Traité New Start: Poutine lance la balle dans le camp américain

Rencontre le 16 octobre par vidéoconférence de Vladimir Poutine avec les membres permanents du Conseil russe de sécurité (Service de presse du Kremlin).
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Lançant la balle dans le camp américain, le président russe a dit vendredi souhaiter le prolongement sans conditions d’un an du traité de désarmement nucléaire russo-américain New Start, le temps de trouver un nouvel accord, trois jours après une offre conditionnelle jugée inacceptable des États-Unis de prolonger cet accord qui expire le 4 février 2021.

«J’ai une proposition, à savoir de prolonger l’accord actuel sans condition pendant au moins un an afin d’avoir la possibilité de mener des négociations nourries sur tous les paramètres», a indiqué Vladimir Poutine durant une réunion de son Conseil russe de Sécurité où les participants ont également échangé leurs points de vue sur la situation actuelle dans le conflit du Haut-Karabakh.

Le traité bilatéral New Start, conclu en 2010, maintient les arsenaux des deux pays bien en deçà de leur niveau de la Guerre froide, limitant à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1550 le nombre de têtes nucléaires.

Les diplomates américains et russes sont parvenus à un accord de principe pour prolonger et étendre le nouveau traité de réduction des armes stratégiques (NEW START) aux armes nucléaires tactiques également, avait même déclaré l’envoyé présidentiel américain pour le contrôle des armements, Marshall Billingslea, pour être aussitôt démenti par les responsables russes.

Mardi, le négociateur américain Marshall Billingslea a proposé à Moscou de prolonger le traité « pendant un certain temps » à condition que la Russie accepte « de geler » son arsenal nucléaire.

Un tel gel a été jugé «inacceptable» par le négociateur russe, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, qui a déclaré que les conditions de gel demandées par les États-Unis étaient «inacceptables» et que la Russie n’accepterait qu’une simple prolongation du traité de 2010, qui limite les armes nucléaires stratégiques déployées par les États-Unis et la Russie et les systèmes de livraison et oblige la Russie et les États-Unis à autoriser les inspections de leurs stocks respectifs.

Les diplomates américains et russes sont parvenus à un accord de principe pour prolonger et étendre le nouveau traité de réduction des armes stratégiques (NEW START) aux armes nucléaires tactiques également, avait même déclaré l’envoyé présidentiel américain pour le contrôle des armements, Marshall Billingslea, pour être aussitôt démenti par les responsables russes.

Faisant le point de la situation à la réunion du Conseil russe de sécurité, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré, selon le compte-rendu du Kremlin, qu’«une situation critique s’est développée, puisqu’en février, comme je l’ai dit, début février, le contrat expire. S’il n’y a pas d’accord des deux parties conformément aux procédures prévues par l’Accord sur sa prorogation, celui-ci expirera.»

Toujours selon la version du Kremlin, «En attendant», a ajouté le chef de la diplomatie russe, «nous confirmons que nous serons prêts à continuer à travailler sur de nouveaux accords, et nous avons fait, avec votre consentement, des propositions spécifiques pour l’élaboration d’une approche globale de la stabilité stratégique, qui ont été transférées du côté américain.

Ce à quoi Vladimir Poutine a répondu, selon la présidence russe, qu’«Il serait extrêmement triste que le traité cesse d’exister et ne soit pas remplacé par un autre document fondamental de ce type. Au cours de toutes les années précédentes, le Traité START III a fonctionné, a fonctionné correctement, a rempli son rôle fondamental de limiter, de freiner la course aux armements et de contrôler les armements. Il est clair que nous avons de nouveaux systèmes d’armes que la partie américaine ne possède pas, du moins pas encore. Mais nous ne refusons pas de discuter de cet aspect du problème.»

Et Poutine de formuler alors une proposition: «À cet égard, j’ai une proposition, à savoir: proroger le traité existant sans aucune condition pendant au moins un an afin de pouvoir mener des négociations constructives sur tous les paramètres des problèmes qui sont régis par des accords de ce type, afin de ne pas laisser tomber nos pays et tous les États du monde qui souhaitent maintenir la stabilité stratégique, et de ne pas se retrouver sans un document aussi fondamental que le Traité sur les armes stratégiques offensives.»

Pour le président russe, qui a donné instruction à son ministre des Affaires étrangères de « »formuler [cette] position aux partenaires américains et essayer d’obtenir au moins une réponse intelligible de leur part dans un très proche avenir.», la balle est donc maintenant dans le camp américain. En cette année électorale, où il a besoin de succès diplomatiques ou, du moins, de semblants de succès, Donald Trump pourrait bien saisir la perche que lui tend Poutine.

La Russie et les États-Unis détiennent toujours, à eux deux, plus de 90 % des armes nucléaires dans le monde, selon le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Washington dispose en 2020 de quelque 5800 ogives nucléaires et Moscou de 6375, contre 320 pour Pékin, 290 pour Paris et 215 pour Londres, selon l’institut suédois.  

Le NEW START est le dernier accord nucléaire encore en vigueur après que Donald Trump a renié trois accords: celui sur le nucléaire iranien, le traité INF sur les missiles terrestres de moyenne portée, et le traité Ciel ouvert, ou Open Skies, visant à vérifier les mouvements militaires et les mesures de limitation des armements des pays signataires.