Face à la menace chinoise, les États-Unis approfondissent leur relations de défense avec l’Inde

Les secrétaires américains Mike Pompeo et Mark Esper déposent une gerbe de fleurs au National War Memorial à New Delhi le 7 octobre lors de leur visite en Inde pour conforter l'alliance contre la Chine. (Department of State)
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Les États-Unis ont mis en garde mardi contre les « menaces envers la sécurité » posées par la Chine à l’occasion d’une visite en Inde du secrétaire d’État Mike Pompeo et du ministre de la Défense Mark Esper a cours laquelle les États-Unis on approfondit leur relations de défense avec l’Inde face à la menace chinoise.

Le secrétaire à la Défense Mark Esper a rencontré aujourd’hui à New Delhi le ministre indien de la Défense Rajnath Singh avant le dialogue ministériel américano-indien 2 + 2 à New Delhi, en Inde. «Le secrétaire Esper et le ministre Singh ont applaudi la solidité des relations de défense entre les États-Unis et l’Inde et ont renforcé leur engagement à approfondir la coopération militaire à militaire, y compris la coopération interarmées; accroître les capacités de communications sécurisées; et renforcer les engagements logistiques mutuels.», indique le Département américain de la Défense, ajourant que «Le Secrétaire Esper et le Ministre Singh ont salué la conclusion de l’Accord de base d’échange et de coopération au cours de la visite et se sont félicités de l’expansion du partage d’informations. De la collaboration sur les technologies émergentes à la promotion des priorités commerciales de la défense, le secrétaire Esper et le ministre Singh ont convenu de continuer à travailler en partenariat pour relever les défis de sécurité mondiaux urgents.»

En signe de renforcement de leurs liens stratégiques, les deux pays doivent signer dans la journée un accord sur le partage de renseignements.

«Aujourd’hui se présente une nouvelle occasion de rapprochement pour deux grandes démocraties comme les nôtres », a déclaré pour sa part le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avant d’entamer avec son collègue Mark Esper des entretiens avec leurs homologues indiens, les ministres des Affaires extérieures Subrahmanyam Jaishankar et de la Défense Rajnath Singh.

«Le secrétaire et ses homologues ont discuté des moyens de faire progresser le partenariat de défense du XXIe siècle.» a déclaré aujourd’hui par voie de communiqué le Département d’État américain. «Ils ont salué une coopération accrue entre les armées américaines et indiennes en développant le partage d’informations, le commerce de défense, la coordination des services conjoints et l’interopérabilité. Ils se sont également félicités d’une coopération bilatérale et multilatérale accrue, notamment du prochain exercice naval MALABAR Les deux parties se sont félicitées de la conclusion de l’Accord de base d’échange et de coopération pour élargir le partage d’informations géospatiales entre nos forces armées et se sont engagées à échanger des officiers de liaison supplémentaires.»

L’exercice Malabar est un exercice naval impliquant les États-Unis, le Japon et l’Inde, mais cette dernière a accepté que l’Australie participe en novembre à d’importantes manœuvres au large des côtes indiennes pour la première fois depuis 2007.

Quant à l’accord sur le partage de renseignements qui doit être signé (Basic Exchange and Cooperation Agreement), il permettra aux États-Unis d’échanger des données ultra-secrètes provenant de satellites et capteurs qui aideront l’Inde à ajuster ses missiles et le déploiement de ses soldats.

Il autorisera également les États-Unis à apporter une technologie de navigation dernier cri à des avions de chasse susceptibles d’être fournis à l’Inde. Mark Esper milite pour que l’Inde achète des F-18 américains et réduise sa dépendance envers la Russie en matière d’armements. Mais l’Inde souhaite fabriquer une plus grande part d’armements chez elle et réclame des investissements.

Les responsables américains affichent également leur volonté de voir le «Quad» – un forum stratégique informel entre les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde, maintenu par des sommets semi-réguliers, des échanges d’informations et des exercices militaires entre les pays membres – se structurer davantage. Le «Quad» est pour ls États-Unis un moyen de contrer l’influence chinoise, en particulier la Marine chinoise qui, affirmait récemment le chef des opérations navales américaines, l’amiral Gilday, est la vraie menace stratégique.

Le secrétaire américain à la Défense a également lors de cette rencontre souligné que les États-Unis voulaient renforcer leurs liens avec l’Inde, au moment où les tensions restent fortes à sa frontière contestée avec la Chine dans l’Himalaya, afin de «répondre aux défis d’aujourd’hui et maintenir les principes d’une région indopacifique libre et ouverte à l’avenir».

New Delhi cherche des soutiens internationaux après une confrontation meurtrière avec la Chine, la première en 45 ans, en juin à leur frontière contestée au Ladakh (Nord de l’Inde). Un affrontement au corps-à-corps a fait 20 morts côté indien et un nombre inconnu de victimes dans les rangs chinois. En septembre, l’Inde et la Chine se sont rejeté la responsabilité de tirs à leur frontière, les premiers depuis 1975. Elles ont acheminé des dizaines de milliers de soldats dans cette région himalayenne où l’hiver arrive.

«Au cours de la réunion, le secrétaire Pompeo a réaffirmé la relation de plus en plus étroite entre les États-Unis et l’Inde et les objectifs communs entre les pays indo-pacifiques partageant les mêmes idées en matière de sécurité et de prospérité régionales.», a aussi déclaré le Département d’État américain. « Le secrétaire Pompeo et ses homologues ont réaffirmé la collaboration entre les États-Unis et l’Inde en matière de soins de santé pour développer des vaccins, des produits thérapeutiques et des équipements médicaux essentiels. Ils ont salué une initiative de collaboration par le biais d’un centre international d’excellence en recherche axé sur les maladies infectieuses, y compris le COVID-19 et d’autres menaces émergentes. Ils attendaient avec intérêt un protocole d’accord global pour renforcer la coopération en matière de santé. Le secrétaire Pompeo et ses homologues ont également discuté d’une coopération accrue dans les domaines de l’énergie, de l’espace, du financement durable du développement des infrastructures, de la cybersécurité et de la lutte contre le terrorisme, et attendaient avec intérêt une nouvelle collaboration dans ces domaines.»

Alors que les secrétaires américains Pompeo et Esper entamait cette tournée pour conforter l’alliance contre la Chine, Washington a annoncé cette semaine une nouvelle vente d’armes à Taïwan pour un montant estimé à 2,4 milliards de dollars, s’attirant une réponse cinglante aujourd’hui de Pékin qui avait déjà menacé de représailles après une vente similaire annoncée la semaine dernière.

Après l’Inde, le secrétaire Pompeo, toujours dans le but de renfort l’alliance conte la Chine, doit se rendre maintenant au Sri Lanka, aux Maldives – deux pays où les investissements et l’influence croissante de la Chine inquiètent Washington et New Delhi – et en Indonésie.