Le général Milley évite d’endosser le calendrier de retrait d’Afghanistan de Trump

Le chef d'état-major de la Défense américain, le général Mark Milley
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Le chef d’état-major interarmées américain, le général Mark Milley, a contredit la Maison Blanche lors d’un entretien diffusé sur NPR, la radio publique américaine, lorsqu’il a refusé d’endosser le plan de Donald Trump visant à réduire les effectifs des troupes en Afghanistan à 2500 au début de l’année prochaine.

Donald Trump a déclaré la semaine dernière qu’il veut retirer tous les militaires américains d’Afghanistan d’ici Noël, c’est-à-dire plus rapidement encore que prévu par l’accord entre les États-Unis et les talibans. Les troupes devraient se retirer d’Afghanistan d’ici Noël, a déclaré le président américain dans un tweet mercredi 7 octobre, peu de temps après qu’un haut conseiller de la Maison Blanche a déclaré que certaines troupes resteraient dans le pays en 2021.

«Nous devrions faire rentrer à la maison d’ici Noël le petit nombre de nos courageux hommes et femmes qui servent encore en Afghanistan !», a tweeté le président américain, qui briguera le 3 novembre un second mandat face au démocrate Joe Biden.

En réaction à cette annonce, Milley, qui a rarement donné des interviews en tête-à-tête au cours de ses 40 ans de carrière, a déclaré sur NPR: «La clé ici est que nous essayons de mettre fin à la guerre de manière responsable, délibérée, et de le faire à des conditions qui garantissent la sécurité des intérêts vitaux des États-Unis en matière de sécurité nationale, a utilisé une expression importante, basée sur des conditions générales».

«Je ne vais pas me livrer à des spéculations. Je vais m’engager dans une analyse rigoureuse de la situation en fonction des conditions et des plans dont je suis au courant et de mes conversations avec le président. Et puis quand nous en arriverons au moment où nous avons d’autres discussions et décisions, celles-ci seront rendues publiques de manière appropriée.» , a ajouté le général.

Milley a donné cette entrevue depuis son domicile de Fort Myer, en Virginie, où il est actuellement en quarantaine. D’autres membres des chefs d’état-major interarmées se sont également mis en quarantaine la semaine dernière après avoir assisté à des réunions avec un amiral qui a été testé positif au COVID-19.

L’accord de Doha signé le 29 février entre Washington et les talibans, après 19 ans de conflit, prévoit un retrait total des troupes américaines mi-2021 au plus tard. Mais en échange, les insurgés se sont engagés à ne plus laisser des terroristes opérer depuis les territoires qu’ils contrôlent, à ne plus attaquer les villes, et à entamer des négociations de paix directes inédites avec le gouvernement de Kaboul.

Ces négociations ont débuté en septembre, avec plusieurs mois de retard.

«Les termes de l’accord ont toujours été clairs » et le retrait conditionnel au respect de l’accord, a assuré le général Milley, qui estime que la baisse de la violence n’était « pas significative » au cours des quatre à cinq derniers mois.

Le nombre de soldats américains a déjà considérablement diminué. Ils étaient 12 000 au moment de la signature de l’accord américano-taliban, et il devrait n’en rester qu’environ 4500 en novembre. Le Pentagone prévoyait de maintenir le contingent américain à ce niveau début 2021 en attendant de constater des avancées dans les pourparlers interafghans.

Mais Donald Trump a émis depuis des signaux différents.

«Nous, les militaires, nous donnons nos meilleurs conseils militaires sur ces conditions afin que le président puisse prendre des décisions responsables en connaissance de cause», a finalement conclu le chef d’état-major interarmées américain qui, ans désobéir au président et commandant en chef des armées, n’entend pas donner pour autant sa bénédiction à un plan insensé.

Cadeau de Noël aux Talibans

En outre, les commentaires de Trump ont alarmé les responsables du Pentagone et du département d’État qui craignent que fixer une date définitive au retrait des troupes ne compromette en soi les négociations visant à finaliser un accord de paix entre les talibans et le gouvernement afghan.

«Après des mois de négociations tortueuses et d’efforts diplomatiques pour régler le conflit vieux de 19 ans en Afghanistan, le tweet du président Donald Trump la semaine dernière disant qu’il avait l’intention de ramener toutes les troupes américaines à la maison d’ici Noël a atterri en Afghanistan comme une bombe venue de nulle part, pulvérisant les espoirs des Afghans dans les pourparlers de paix naissants et les dispersant comme des éclats d’obus.», écrivait cette semaine  Pamela Constable et Sharif Hassan dans le Washington Post.

Mais de nombreux Afghans et analystes disent craindre que si Trump donne suite, abandonnant brusquement l’accord américano-taliban pour un retrait progressif et basé sur les conditions des quelque 4500 soldats américains restants d’ici mai, le pays pourrait replonger dans une guerre à grande échelle et chaos politique, écrivent les deux jounalistes

«Si le retrait a lieu selon le tweet, cela créera le chaos. Le processus de paix s’effondrera et nous reviendrons à la case départ », a déclaré Ehsanullah Zia, un ancien haut responsable afghan qui dirige le bureau de Kaboul de l’Institut américain de la paix, cité par le Post. «C’est la seule chose que les talibans voulaient vraiment. Les gens avaient de l’espoir, mais ce tweet soudain a changé le scénario. Maintenant, tout cet investissement, tout ce sacrifice, pourrait être détruit.»

Maintenant, disent les critiques en Afghanistan, le tweet de Trump a accordé de manière inattendue aux talibans la plus grande concession de toutes, sapant instantanément des mois d’efforts de l’envoyé américain Zalmay Khalilzad pour lier les retraits progressifs des troupes américaines aux conditions fixées par l’Accord de Doha. Bref, un cadeau de Noël aux Talibans qui n’en espéraient pas tant et ont réagi avec une satisfaction non dissimulée au tweet de l’occupant de la Maison-Blanche.