Enseignant décapité: dans un message audio le meurtrier dit qu’il a «vengé le prophète»

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Le meurtrier de Samuel Paty était en contact avec un djihadiste russophone en Syrie avant son acte et a envoyé un message audio en russe sur les réseaux sociaux après avoir posté la photo de sa victime, a-t-on appris de source proche du dossier, rapporte l’Agence France-Presse.

L’identité de ce djihadiste n’a pas été établie à ce stade, a indiqué une source proche du dossier, mais, selon le journal Le Parisien, cette personne localisée grâce à son adresse IP serait basée à Idlib, dernier bastion rebelle et djihadiste en Syrie.

Dans ce message authentifié une source proche du dossier, l’assaillant, Abdoullakh Anzorov, un jeune réfugié de 18 ans d’origine russe tchétchène, dit dans un russe hésitant, qu’il a «vengé le prophète», en reprochant au professeur d’histoire-géographie de l’avoir «montré de manière insultante».

Anzorov est essoufflé dans ce message ponctué d’épithètes coraniques. «Frères, priez pour qu’Allah m’accepte en martyr», dit-il selon une traduction de l’agence de presse.

Ce message a été relayé sur plusieurs réseaux sociaux accompagné des deux tweets postés par Abdoullakh Anzorov, réfugié d’origine dans lesquels il reconnaissait avoir tué le professeur du collège du Bois d’Aulne de Conflans, indique l’agence.

Les dernières avancées de l’enquête

Le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard a dévoilé cet après-midi les dernières avancées de l’enquête qui cherche à établir si Abdoullakh Anzorov, l’assaillant, un jeune réfugié de 18 ans d’origine russe tchétchène, a bénéficié de complicités avant de perpétrer le 16 octobre cet assassinat d’une rare sauvagerie. 

 

Le meurtrier présumé a payé des élèves pour l’aider à identifier la victime, a déclaré le procureur .

Le procureur Jean-François Ricard a indiqué qu’un jeune de 14 ans et un jeune de 15 ans faisaient partie des sept personnes qui ont comparu devant un juge d’instruction sur des accusations de «complicité de meurtre en relation avec une entreprise terroriste» et de «complot criminel».

Le suspect dans le meurtre de vendredi du professeur Samuel Paty, qui a été attaqué et décapité près de Paris, a offert aux étudiants de l’école où Paty enseignait 300-350 euros (467 à 545 $ CAD) pour l’aider à identifier la victime, a révélé Jean-François Ricard.

«L’enquête a établi que l’auteur du meurtre connaissait le nom de l’enseignant, le nom de l’école et son adresse, mais il n’avait pas les moyens de l’identifier», a précisé le procureur. «Cette identification n’a été possible qu’avec l’aide d’élèves de la même école.»

«C’est la raison pour laquelle le parquet antiterroriste a décidé de poursuivre deux mineurs de moins de 18 ans dont l’implication dans l’identification de la victime du meurtrier semble être concluante», a-t-il déclaré.

Parmi les sept suspects déférés devant la justice figurent aussi ce parent d’élève qui reprochait notamment au professeur d’avoir montré des caricatures de Mahomet en classe et qui avait posté des vidéos appelant à la vindicte populaire contre l’enseignant ainsi que le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, fondateur du collectif Cheikh Yassine, qui a aidé l’homme à diffuser les messages virulents, a nommé Paty et a donné l’adresse de l’école.

Quelques jours après la diffusion des vidéos, Samuel Paty était décapité en pleine rue par Abdoullakh Anzorov, 18 ans, lui-même ensuite abattu par la police.

Les enquêteurs antiterroristes s’intéressent aussi à des messages échangés sur WhatsApp entre le père de famille et l’assaillant.

Deux autres hommes sont accusés d’avoir aidé l’assaillant en l’accompagnant lorsqu’il a acheté les armes, dont un couteau et un pistolet airsoft, qui ont été retrouvées près du corps d’Anzorov.

Trois amis du meurtrier, dont l’un soupçonné de l’avoir convoyé et un autre de l’avoir accompagné lors de l’achat de son arme, seront aussi entendus par un juge.

Neuf autres gardés à vue ont été relâchés dans la nuit de mardi à mercredi, parmi lesquelles trois collégiens, les parents, le grand-père, le petit frère du meurtrier et la compagne de M. Sefrioui.

Offensive tous azimuts contre l’islamisme radical

Pendant ce temps, l’exécutif continue son offensive tous azimuts contre les personnes et structures soupçonnées d’accointances avec l’islamisme radical.

Mardi soir, Emmanuel Macron a assuré que les «actions» allaient s’intensifier contre l’islamisme radical, promettant non pas de «nouvelles déclarations», mais «des actes».

Dans le viseur des autorités notamment, le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) et BarakaCity, des associations ennemies de la République. «Il faut arrêter d’être naïfs et voir la vérité en face : il n’y a aucun accommodement possible avec l’islamisme radical. Tout compromis est une compromission.», expliquait hier le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Le CCIF, jugé complaisant à l’égard de l’islam radical, est fréquemment attaqué pour son communautarisme ou sa proximité avec la mouvance intellectuelle des Frères musulmans. «Voilà une association qui a été manifestement impliquée, parce que nous avons un certain nombre d’éléments qui nous permettent de penser qu’effectivement c’est un ennemi de la République.», a déclaré le ministre.

Quant à BarakaCity, une organisation non gouvernementale internationale islamique, à but non lucratif, elle est depuis longtemps suspectée d’être proche du milieu salafiste, son président et fondateur, Idriss Sihamedi, fiché par la DGSI, ne cachant même pas sa proximité avec ce mouvement religieux radical et rétrograde de l’islam sunnite, qui revendique un retour aux pratiques en vigueur dans la communauté musulmane à l’époque du prophète Mahomet et la rééducation morale de la communauté musulmane.

Mercredi matin, le gouvernement français a émis l’ordre de dissoudre un groupe islamique militant national, le Collectif Cheikh Yassine. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a déclaré que le groupe était «impliqué, lié à l’attaque de vendredi» et que le groupe faisait la promotion d’un discours de haine anti-républicain.

Nommé d’après le chef assassiné du Hamas palestinien, le collectif Cheikh Yassine a été fondé au début des années 2000 par Abdelhakim Sefrioui, le militant islamiste qui fait partie des sept personnes accusées d’être complices de l’attaquant.

D’autres groupes seront dissous «dans les semaines à venir» pour des raisons similaires, a déclaré Attal. En tout, une cinquantaine d’autres associations françaises jugées proches de «l’islamisme radical» pourraient être fermées.

La mosquée de Pantin, au nord de Paris qui rassemble plus de 1300 fidèles, va aussi devoir fermer ses portes mercredi soir pour six mois. Ses responsables sont accusés d’avoir relayé sur Facebook la vidéo du parent d’élève.

Les autorités françaises ont promis «une guerre contre les ennemis de la République». «La question n’est pas de savoir s’il y aura un attentat, mais quand», a justifié le ministre de l’Intérieur.  

Hommage national

Par ailleurs, un hommage national présidé par Emmanuel Macron est rendu aujourd’hui au professeur dans la cour de la célèbre université parisienne de la Sorbonne, lieu symbolique de l’enseignement.

Au total, 400 invités, dont une centaine d’élèves de région parisienne y sont également présents.

Emmanuel Macron, arrivé un peu avant la cérémonie, a remis la Légion d’honneur à titre posthume à l’enseignant en présence de sa famille.

«Samuel Paty fut tué parce qu’il incarnait la République », a déclaré le chef de l’État français, Emmanuel Macron, affirmant que la France ne renoncerait pas à la liberté d’expression et à la laïcité. 

 «Nous continuerons, professeur. Nous défendrons la liberté que vous enseigniez si bien et nous porterons la laïcité, nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent», a déclaré le président de la République.  

«Samuel Paty fut tué parce que les islamistes veulent notre futur et ils savent qu’avec des héros tranquilles tels que lui ils ne l’auront jamais», a insisté Emmanuel Macron, déclarant qu’ «En France, les lumières ne s’éteignent jamais».  

Devant de nombreux ministres, responsables politiques et une centaine d’élèves de région parisienne, la cérémonie a été marquée par plusieurs discours de proches de l’enseignant et par la lecture de la célèbre lettre d’Albert Camus à son premier instituteur, Louis Germain, alors que l’écrivain venait en novembre 1957 d’être nommé Prix Nobel de littérature.

«Cher Monsieur Germain,

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur, mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.

Je vous embrasse, de toutes mes forces.

Albert Camus»