Des miliciens d’extrême-droite projetaient d’enlever la gouverneure du Michigan

Six hommes considérés comme des «extrémistes violents», dont Adam Fox, avaient prévu de kidnapper Mme Whitmer avant l’élection présidentielle du 3 novembre puis de la juger pour «trahison». (Kent County Jail)
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Treize personnes liées à un groupe américain d’extrême droite ont été inculpées aujourd’hui à la United States District Court du district ouest du Michigan pour avoir fomenté des attaques contre des institutions ainsi qu’un projet d’enlèvement de la gouverneure démocrate de l’État, Gretchen Whitmer, une farouche opposante à Donald Trump, ont annoncé jeudi les autorités locales.


Mise à jour 13/10/2020, 13h49

Les accusés dans le complot visant à kidnapper la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, ont également discuté de kidnappé le gouverneur de Virginie Ralph Northam, a révélé un agent du FBI qui a témoigné lors d’une audience aujourd’hui. Lors de l’audience à Grand Rapids, au Michigan, pour discuter des accusations déposées la semaine dernière contre des membres d’une milice d’extrême-droite accusés d’avoir comploté pour kidnapper le gouverneur démocrate du Michigan, l’agent spécial du FBI Richard Trask a révélé qu’il y a des mois, certains des suspects s’étaient rencontrés à Dublin, Ohio, où le gouverneur de Virginie, également démocrate, a été mentionné comme une cible potentielle.

«Lors de cette réunion, ils ont discuté des cibles possibles et de l’enlèvement un gouverneur en fonction, en particulier des problèmes avec les gouverneurs du Michigan et de Virginie, sur la base des ordonnances de confinement», a déclaré l »agent Trask à la cour, faisant référence aux restrictions imposées par l’État mises en œuvre pour lutter contre la propagation du coronavirus prises par ces deux gouverneurs.


Six d’entre eux, considérés comme des «extrémistes violents» par le procureur du district Ouest du Michigan, Andrew Birge, avaient prévu de kidnapper la gouverneure Whitmer avant l’élection présidentielle du 3 novembre puis de la juger pour «trahison», selon l’acte d’accusation rendu public jeudi.

Toujours selon l’acte d’accusation, Adam Fox, Barry Croft, Ty Garbin, Kaleb Franks, Daniel Harris et Brandon Caserta ont conspiré pour kidnapper le gouverneur de sa maison de vacances dans le district ouest du Michigan.

À plusieurs reprises, Fox avait exprimé son intention et son désir de kidnapper la gouverneure Whitmer avant le 3 novembre 2020, date de l’élection présentielle américaine.

Sept autres hommes associés au groupuscule local «Wolverine Watchmen» ont également été arrêtés et inculpés pour avoir planifié «une opération en vue d’attaquer le bâtiment du Capitole et kidnapper des responsables du gouvernement, dont la gouverneure», a ajouté la ministre de la Justice de cet État, Dana Nessel.

Ces miliciens ont également «proféré des menaces de violences pour provoquer une guerre civile», a expliqué Mme Nessel.

L’enquête de la police fédérale a débuté au début de l’année quand le FBI «a appris sur les réseaux sociaux qu’un groupe d’individus parlait de renverser par la violence certaines composantes du gouvernement et des forces de l’ordre», selon l’acte d’accusation.

Grâce à des sources confidentielles, à des agents d’infiltration et à des enregistrements clandestins, les forces de l’ordre ont appris que certaines personnes envisageaient de kidnapper le gouverneur et agissaient en application de ce plan. À deux reprises, les membres du complot présumé ont mené une surveillance coordonnée de la maison de vacances du gouverneur.

Toujours selon l’acte d’accusation, deux des personnes inculpées, dont Adam Fox, ont discuté de faire exploser des engins explosifs détonants pour détourner la police de la zone de la maison de vacances et Fox a même inspecté le dessous d’un pont routier M-31 pour trouver des endroits où placer des explosifs.

Les six accusés, qui ont été arrêtés, reprochaient notamment à la gouverneure d’être un «tyran» et d’exercer «un pouvoir sans contrôle».  

La gouverneure Whitmer avait décrété à la mi-mars des restrictions parmi les plus sévères du pays pour freiner l’épidémie de coronavirus dans son État du nord des États-Unis, à l’époque l’un des plus touchés par la COVID-19. Gretchen Whitmer est en outre la cible régulière d’attaques de Donald Trump pour sa gestion de la pandémie et plusieurs centaines d’opposants au confinement, certains lourdement armés, ont manifesté à plusieurs reprises pour la réouverture de l’économie locale.

Fin avril, des manifestants armés étaient même entrés dans le Capitole, le siège du gouvernement du Michigan, pour exiger l’assouplissement des mesures sanitaires.

Pour mener à bien leur projet, les six hommes ont contacté les «Wolverine Watchmen», avec qui ils se sont entraînés pour l’opération

Ce groupe de miliciens d’extrême-droite, connu des autorités, se réunit régulièrement pour des entraînements sur le terrai sur des propriétés privées dans des régions éloignées du Michigan, où ils participent à une formation sur les armes à feu et à des exercices tactiques.

Plusieurs scénarios d’enlèvement avaient été envisagés: à Lansing, la capitale de l’État, à son domicile et dans sa résidence de vacances dans le nord du Michigan.

Les six hommes sont maintenant poursuivis au niveau fédéral et encourent des peines pouvant aller jusqu’à la perpétuité.

Quant aux sept autres, ils sont poursuivis pour violation de la loi antiterroriste du Michigan, notamment pour «soutien matériel en vue d’un acte terroriste» et «appartenance à un gang» des crimes punis chacun de 20 ans de prison, et violation des lois sur les armes à feu, a précisé Dana Nessel.

Ces arrestations interviennent dans un climat d’extrême tension politique entre un président républicain à la traîne dans les sondages et critiqué pour sa gestion de la pandémie et ses adversaires démocrates à moins d’un mois de l’élection présidentielle du 3 novembre, alors que la pandémie de coronavirus a plongé les États-Unis dans une grave crise économique.

Pour sa part, la gouverneure Whitmer, peu après l’annonce du projet d’enlèvement, n’a pas hésité à blâmer Trump et sa rhétorique pour le complot de ces 13 miliciens droite qu’elle a qualifiés de «dépravés».