Biden pourrait revenir sur le retrait militaire d’Allemagne, perçu comme un non-sens stratégique

Des soldats des forces spéciales américaines lors d'un exercice militaire, le 26 août 2015 à Hohenfels, en Allemagne. (AFP/Archives/ PHILIPP GUELLAND)
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Certains responsables allemands espèrent que Biden annulera, au moins partiellement, le retrait de 12 000 militaires américains d’Allemagne annoncé par Donald Trump, tout en admettant que l’Allemagne devra en faire plus et assumer une plus grande responsabilité dans ce partenariat entre l’Allemagne et les États-Unis.

Dans le cadre de ce plan, le quartier général du Commandement européen des États-Unis et du Commandement américain pour l’Afrique devait déménager de Stuttgart à la Belgique pour y être colocalisé avec l’infrastructure de commandement de l’OTAN pour l’Europe.

Le secrétaire américain à la Défense Mark Esper, que Donald Trump vient d’ailleurs de limoger, avait assuré que l’objectif était stratégique, notamment pour à titre de dissuasion envers la Russie, pour être aussitôt contredit par Donald Trump qui avait expliqué que ce retrait était dû au refus de l’Allemagne de «payer plus».

«On en a marre d’être des pigeons», avait déclaré depuis la Maison-Blanche le président américain à la presse. «Nous réduisons nos forces parce qu’ils ne paient pas. C’est très simple».

Il n’est pas difficile de comprendre aujourd’hui que les dirigeants allemands ont réagi positivement à la nouvelle que l’ancien vice-président et son vice-président, Kamala Harris, avaient battu le président Donald Trump dans la course à la présidentielle.

Et les responsables allemands caressent maintenant l’espoir d’une nouvelle relation transatlantique sous la direction du président élu Joe Biden, la chancelière Angela Merkel s’engageant à augmenter les contributions de Berlin et le ministre-président de Bavière espérant que la nouvelle administration mettra sur la glace le plan de réduction des effectifs.

«Les Allemands et les Européens savent que nous devons assumer une plus grande responsabilité dans ce partenariat», a déclaré Mme Merkel. «L’Amérique reste notre allié le plus important. Mais il attend de nous, pour de bonnes raisons, des efforts plus forts pour notre propre sécurité et pour défendre nos convictions dans le monde.»

Le ministre-président de Bavière, Markus Söder, dont l’État héberge les installations de l’armée américaine à Vilseck et Grafenwöhr, s’est dit pours sa part soulagé de l’élection de Biden. Les deux nations devraient revenir à un sens renouvelé d’un objectif commun, a-t-il déclaré cette seine. Cela inclut l’espoir de «mettre sur la glace les plans de retrait de troupes unilatéraux et politiquement motivés», a-t-il ajouté.

Une candidate potentielle au poste de secrétaire américain à la Défense, Michele Flournoy, avait pour sa part critiqué les plans de retrait des troupes de l’administration Trump. «C’était une impulsion présidentielle», avait-t-elle déclaré. «Cela a été fait pour toutes sortes de raisons« astratégiques ». Ce n’est tout simplement pas un moyen de traiter vos alliés si vous êtes les États-Unis d’Amérique, et l’une de vos sources d’avantage les plus stratégiques est votre réseau d’alliances qu’aucun autre pays au monde ne possède.»

Les bases américaines de l’Allemagne doivent être jugées en fonction de ce qu’elles contribuent à la dissuasion de la Russie et comme relais aux forces américaines en route vers des points chauds au Moyen-Orient et en Afrique, avait-t-elle expliqué.

Le lieutenant-général à la retraite Ben Hodges, ancien commandant des forces de l’armée américaine en Europe, cité par la publication spécialisée américaine Defense News, a déclaré lui aussi s’attendre à ce que la nouvelle administration Biden gèle les plans de retrait de l’Allemagne.

«J’espère que l’administration Biden traitera l’Allemagne comme notre allié le plus important, ce qu’elle est, et que l’accès et l’infrastructure que l’Allemagne autorise aux États-Unis seront valorisés et appréciés», a déclaré l’ancien commandant des forces américaines en Europe. «Mais je m’attends également à ce que l’administration Biden demande à nos alliés européens, en particulier à l’Allemagne, de se mobiliser et de faire plus pour accepter plus de responsabilités et respecter les accords sur les investissements dans la défense. Le style et le ton seront différents de ceux de l’administration Trump, mais la pression sera tout aussi ferme.»