Karabakh: les combats se poursuivent avant une première réunion de médiation à Genève

La cathédrale de Ghazanchetsots (cathédrale du Saint-Sauveur) dans la ville de Shushi au Karabakh, a été ciblée par des tirs de l'Azerbaïdjan. (Twitter/@mfankr)
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Les belligérants arméniens et azerbaïdjanais au Karabakh ne donnaient aucun signe jeudi de vouloir faire taire les armes, avant une première réunion à Genève du médiateur international pour ce conflit, le ministère des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan. plombant d’avance la réunion, allant jusqu’à déclarer que les appels à un cessez-le-feu ne servent pas à résoudre le conflit, mais à maintenir «le statu quo fondé sur l’occupation».

Pendant ce temps, les bombardements azerbaïdjanais se sont poursuivis toute la nuit sur la capitale du territoire séparatiste, Stepanakert, selon l’Agence France-Presse, qui a des journalistes sur place, et sur des zones habitées en Azerbaïdjan, selon les autorités locales.  

Le type d’armes utilisées n’est pas connu avec certitude, mais les autorités locales dénoncent des frappes menées en zones urbaines par des «Smertch», meurtrières roquettes de 300 mm (une roquette est un projectile autopropulsé, souvent non-guidé et dont la propulsion s’arrête avant d’atteindre sa cible, contrairement à la propulsion continue d’un missile). Des engins non explosés, apparemment de ce type, sont visibles en ville, alors que des habitations ont été entièrement soufflées par ces tirs, avec des cratères allant parfois jusqu’à une dizaine de mètres, signe de la puissance des bombes utilisées, rapporte l’agence.Des drones survolent aussi régulièrement la ville, plutôt de jour, procédant à tirs isolés apparemment plus ciblés.

Du côté azerbaïdjanais, on accuse également les séparatistes d’avoir « fait feu sur les zones habitées », citant les districts de Bardinsk, Agdjabedine, Goranboy, Terter et Agdam.  

« Il y a des morts et des blessés », selon le ministère azerbaïdjanais de la Défense.

Les représentants du médiateur historique du conflit, les co-présidents du Groupe de Minsk de l’OSCE (Russie, États-Unis, France) rencontrent dans la journée à Genève le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères, Ceyhun Bayramov. Ce médiateur international tente depuis le milieu des années 1990 de trouver une solution négociée au conflit. Une première guerre entre séparatistes arméniens et forces azerbaïdjanaises, à la chute de l’URSS, avait fait 30 000 morts.  «Le but de la visite est […] de présenter la position de l’Azerbaïdjan sur le règlement du conflit », a indiqué la diplomatie azerbaïdjanaise.

Bakou s’est dit déterminé à reconquérir par les armes le Karabakh, région séparatiste peuplée essentiellement d’Arméniens, et soutient que seul un retrait des forces indépendantistes et arméniennes pouvait mettre fin au conflit. 

«La déclaration du ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas appelant à un cessez-le-feu et faisant pression sur l’Azerbaïdjan est profondément regrettable et surprenante. Les appels à un cessez-le-feu unilatéral ne servent pas à résoudre le conflit, mais à maintenir le statu quo fondé sur l’occupation.», a déclaré le Ministère des affaires étrangères de la République d’Azerbaïdjan.

«Les activités du Groupe de Minsk, dont l’Allemagne est membre, ont duré près de 30 ans et n’ont pas permis de transformer le cessez-le-feu en une paix durable, le retrait des troupes arméniennes des territoires occupés de l’Azerbaïdjan et le retour des azerbaïdjanais à leurs terres natales», poursuit l’l’Azerbaïdjan, pour qui «les appels au cessez-le-feu doivent être accompagnés d’un plan de retrait des troupes arméniennes des territoires occupés de l’Azerbaïdjan».

Sinon, ce qui est pour le moins de mauvais augure pour la médiation qui doit s’amorcer à Genève aujourd’hui, Bakou se disant déterminé à reconquérir par les armes le Karabakh, région séparatiste peuplée essentiellement d’Arméniens alors que, de son côté le premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, a réitéré que «le Haut-Karabakh ne pourra jamais et ne fera jamais partie de l’Azerbaïdjan».

Dans ces conditions, une porte-parole de la diplomatie arménienne a dans ce contexte exclu une rencontre à Genève des ministres azerbaïdjanais et arménien, car « on ne peut pas d’une main négocier et de l’autre mener des opérations militaires », dénonçant une agression de l’Azerbaïdjan contre le Karabakh. L’Arménie ne devrait donc pas être représentée jeudi par l’un de ses hauts responsables.  

Le chef de la diplomatie arménienne doit par contre être reçu lundi à Moscou par son homologue russe, Sergueï Lavrov.   Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a indiqué espérer que les rencontres de Genève et Moscou puissent « aboutir à l’ouverture de négociations ».

Sur le terrain, aucune accalmie ne se dessinait, au douzième jour de combats et de bombardements dans lesquels sont pris aussi des civils des deux côtés du front. Selon les autorités de la république autoproclamée du Karabakh, la moitié des quelque 140 000 habitants du Nagorny Karabakh ont été déplacés par le conflit.  

Le bilan officiel des hostilités depuis le 27 septembre est de 300 à 400 morts, dont une cinquantaine de civils. Mais il reste très partiel,  Bakou n’annonçant pas ses pertes militaires et les deux camps affirmant avoir éliminé chacun des milliers de soldats ennemis.

La crainte de la communauté internationale est de voir ce conflit s’internationaliser dans une région où Russes, Turcs, Iraniens et Occidentaux ont tous leurs intérêts. D’autant qu’Ankara encourage Bakou à l’offensive et que Moscou est lié par un traité militaire à Erevan.

La Turquie est en outre accusée de participer avec hommes et matériel au conflit.  

Pour sa part, le présent russe Vladimir Poutine, arbitre régional, a prévenu que si les hostilités devaient s’étendre à l’extérieur du Karabakh en territoire arménien, Moscou tiendra ses «obligations» issues de son alliance avec Erevan.