Prix Bayeux des correspondants de guerre: quatre reportages sur la Syrie sous les projecteurs

1 janvier 2020, Syrie, Idlib : Kenana Yassin, six ans, reçoit des soins après avoir été blessée avec trois membres de sa famille, lors d'une frappe aérienne du gouvernement syrien sur la province d'Idlib, tenue par les rebelles. (Anas ALKHARBOUTLI/DPA)
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Présidé par Ed Vulliamy, le jury international de ce 27e Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre a rendu son verdict hier 10 octobre, décernant des premier prix à plusieurs reportages sur la Syrie.

Plus de trente grands reporters étaient réunis à Bayeux, les 9 et 10 octobre 2020, pour délibérer et décerner les trophées des catégories photo, presse écrite, radio, télévision, télévision grand format, jeune reporter (photo) et image vidéo.

«Je suis épuisé, non par manque de sommeil, mais en raison de l’intensité de ce que nous faisons ici. C’est un honneur de présider ce jury : le Prix Bayeux est l’épicentre, le centre de gravité de notre profession. Ce qui est formidable dans les délibérations, c’est qu’il n’y a pas de notion de bon ou de mauvais: nous devons apporter un jugement, impossible par définition. Nous devons choisir entre l’excellent et le meilleur de tous.», a déclaré Ed Vulliamy.

Le «meilleur travail» toute catégorie est un reportage sur les millions de civils syriens venant d’anciens bastions de l’opposition et coincés dans la région d’Idlib, dans le nord-ouest du pays, entre la frontière turque fermée et les offensives du régime et de son allié russe, a estimé le président du jury international, lui-même grand reporter irlandais pour le Guardian et The Observer, cité par l’Agence France-Presse. «C’est traité à travers le regard d’un journaliste syrien qui revient dans son pays, et celui d’une femme musulmane », une humanitaire, a précisé le journaliste. Ce reporter syrien «parle pour les centaines de millions de personnes dans le monde qui ne savent pas si elles vont un jour rentrer chez elles, revoir leur maison».

«À Idlib, il y a 4 millions de civils aujourd’hui », a pour sa part souligné Suzanne Allant qui signe avec Yamaan Khatib et Fadi Al-Halabi ce reportage intitulé « Syrie, dans le piège d’Idlib » qui a remporté le 1er prix catégorie tv grand format-jury international Prix Ville de Bayeux.

En tout, ce sont quatre prix à autant de reportages sur la Syrie dans quatre catégories différentes qui ont rappelé ce conflit meurtrier, mais qui n’est plus au centre de l’actualité en Occident où on semble parfois avoir oublié cette guerre civile qui déchire le pays depuis 2011.

CATÉGORIE TV GRAND FORMAT – JURY INTERNATIONAL
PRIX VILLE DE BAYEUX

1er Prix

Suzanne ALLANT, Yamaan KHATIB et Fadi AL-HALABI
Découpages pour Arte Reportage
Syrie, dans le piège d’Idlib
SYRIE

CATÉGORIE PRESSE ÉCRITE – JURY INTERNATIONAL
PRIX DU DÉPARTEMENT DU CALVADOS

1er Prix

Allan KAVAL
Le Monde
Dans le nord-est de la Syrie, la mort lente des prisonniers djihadistes
SYRIE

CATÉGORIE JEUNE REPORTER (PHOTO) – JURY INTERNATIONAL
PRIX CRÉDIT AGRICOLE NORMANDIE

1er Prix

Anas ALKHARBOUTLI
DPA
La guerre en Syrie
SYRIE

CATÉGORIE PRESSE ÉCRITE – PRIX OUEST-FRANCE – JEAN MARIN

1er Prix

Allan KAVAL
Le Monde
Dans le nord-est de la Syrie, la mort lente des prisonniers djihadistes
SYRIE

Parmi les autres reportages primés, « Yémen: à marche forcée » d’Olivier Jobard (Magnéto Presse) pour Arte/France24 remporte le prix de l’image vidéo, et «Les familles ouïghoures», signé John Sudworth et Wang Xiping pour la BBC, décroche le prix en télévision format court.  

En radio, le prix revient à Sonia Ghezali et Wahlah Shahzaïb de RFI pour «Afghanistan : après l’attaque de la maternité de MSF», et en photo, le prix du jury international revient à « La guerre plus longue », un reportage sur les talibans en Afghanistan de Lorenzo Tugnoli, de l’agence italienne Contrasto, pour le Washington Post. « Avoir accès aux talibans est incroyablement difficile.

Un hommage a aussi été rendu jeudi au Mémorial des reporters de guerre de Bayeux par la directrice de la photo de l’AFP, Marielle Eudes, au vidéaste yéménite qui collaborait avec l’Agence, Nabil Hasan al-Quaety, 34 ans. Ce père de jeunes enfants a été tué en juin.

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