Navalny exhorte l’Europe à interdire de séjour l’entourage de Poutine

L’opposant russe Alexeï Navalny. (photo tirée de la page Facebook d'Alexeï Navalny)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Alexeï Navalny, qui accuse Vladimir Poutine d’être personnellement derrière la tentative d’empoisonnement au Novitchok dont il été victime, exhorte maintenant les Européens à aller plus loin dans leurs sanctions contre la Russie en interdisant de séjour sur leur territoire l’entourage du président russe.

« Les sanctions contre tout le pays ne fonctionnent pas. Le plus important est d’interdire de séjour les bénéficiaires du régime et de geler leurs avoirs. Les oligarques et les hauts fonctionnaires, le cercle le plus étroit de Poutine », a déclaré l’opposant russe dans un entretien avec le quotidien allemand Bild.

Les membres de cette élite sont ceux qui « assassinent des gens parce qu’ils veulent rester au pouvoir », de poursuivre Navalny. « Ils détournent de l’argent, volent des milliards, et le week-end, ils vont à Berlin ou à Londres, achètent des appartements coûteux et s’assoient dans des cafés », a-t-il encore déploré.

Au début du mois, dans une entrevue à un autre média allemand, Der Spiegel, Navalny avait exprimé sa conviction que «derrière la tentative se cache personnellement Poutine». «J’affirme que Poutine est derrière cet acte, je ne vois pas d’autres explications».

Après l’empoisonnement de l’opposant, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell avait évoqué la possibilité d’une « loi Navalny » en tant que véhicule pour de nouvelles sanctions contre Moscou. L’Allemagne a aussi dit réfléchir à des mesures punitives.   Le Kremlin a pour sa part nié toute implication dans cette affaire, jugeant les accusations contre la Russie « inacceptables ».

Bête noire du Kremlin, à la tête du Fonds contre la corruption, qui révèle la corruption des élites, Alexeï Navalny a été admis le 20 août en réanimation dans un hôpital d’Omsk après un malaise dans un avion qui devait le ramener à Moscou depuis Tomsk, en Sibérie, avant d’être finalement transféré à l’Hôpital de la Charité à Berlin.

Critique féroce du régime de Vladimir Poutine, Alexeï Navalny est tombé gravement malade le 20 août à bord d’un avion en Sibérie, au moment où il était en campagne électorale pour des scrutins locaux et régionaux. Il a été soigné dans un hôpital de Berlin et poursuit sa convalescence dans la capitale allemande.

Aujourd’hui, dans l’entretien avec Bild, l’opposant russe déclare que la superstar russe des chefs d’orchestre, Valéri Guerguiev, un soutien affiché de Vladimir Poutine, est «l’exemple parfait » des personnalités qui doivent être « mises sous pression » par des sanctions. Invité dans le monde entier, le chef de l’Orchestre philharmonique de Munich devrait être interdit de séjour à l’étranger, estime Navalny. «S’il aime tellement le régime et veut que la Russie ne suive pas la voie européenne, alors vous devez lui dire : vous êtes un musicien très talentueux, mais nous ne vous autoriserons plus à entrer dans l’UE. Vous pouvez profiter du régime de Poutine en Russie ».

Cet emploi d’armes chimiques à l’étranger doit préoccuper les Occidentaux, souligne aussi Navalny, car « si nous connaissons les attaques chimiques qui ont échoué, nous n’avons aucune idée du nombre des meurtres réussis ».

L’opposant a également vertement attaqué l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, aujourd’hui employé par une filiale de la société gazière russe Gazprom et proche de Vladimir Poutine : «Schröder est le larbin de Poutine, qui protège les meurtriers », a accusé l’opposant. Il reproche à l’ancien dirigeant social-démocrate d’être le « lobbyiste de Poutine » et de toucher de « l’argent secret » « volé » à la population russe, participant ainsi à l’appauvrissement de la Russie.

En plus de son poste dans le projet de gazoduc Nord Stream 2, l’ex-chancelier est président du conseil de surveillance de la société énergétique russe Rosneft et président du conseil de surveillance du gazoduc Nord Stream existant.

Schröder, qui avait récemment déclaré qu’il n’y avait pas de «faits certains» concernant l’attaque empoisonnée contre Navalny, tout en reconnaissant la «situation difficile» de l’opposant russe, a réagi en annonçant qu’il allait poursuivre Bild.