Poutine n’exclut pas une future alliance militaire Russie-Chine

Le président russe Vladimir Poutine prend la parole alors qu'il participe à la réunion annuelle du Valdai Discussion Club par vidéoconférence le 22 octobre 2020. (Service de presse du Kremlin)
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Le président russe Vladimir Poutine, qui participait à la session plénière finale de la 17e réunion annuelle du Valdai International Discussion Club par vidéoconférence, a déclaré jeudi qu’il n’y avait pas besoin d’une alliance militaire Russie-Chine maintenant, mais n’a pas exclu pas une telle alliance dans l’avenir.

Interrogé à cette occasion sur la possibilité d’une union militaire entre Moscou et Pékin, Poutine a répondu que «nous n’en avons pas besoin, mais, en théorie, il est tout à fait possible de l’imaginer.»

Le présent russe a noté jeudi que l’ordre mondial d’après-guerre a été créé par trois puissances victorieuses: l’Union soviétique, les États-Unis et la Grande-Bretagne. «Le rôle de la Grande-Bretagne a changé depuis, l’URSS n’existe pas du tout et ‘quelqu’un a tenté de radier complètement la Russie’»., a-t-il souligné.

La Russie et la Chine ont toujours accordé de l’importance à leur «partenariat stratégique», mais avaient jusqu’à présent rejeté toute discussion sur la possibilité de former une alliance militaire.

Poutine a également noté que la Russie a partagé des technologies militaires sensibles qui ont contribué à renforcer considérablement le potentiel militaire de la Chine, mais n’a pas mentionné de détails, affirmant que les informations étaient sensibles. «Sans aucun doute, notre coopération avec la Chine renforce la capacité de défense de l’armée chinoise», a-t-il dit, ajoutant que l’avenir pourrait voir des liens militaires encore plus étroits entre les deux pays.

«Le temps montrera comment cela se développera », a déclaré le président russe.

La déclaration de Poutine jeudi a signalé un approfondissement des liens entre Moscou et Pékin dans un contexte de tensions croissantes dans leurs relations avec les États-Unis.

La Russie a cherché à développer des liens plus solides avec la Chine alors que ses relations avec l’Occident tombaient au plus bas de l’après-guerre froide à cause de l’annexion par Moscou de la Crimée ukrainienne, des accusations d’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle américaine de 2016 et d’autres divisions.

Le nouveau traité START

Poutine a souligné jeudi l’importance de prolonger le nouveau traité START qui expire en février, le dernier pacte de contrôle des armements entre la Russie et les États-Unis. Le dirigeant russe a lancé un appel ferme à la prolongation du pacte.

Plus tôt cette semaine, les États-Unis et la Russie ont fait savoir qu’ils étaient prêts à accepter des compromis pour sauver le nouveau traité START à seulement deux semaines de l’élection présidentielle américaine au cours de laquelle le président Donald Trump est confronté à un défi de taille de l’ancien vice-président Joe Biden, dont la campagne a accusé Trump d’être trop conciliant avec la Russie.

Le nouveau START a été signé en 2010 par le président Barack Obama et le président russe de l’époque Dmitri Medvedev. il limite chaque pays à pas plus de 1 550 ogives nucléaires déployées et 700 missiles et bombardiers déployés, et prévoit des inspections approfondies sur place pour vérifier la conformité.

La Russie avait proposé de prolonger le pacte sans aucune condition, tandis que l’administration Trump avait initialement insisté sur le fait qu’il ne pourrait être renouvelé que si la Chine acceptait de s’y joindre. La Chine a refusé d’envisager l’idée.

Sur la volonté des États-Unis d’inclure la Chine, le président russe a déclaré lors de la vidéoconférence que, certes, il ne s’y oppose pas, mais a noté que «la Chine est un pays immense, une grande puissance avec une énorme économie, un milliard et demi d’habitants. Mais le niveau de potentiel nucléaire est presque deux fois, sinon plus, inférieur à celui de la Russie et des États-Unis. Ils [les Chinois] posent une question légitime: qu’est-ce que nous allons limiter ou allons-nous geler nos inégalités dans ce domaine? Eh bien, que dites-vous ici? C’est le droit souverain d’un milliard et demi de personnes de décider car ils estiment opportun de construire leur politique dans ce domaine de la garantie de leur propre sécurité. Vous pouvez, bien entendu, en faire un sujet de litige, de discussion et simplement bloquer la réalisation de tout accord. Excusez-moi, mais si nous cherchons à impliquer la Chine dans ce processus et à ce qu’elle signe l’accord, eh bien, pourquoi seulement la Chine? Où sont les autres puissances nucléaires? Où est la France qui, comme le rapporte la presse, vient de tester un autre système de missiles de croisière depuis un sous-marin? Également une autre puissance nucléaire, Grande Bretagne. Et il y a d’autres puissances nucléaires qui ne sont pas officiellement reconnues comme telles, mais le monde entier sait qu’elles ont des armes nucléaires. Va-t-on, comme une autruche, se cacher, se cacher la tête dans le sable et faire semblant de ne pas comprendre ce qui se passe?» 

«La question est de savoir s’il faut conserver le traité existant tel quel, entamer une discussion détaillée et essayer de parvenir à un compromis dans un an ou le perdre complètement, en nous laissant nous-mêmes, la Russie et les États-Unis, avec le reste du monde sans aucun accord limitant une course aux armements », a-t-il dit. «Je pense que la deuxième option est bien pire.»

Malgré les indications plus tôt cette semaine que la Russie et les États-Unis se rapprochaient d’un accord sur le nouveau START, le principal négociateur russe, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergei Ryabkov, a déclaré que des différences «dramatiques» subsistaient et a fortement mis en garde Washington contre de nouvelles demandes.

Sergei Ryabkov a mis en garde les États-Unis contre la demande de mesures de vérification des contrôles plus intrusives comme celles qui existaient dans les années 1990 et qui ne sont pas envisagées par le nouveau START. Le diplomate a fait valoir que de nouveaux mécanismes de contrôle pourraient être discutés dans le cadre d’un futur accord, affirmant fermement que la Russie n’accepterait pas la demande qui équivaut à un «espionnage légitime».

« Si cela ne convient pas aux États-Unis pour une raison quelconque, il n’y aura pas d’accord», a déclaré Ryabkov, cité par l’agence de presse Interfax.

«La question est de savoir s’il faut conserver le traité existant tel quel, entamer une discussion détaillée et essayer de parvenir à un compromis dans un an ou le perdre complètement, en nous laissant nous-mêmes, la Russie et les États-Unis, avec le reste du monde sans aucun accord limitant une course aux armements. Je pense que la deuxième option est bien pire.», a pour sa part déclaré Poutine qui a proposé un prolongement d’un an sans conditions pour se donner le temps d’aplanir les difficultés. «Je pense que la deuxième option est bien pire.»

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