Quelle place pour la Turquie sur la carte des alliances américaines au Moyen-Orient

Le secrétaire d'État adjoint aux Affaires politico-militaires, R. Clarke Cooper, à droite, s'entretient avec le colonel de l'US Air Force Thad Middleton au salon aéronautique de Dubaï aux Émirats arabes unis le 17 novembre 2019 (Archives/US Air Force)
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Alors que les récents développements diplomatiques associés aux inquiétudes concernant la menace posée par l’Iran pourraient ouvrir la porte à de nouvelles ventes d’armes aux pays du Golfe, les ventes d’armes américaines à la Turquie, elles, pourraient au contraire décliner sérieusement sans que les Américains n’en soient démesurément affectés.

Les États-Unis envisagent aussi tout aussi sérieusement d’imposer des sanctions à la Turquie pour son utilisation du système de missiles russes S-400, selon le secrétaire d’État adjoint aux Affaires politico-militaires, Clarke Cooper, qui dirige le Bureau des affaires politico-militaires et qui est à ce titre le responsable des questions de défense au département d’État

Le Bureau des affaires politico-militaires est le principal lien du Département d’État avec le Département de la défense. Le Bureau fournit des orientations politiques dans les domaines de la sécurité internationale, de l’aide à la sécurité, des opérations militaires, des stratégies et plans de défense et du commerce de la défense.

La Turquie a été expulsée du programme multinational du F-35 en raison de la décision d’Ankara de se procurer le système de défense antimissile S-400 de fabrication russe. Les responsables américains et d’autres responsables occidentaux craignent que le S-400 ne sape les capacités militaires de l’OTAN. Le gouvernement turc a récemment confirmé qu’il avait testé le système.

«Nous avons clairement indiqué à Ankara que les tests du S-400 étaient absolument inacceptables», a déclaré Cooper, ajoutant que l’imposition de sanctions économiques est une option politique qui est sur la table et qui es envisagée très sérieusement.

«La conversation constante que nous avons eue avec nos homologues turcs est que le S-400 n’est pas… interopérable avec les plates-formes américaines. Il n’est pas interopérable avec l’OTAN. Et l’opérationnalisation d’un tel actif ou système entraîne un risque supplémentaire de sanctions et d’autres risques de restrictions [des armements] », a-t-il expliqué.

Les efforts se poursuivent toutefois pour «convaincre la Turquie de ne pas rendre les S-400 opérationnels », a ajouté le secrétaire d’État adjoint. «Mettez-les de côté, désactivez-les. Mais ne les intégrez pas pour les rendre opérationnels».

Le diplomate américain a aussi souligné que les États-Unis cherchaient à éviter la rupture avec la Turquie.«Il est certain que nous faisons tout pour nous assurer que la Turquie reste dans le camp occidental », a-t-il dit. « Exclure la Turquie ne serait dans l’intérêt de personne, à part la Russie ». Mais Washington a informé dès l’an dernier cet allié stratégique, membre de l’OTAN, que la ligne rouge à ne pas franchir serait la mise en service des S-400 achetés en 2017 par Ankara dans un contexte de rapprochement avec Moscou.

Pendant ce temps, les accords de normalisation des relations entre Israël et certains de ses voisins, dont les Émirats arabes unis et Bahreïn ont ouvert la voie à l’exportation de chasseurs de combat interarmées F-35 fabriqués aux États-Unis et d’autres équipements militaires vers davantage de pays du Moyen-Orient

Jusqu’à présent, Israël, le plus proche allié des États-Unis au Moyen-Orient, est le seul pays de la région à avoir été autorisé à acheter l’avion furtif de cinquième génération, qui dispose, notamment, de capacités avancées de partage de données. Cependant, le F-35 serait sur la liste de souhaits des États du Golfe tels que les Émirats arabes unis, et plusieurs analystes prévoient que l’avion de combat sera éventuellement mis à leur disposition.

Ce n’est pas encore une certitude, mais la stimulation des exportations de technologies de défense fabriquées aux États-Unis a été un objectif majeur de la politique économique et de sécurité nationale de l’administration Trump.

«Les [récentes]percées diplomatiques ont fourni une plate-forme pour examiner de très près les possibilités de coopération en matière de sécurité, non seulement entre les États-Unis et ces États [du Golfe], mais aussi la coopération et la normalisation en matière de sécurité entre ces États et Israël.», a déclaré Clarke Cooper, se référant aux accords de normalisation des relations avec Israël.

Le secrétaire américain a également confirmé les informations selon lesquelles le gouvernement israélien a récemment déclaré qu’il n’était pas préoccupé par un accord potentiel d’achat du chasseur furtif avec les Émirats arabes unis

Les inquiétudes concernant l’Iran en Israël, dans les États du Golfe et d’autres pays pourraient éclipser les autres considérations et stimuler les achats d’armes dans la région, tout en excluant la Turquie. On verra alors qui, d’Ankara ou de Washington, avait le plus besoin de l’autre.