Nouveau missile nord-coréen: on aurait tort de ne pas prendre la menace au sérieux selon des experts

La Corée du Nord dévoile un nouveau missile intercontinental. (KCNA)
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Le nouveau missile balistique intercontinental géant dévoilé samedi par la Corée du Nord lors d’un défilé militaire est une menace explicite adressée au système de défense antimissile américain mais également un défi implicite pour le président des États-Unis, selon des experts, dont Jeffrey Lewis du Middlebury Institute en Californie.

Le Middlebury Institute of International Studies à Monterey (MIIS), anciennement connu sous le nom de Monterey Institute of International Studies, est une école réputée d’études supérieures américaine.

Jeffrey Lewis qui y est le directeur du programme de non-prolifération en Asie de l’Est, était auparavant directeur de l’Initiative sur la stratégie nucléaire et la non-prolifération à la New America Foundation. Il a aussi été directeur exécutif du Managing the Atom Project au Belfer Center for Science and International Affairs, directeur exécutif de l’Association of Professional Schools of International Affairs, chercheur invité au Center for Strategic and International Studies, et a également travaillé bureau du sous-secrétaire à la défense pour la politique.

La Corée du Nord a dévoilé samedi un missile balistique intercontinental (ICBM) géant lors d’une parade militaire pour célébrer le 75e anniversaire de la fondation du Parti du travail au pouvoir.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qui a assisté à la parade sur la place Kim Il-Sung à Pyongyang durant laquelle les troupes, en un spectacle habituel dans ces occasions en Coré du Nord, défilaient au pas de l’oie, a déclaré qu’il continuerait de renforcer son armée et soutenu…qu’il n’y avait pas un seul cas de coronavirus dans son pays.

«Nous continuerons à renforcer notre armée, à des fins d’autodéfense et de dissuasion», a déclaré Kim dans un discours retransmis en différé par la télévision d’État nord-coréenne.

Chacun des missiles était tracté sur un véhicule à 11 essieux. Akit Panda, de la Federation of American Scientists, une ONG scrutant les risques liés au nucléaire, a estimé qu’il s’agissait du «plus gros missile mobile à combustion liquide jamais vu à ce jour».

La Corée du Nord possèdait jusqu’ici trois types d’ICBM, à savoir le Hwasong-13, le Hwasong-14 et le Hwasong-15, et elle semble avoir également développé un ICBM de plusieurs ogives qui pourrait être lancé à des distances plus longues et être difficile à intercepter.

Hwasong-15, la version la plus avancée jusqu’à ce jour, est estimé avoir une portée de 12.874 kilomètres et être capable d’atteintre la totalité du continent américain. Il a été lancé pour la dernière fois le 29 novembre 2017.

Les experts, unanimes, ont souligné qu’il s’agit du plus gros missile mobile à combustion liquide au monde, très probablement conçu pour transporter un missile à plusieurs têtes (MIRV).

Certains spécialistes de la Corée du Nord nuancent en rappelant que, régulièrement les engins exposés par Pyongyang lors des défilés peuvent être des maquettes et que rien ne prouve qu’ils fonctionnent tant qu’ils n’ont pas été testés, mais pour Jeffrey Lewis, cela vise «clairement à éprouver le système de défense antimissile américain en Alaska».   

Si le ICBM comporte trois ou quatre ogives, explique–il, les États-Unis devront dépenser environ 1 milliard de dollars pour avoir 12 à 16 missiles intercepteurs pour chaque missile. «À ce prix, je suis presque certain que la Corée du Nord peut ajouter plus vite des ogives que nous ne pouvons ajouter des intercepteurs».  

Peu de temps avant d’être investi président des États-Unis en 2017, Donald Trump avait tweeté que la Corée du Nord «n’arriverait pas » à développer une arme pouvant atteindre le territoire américain. La première année de son mandat, qui a vu le Nord lancer un ICBM pouvant atteindre cet objectif, a ensuite été marquée par une série d’échanges d’insultes entre Donald Trump et Kim Jong-un,Trump affublant Kim du surnom de «little rocket man » avant un rapprochement diplomatique spectaculaire, qui n’a toutefois mené nulle part.  

Les négociations sur la dénucléarisation de la Corée du Nord sont au point mort depuis le fiasco du sommet d’Hanoï en 2019.  

Aujourd’hui, ce missile géant est la preuve que le Nord a continué à développer son arsenal militaire tout au long du processus diplomatique, estiment les experts, ce qui donne à Pyongyang plus de poids pour exiger un retour à la table des négociations.

«Qu’on le veuille ou non, la Corée du Nord est une puissance nucléaire et est probablement la troisième puissance nucléaire capable de frapper les villes américaines, troisième après la Russie et la Chine », a déclaré pou sa part Andrei Lankov du Korea Risk Group, cité par l’Agence France-Presse. Kim a ainsi voulu envoyer un message aux États-Unis pour leur montrer qu’il a amélioré son armement et que s’ils ne «voulaient pas conclure un accord maintenant, ils devront le faire plus tard, ce qui serait pire pour eux, la communauté internationale».