Enseignant décapité: la demi-sœur du père de l’élève plaignante avait rejoint l’État islamique

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L’assaillant, qui a revendiqué son geste dans un message au nom de la défense de l’islam, a été identifié comme Abdoullakh Anzorov, un Russe tchétchène de 18 ans, né à Moscou et réfugié en France avec sa famille.


Mise à jour 18/10/2020, 10h44

Théâtre de la manifestation historique qui avait suivi les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher le 11 janvier 2015, la place de la République à Paris s’est remplie en début d’après-midi de milliers de manifestants, enseignants, élus et anonymes venus défendre la liberté d’expression, dire non à «l’obscurantisme» et chanter la Marseillaise.

Le premier ministre Jean Castex est apparu dans le cortège parisien. À ses côtés, son ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer et sa collègue déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa «en soutien aux professeurs, à la laïcité à la liberté d’expression et contre l’islamisme».


Dans sa ville d’Evreux, ses voisins décrivent un jeune homme «discret», «plongé dans la religion» depuis trois ans. Il n’était toutefois pas fiché pour radicalisation par les services de renseignement, rapporte ce matin l’Agence France-Presse.

Les enquêteurs poursuivent leurs investigations pour remonter le fil des responsabilités et des éventuelles complicités dans l’attentat.

Une onzième personne, issue de son entourage, a été placée dimanche matin en garde à vue, selon une source judiciaire, qui n’a précisé ni son identité ni les raisons de son interpellation.

Les parents, qui ont obtenu l’asile politique en France il y a 10 ans, le grand-père et le petit-frère du tueur, ainsi que des membres de son entourage proche ont été interpellés dès vendredi soir par les policiers et se trouvaient toujours en garde à vue dimanche.

«La demi-sœur du père de l’élève plaignante avait rejoint l’organisation Etat islamique en octobre 2014 en Syrie. Elle fait l’objet d’un mandat de recherche», a également indiqué hier le procureur général du parquet national antiterroriste, Jean-François Ricard.

Le père d’une élève de la victime et un militant islamiste très actif connu de la police, Abdelhakim Sefrioui, ont eux aussi été arrêtés et étaient toujours interrogées depuis samedi. Les deux hommes avaient entamé une campagne de mobilisation pour dénoncer la façon d’agir du professeur et appelé à son renvoi du collège.

Les enquêteurs cherchent notamment à établir d’éventuels liens entre ces deux hommes et le tueur. A-t-il été «piloté» ou a-t-il de lui-même décidé de s’en prendre au professeur qui, a-t-il écrit dans son message posté sur Twitter, «a osé rabaisser Mouhammad» ?

Un conseil de défense, présidé par Emmanuel Macron, se réunit dimanche pour évoquer notamment l’état de la menace islamiste.  

Dès samedi, plusieurs centaines de personnes se sont réunies à Nice ou à Rennes pour dénoncer un « acte de barbarie » et défendre «les valeurs de la démocratie».

À Conflans-Sainte-Honorine, où s’est déroulé l’attentat, un millier de parents, élus ou simples citoyens de toutes générations se sont rassemblés avec émotion samedi après-midi devant le collège du Bois d’Aulne où travaillait M. Paty. Nombre d’entre eux brandissaient des pancartes «Je suis instit» ou «Je suis enseignant».

Alors que, pour la première fois, un professeur est attaqué pour ce qu’il enseigne, «Il faut continuer à apprendre […] sinon les terroristes ils ont gagnés.», a témoigné un d’un élève collège du Bois d’Aulne qui connaissait l’enseignant décapité.

Et aujourd’hui, les responsables des principaux partis politiques, associations et syndicats manifesteront dans l’après-midi à Paris, place de la République, et dans de nombreuses autres villes dont Lyon, Toulouse, Strasbourg, Nantes ou encore Marseille, Lille et Bordeaux. 

Un hommage national sera rendu mercredi en coordination avec la famille de l’enseignant assassiné, a également annoncé l’Élysée, sans en préciser le lieu.