Washington prétend que la Russie a accepté d’étendre la portée du traité New Start, Moscou dément

Lancement d'un missile balistique intercontinental russe RS-18 du cosmodrome de Baikonur au Kazakhstan (Archives/Army Recognition)
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Les diplomates américains et russes sont parvenus à un accord de principe pour prolonger et étendre le nouveau traité de réduction des armes stratégiques (NEW START) aux armes nucléaires tactiques également, a déclaré mardi l’envoyé présidentiel américain pour le contrôle des armements, Marshall Billingslea, pour être aussitôt démenti par les responsables russes.

Les parties sont parvenues à un accord de principe «aux plus hauts niveaux de nos deux gouvernements», a déclaré Billingslea lors d’un événement de la Heritage Foundation et, la semaine dernière, un membre de l’administration Trump avait, sous couvert d’anonymat, a vanté les progrès d’un tel accord.

Mais mardi, le vice-ministre des Affaires étrangères russe Sergey Ryabkov,cité par le média officiel russe Sputnik, a déclaré que les conditions de gel demandées par les États-Unis étaient «inacceptables» et que la Russie n’accepterait qu’une simple prolongation du traité de 2010, qui limite les armes nucléaires stratégiques déployées par les États-Unis et la Russie et les systèmes de livraison et oblige la Russie et les États-Unis à autoriser les inspections de leurs stocks respectifs.

«La Russie et les États-Unis n’ont pas accepté de continuer à geler leurs arsenaux nucléaires, et on ne sait pas ce qui guide les reportages des médias affirmant le contraire», a déclaré samedi le vice-ministre des Affaires étrangères russe Sergey Ryabkov.

Ryabkov a déclaré que la Russie n’exclut pas un tel accord, mais que, pour le moment, «Nous [ la Russie et les États-Unis, NDLR] ne nous sommes pas rapprochés, nous ne nous sommes pas rapprochés d’un tel accord avec les États-Unis. Quant aux tentatives des Américains de présenter le cas comme si nous étions au seuil d’un tel accord et qu’il il ne faudra pas longtemps avant qu’il ne soit atteint, on ne sait pas sur quoi elles sont basés».

Le vice-ministre des Affaires étrangères russe a ajouté que ses entretiens du 5 octobre avec l’envoyé spécial américain pour le contrôle des armements à Helsinki, «ont démontré que d’énormes différences subsistent, y compris en ce qui concerne les éléments centraux d’un tel accord» et un gel des arsenaux nucléaires.

Malentendu ou vantardise

Pour sa part, en conférence de presse, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, a elle aussi déclaré qu’il serait «prématuré de dire que nous avons fait un grand pas vers un résultat tangible. Il reste encore beaucoup à faire pour rapprocher nos positions et trouver d’éventuels points d’accord.»

Ou c’est un malentendu, ou, à la veille de l’élection présidentielle du 3 novembre, l’administration Trump est à la recherche de succès diplomatiques, réels ou fictifs.

Le traité bilatéral New Start, conclu en 2010 maintient les arsenaux russes et américains bien en deçà de leur niveau pendant la Guerre froide, limitant à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1550 le nombre de têtes nucléaires sur ces lanceurs.

La Russie et les États-Unis détiennent toujours, à eux deux, plus de 90 % des armes nucléaires dans le monde, selon le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Washington dispose en 2020 de quelque 5800 ogives nucléaires et Moscou de 6375, contre 320 pour Pékin, 290 pour Paris et 215 pour Londres, selon l’institut suédois.  

Les États-Unis insistent également depuis le début des négociations pour que la Chine se joigne aux discussions, faisant valoir que l’arsenal chinois se développe à grande vitesse. Mais Pékin, qui considère que son arsenal est encore bien inférieur à celui de Moscou ou Washington, refuse de participer à des négociations tripartites.

Le NEW START est le dernier accord nucléaire encore en vigueur après que Donald Trump a renié trois accords: celui sur le nucléaire iranien, le traité INF sur les missiles terrestres de moyenne portée, et le traité Ciel ouvert, ou Open Skies, visant à vérifier les mouvements militaires et les mesures de limitation des armements des pays signataires.