La diaspora arménienne manifeste à Montréal et dénonce l’utilisation par la Turquie de matériel militaire canadien

Des capteurs canadiens électro-optiques/infrarouges L3Harris WESCAM qui auraient échappé au gel canadien des exportations de matériel militaire à la Turquie. (Twitter@L3HarrisWESCAM)
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Environ 1500 membres de la diaspora arménienne ont manifesté samedi 4 octobre au square Dorchester, au centre-ville de Montréal, pour exiger du premier ministre canadien Justin Trudeau une «condamnation ferme» des attaques de l’Azerbaïdjan sur l’Arménie et du rôle de la Turquie dans ce conflit, ainsi que le gel de toute vente d’équipement militaire à cette dernière.


Mise à jour 05/10/2020, 14h33

Les licences d’exportation ont finalement été suspendus a annoncé aujourd’hui le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, qui avait a lancé une enquête sur ce qui s’est exactement passé. «Dans le respect du régime rigoureux de contrôle à l’exportation du Canada et compte tenu des hostilités continues, j’ai suspendu les licences d’exportation pertinentes vers la Turquie.», a écrit le ministre.


De l’équipement militaire canadien vendu à la Turquie se retrouve dans l’arsenal que l’Azerbaïdjan et la Turquie utilisent pour attaquer des zones civiles, y compris dans la capitale, Stepanakert, déclare le Comité national arménien, qui organisait le rassemblement.

Le gouvernement du Canada a les mains ensanglantées, dénonce l’organisation. Après les ventes de blindés à l’Arabie Saoudite, il y aurait aujourd’hui, affirme le Comité national arménien en s’appuyant sur une étude du Project PloughShares, l’institut de recherche sur la paix, des caméras canadiennes qui aident les drones à mieux cibler la population civile arménienne.

Malgré un gel en 2020 des licences d’exportations d’armes vers la Turquie, Ankara aurait réussi à se procurer des capteurs canadiens électro-optiques / infrarouges L3Harris WESCAM, des systèmes d’imagerie pour suivre les cibles et guider les munitions qui sont généralement montées sous le ventre des avions militaires.

En octobre 2019, la Turquie avait lancé «l’opération Printemps de la paix», une importante offensive militaire dans le nord-est de la Syrie contre des groupes principalement kurdes, rappelle Project PloughShares. En réponse, Affaires mondiales Canada (AMC) a annoncé alors un gel de toutes les nouvelles licences d’exportation vers la Turquie. En avril 2020, le Canada a décidé que, jusqu’à nouvel ordre, les permis d’exportation d’armes canadiennes vers la Turquie seraient examinés avec une «présomption de refus», bloquant de fait les futures ventes d’armes à Ankara.

Mais au printemps 2020, poursuit l’institut de recherche sur la paix, les données de Statistique Canada semblaient indiquer que les exportations de systèmes d’imagerie canadiens vers la Turquie étaient revenues aux niveaux observés avant le gel des exportations, ce qui faisait craindre que les unités WESCAM soient exemptées de l’embargo. Il semblerait selon le Globe and Mail que L3Harris WESCAM aurait reçu plus tôt cette année l’autorisation d’expédier sept systèmes d’imagerie et de ciblage au fabricant turc de drones Baykar.

🚨#BREAKING | #ArtsakhStrong 🚨THERE'S NO QUESTION: Justin Trudeau MUST STOP ARMS EXPORT TO TURKEY!🛑 Ask #CANADA to…

Publiée par Armenian National Committee of Canada sur Dimanche 4 octobre 2020

Pourquoi cette exemption, se demande Project PloughShares, évoquant des pressions constantes de la part des responsables turcs, y compris des appels directs entre le président turc Erdogan et le premier ministre canadien Trudeau qui ont été rapportées dans les médias turcs.

Interrogé sur la question, «En ce qui concerne l’équipement militaire canadien qui a pu être utilisé … le ministre des Affaires étrangères a lancé une enquête sur ce qui s’est exactement passé», a répondu le premier ministre canadien qui s’est dit extrêmement préoccupé par les combats. La Loi canadienne sur les licences d’exportation interdit la vente d’armes si elles peuvent être utilisées pour commettre de graves violations des lois internationales humanitaires ou des droits de la personne.

«Il est clair aujourd’hui que cette guerre orchestrée contre la république d’Artsakh et contre l’Arménie est une tentative de la part des deux pays d’anéantir les Arméniens comme la Turquie avait tenté une première fois en 1915», a déclaré par voie de communiqué Hovig Tufenkjian, président du Comité national arménien du Québec. «L’Arménie et l’Artsakh [Le nom en arménien de la république autoproclamée attaquée aujourd’hui par l’Azerbaïdjan, NDLR] se battent encore une fois pour leur existence et leur survie. L’Azerbaïdjan, aidé militairement par la Turquie tente depuis une semaine de mettre à genoux la population arménienne qui vit sur ces terres depuis des milliers d’années,»

«Sans cette aide turque, l’Azerbaïdjan ne pourrait frapper des positions civiles au sein du Haut-Karabagh ou essayer de frapper l’Arménie. Il est impératif de dénoncer cette participation afin de ne pas régionaliser cette guerre et de ne pas attirer la Russie, l’Iran et les autres», explique pour sa rt Faizal El-Koury, député libéral de la circonscription de Laval-Les Îles.  

«Le président Macron et l’Observatoire syrien des droits de la personne ont confirmé récemment que la Turquie facilite l’arrivée de milliers de jihadistes venus de Syrie. On sait également que le Canada vend des armes à la Turquie et qu’elles servent dans ce conflit. Qu’attend Justin Trudeau pour mettre fin à la vente de ces armes qui sont utilisées contre des populations civiles?» ajoute Alexandre Boulerice, député du NPD de la circonscription de Rosemont-La-Petite-Patrie, cité lui aussi par le Comité national arménien.

«En tant que citoyens canadiens, nous nous demandons à qui répond le gouvernement canadien. Trudeau nous a promis une nouvelle façon de faire de la politique. Il est temps de le prouver à toutes les personnes qui militent pour la paix!» a conclu M. Tufenkjian.