Karabakh: la troisième tentative de trêve n’aura même pas tenue 300 secondes

Conflit au Nagorny-Karabakh Une troisième tentative de cessez-le-feu vole en éclats.(Ministère de la Défense de la République d'Azerbaïdjan)
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Une troisième tentative de mettre fin aux combats entre armée azerbaïdjanaise et forces arméniennes au Nagorny-Karabakh n’aura même pas tenue cinq minutes et le bal des accusations mutuelles est reparti, les deux camps se rejetant la responsabilité de la «violation grossière » d’un cessez-le-feu négocié à Washington.

«Violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu humanitaire par l’Arménie. La ville de Terter et les villages voisins font l’objet d’attaques d’artillerie par les forces armées arméniennes depuis 8h05 le 26 octobre 2020.», accuse ce matin l’Azerbaïdjan.

«Les déclarations de la partie azerbaïdjanaise affirmant que l’Arménie aurait violé le cessez-le-feu humanitaire ne correspondent pas à la réalité et sont manifestement de la provocation.», réplique l’Arménie.

«Violation flagrante du cessez-le-feu humanitaire conclu par les États-Unis, à partir de 8 h 45. Les forces armées azerbaïdjanaises ont effectué des tirs d’artillerie en direction du nord-est.», témoigne pour sa part la République autoproclamée du Karabakh. «Vers 9h10 (heure locale) Le camp a ciblé les positions de l’armée de défense de l’Artsakh situées dans la direction sud-est. À 13 h 50, malgré le nouveau cessez-le-feu, les forces azerbaïdjanaises ont lancé une frappe de missiles depuis « Smerch » vers le village de Zardarashen dans la région de Martuni.»

Hier, l’Arménie et l’Azerbaïdjan s’étaient de nouveau engagés, pour une troisième fois, à respecter à partir de lundi un «cessez-le-feu humanitaire» dans le conflit au Nagorny Karabakh, avait le Groupe de Minsk coprésidé par la France, la Fédération de Russie et les États-Unis et qui le fer de lance des efforts de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour trouver une solution pacifique au conflit du Haut-Karabakh.

En principe, le nouveau cessez-le-feu humanitaire devait entrer en vigueur à 8 h (heure locale) locales (4 h GMT) le 26 octobre, il n’aura pas tenu cinq minutes.

«Ce matin, un autre cessez-le-feu est entré en vigueur et l’Arménie l’a de nouveau violé en ouvrant le feu sur la région de Terter», a déclaré le président azerbaïdjanais Ilham Aliev dans une adresse télévisée à la nation.

IL a assuré qu’il avait ordonné à son armée de faire preuve de « retenue » et appelé une nouvelle fois au retrait des forces arméniennes du Karabakh et a de nouveau martelé que «Le Karabakh est l’Azerbaïdjan!»

Le premier ministre arménien Nikol Pachinian a de son côté affirmé qu’Erevan «continue de respecter strictement le régime de cessez-le-feu».

Cet accord avait été négocié pendant le week-end à Washington en pleine campagne du président américain Donald Trump pour sa réélection. Celui-ci a promis qu’il allait « résoudre » ce conflit, assurant que cela allait être « facile ».

Une première trêve entre Erevan et Bakou avait été conclue à Moscou le 10 octobre et une deuxième à Paris le 17 octobre. Elles ont toutes deux très rapidement volé en éclats. Le dernier accord avait été négocié pendant le week-end à Washington en pleine campagne pour sa réélection du président américain Donald Trump en quête de n’importe quel succès diplomatique ou semblant de succès diplomatique. L’occupant de la Maison-Blanche avait promis qu’il allait «résoudre» ce conflit, assurant que cela allait être «facile».

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a pour sa part déploré lundi que le conflit continue de se trouver dans une « phase aiguë », ajoutant que Moscou était prêt à « saluer n’importe quelle mesure qui aidera à arrêter la guerre ».

Impasse diplomatique

L’Arménie comme l’Azerbaïdjan se sont jusqu’ici montrés inflexibles.

Nikol Pachinian a exclu la semaine dernière toute « solution diplomatique » au conflit dans l’immédiat, appelant les volontaires à rejoindre le front. «Tout ce avec quoi nous serions d’accord est inacceptable pour l’Azerbaïdjan. Cela montre que cela n’a aucun sens, au moins actuellement, de parler de solution diplomatique», a-t-il déclaré.

Ilham Aliev a de son côté qualifié ses adversaires de «chiens» ou de «bêtes sauvages», jugeant que toute négociation devait être précédée d’un retrait des forces arméniennes du Karabakh, territoire que la communauté internationale reconnaît comme faisant partie de l’Azerbaïdjan, mais peuplé quasi exclusivement d’Arméniens.

Pendant la période soviétique, l’oblast autonome du Haut-Karabagh avait été intégré à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, mais, depuis la dislocation de l’Union soviétique, cette enclave arménienne dans le territoire de l’Azerbaïdjan lutte pour son indépendance ou son rattachement à l’Arménie.

Le 2 septembre 1991, l’enclave déclarait son indépendance, qui n’est toutefois reconnue par aucun État membre de l’ONU. 

Les hostilités entre les Arméniens et l’armée azerbaïdjanaise, qui avait fait 30 000 morts, cessent après la trêve négociée par la Russie le 12 mai 1994, mais, depuis le 27 septembre de cette année, les combats meurtriers ont repris, les forces azerbaïdjanaises tentant de reconquérir les territoires échappant au contrôle de Bakou depuis la sécession de cette région.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays fait traditionnellement office d’arbitre dans la région, a déclaré jeudi que le bilan depuis fin septembre approchait maintenant de 5000 morts.

Les coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE et les ministres des affaires étrangères des deux parties avaient convenu hier au moment de la signature de l’accord qui vient de voler en éclats de se réunir à nouveau à Genève le 29 octobre pour discuter, parvenir à un accord et commencer la mise en œuvre, conformément à un calendrier à convenir, de toutes les mesures nécessaires pour parvenir à un règlement pacifique du conflit du Karabakh. Pour le moment, il semble que la réunion devrait toujours avoir lieu. À suivre…