorusse contesté Alexandre Loukachenko s’est entretenu samedi pendant plusieurs heures avec des opposants emprisonnés, dont un ex-candidat à la présidentielle, alors que le mouvement de contestation le visant depuis deux mois ne faiblit pas.

La présidence biélorusse a diffusé sur sa chaine Telegram une photo de cette rencontre organisée dans la prison des services spéciaux (KGB) à Minsk, à laquelle a notamment participé Viktor Babaryko, son principal concurrent à l’élection présidentielle du 9 août jusqu’à son arrestation en juin.

Loukachenko a dit aux opposants emprisonnés lors de cette recontre qui, toujours selon le président biélorusse, aurait duré quatre heures et demie, «Vous ne pouvez pas écrire une constitution dans la rue», en référence au projet de réforme constitutionnelle que le chef de l’État contesté présente comme solution à la crise,

Loukachenko a promis une réforme de la Constitution répartissant mieux les pouvoirs alors que le chef de l’État est actuellement tout-puissant, mais aucune proposition concrète n’a été formulée depuis août.  

Plusieurs opposants en vue ainsi qu’une dirigeante du «Conseil de coordination» de l’opposition, formé pour assurer une transition du pouvoir, mais dont quasiment tous les dirigeants sont en exil ou en prison, étaient également présents.  Selon l’examen de la photo par l’opposition biélorusse les personnes présentes seraient: Victor Babaryko, Eduard Babaryko, Yuri Voskresensky, militant du siège de Babariko, Lily Vlasova, membre du Présidium du Conseil de coordination, Dmitry Rabtsevich, directeur du Pandadoc, Ilya Saley, avocate, Maria Kolesnikova (à gauche, seules les mains sont visibles), Vitaly Shklyarov, consultant politique, un autre consultant qui serait probablement Alexander Vasilevich – en veste rouge et lunettes, Sergey Dobrolet, ancien vice-premier ministre de Belgazprombank, et Kirill Baday, vice-président par intérim de Belgazprombank.

«J’essaye de convaincre non seulement vos partisans, mais toute la société qu’il faut regarder les choses de façon plus large », a déclaré Loukachenko durant cette rencontre, selon un court extrait vidéo diffusé.

Pour les opposants au président biélorusse, cette rencontre est un signe de faiblesse de sa part. La réunion «a montré que nous sommes sur la bonne voie », a réagi Pavel Latouchko, un membre du présidium du Conseil de coordination, notant que Loukachenko a «été forcé de s’asseoir pour dialoguer avec ceux qu’il a mis derrière les barreaux».

Alexandre Loukachenko a «reconnu l’existence de prisonniers politiques qu’il appelait jusqu’alors des criminels», a pour sa part réagi sur les réseaux sociaux Svetlana Tikhanovskaïa, la candidate d’opposition à l’élection présidentielle maintenant en exil en Lituanie. «Mais on ne dialogue pas entre les murs d’une prison», a-t-elle ajouté.

L’opposante en exil a par ailleurs annoncé que avoir pu discuter au téléphone avec son mari emprisonné Sergueï Tikhanovski. C’était leur première conversation depuis son arrestation en mai.

Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, fait face à un mouvement de contestation sans précédent déclenché par des soupçons de fraudes massives lors de la présidentielle, qu’il clame avoir gagné avec pas moins de 80 % des voix.

Depuis l’élection, des dizaines de milliers de personnes se réunissent chaque dimanche dans les rues de Minsk pour réclamer sa démission et demander des comptes après la répression des premières manifestations postélectorales, qui ont fait au moins trois morts, des dizaines de blessés et des centaines d’arrestations. De nombreuses accusations de torture visant les forces de l’ordre ont aussi été documentées.

Loukachenko reste intraitable et exclut toute négociation. La quasi-totalité des dirigeants d’opposition ont été soit arrêtés, soit contraints à l’exil comme Svetlana Tikhanovskaïa, qui revendique la victoire.

*Avec AFP