Quelque 2000 soldats russes de maintien de la paix pour le Karabakh

Des avions de l'aviation de transport militaire avec du personnel militaire et des équipements des forces de maintien de la paix de la Fédération de Russie arrivent en Arménie pour contrôler le cessez-le-feu et les opérations militaires dans la zone du conflit du Haut-Karabakh. (Ministère russe de la Défense)
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La Russie a commencé mardi à déployer quelque 2000 soldats de maintien de la paix, après l’accord signé sous son égide entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie mettant fin à six semaines de combats meurtriers au Nagorny Karabakh.

Les avions de transport militaire russe avec des soldats et des équipements des forces de paix russes arrivent en Arménie pour contrôler le cessez-le-feu et les actions militaires dans la zone de conflit du Haut-Karabakh, a déclaré aujourd’hui le ministère russe de la Défense.

Le contingent indique le ministère, comprend 1960 soldats, 90 véhicules blindés et 380 unités d’automobile et d’équipement spécial. «La base du contingent russe sera les unités de la 15 ème équipe de paix de tir motorisé du district militaire central qui quitte l’aérodrome de Ulyanovsk.»

Afin de contrôler le respect des accords, les parties au conflit prévoient le placement de postes d’observation russes le long de la ligne de contact dans le Haut-Karabakh et le long du corridor de Lachin, conformément aux accords indiqués dans la déclaration commune du président de la Fédération de Russie, du président de la République d’Azerbaïdjan et du premier ministre de la République d’Arménie.

À partir de 00 heures, heure de Moscou, le 10 novembre 2020 , un cessez-le-feu complet et toutes les actions militaires annoncées dans le Haut-Karabakh, poursuit le communiqué de la Défense russe.

La Turquie, grand soutien de Bakou, contrôlera avec la Russie l’application du cessez-le-feu au Nagorny Karabakh depuis un centre conjoint d’observation, a affirmé de son côté mardi la présidence turque à l’issue d’un entretien téléphonique entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine.

Ce centre d’observation russo-turc «sera basé sur le territoire de l’Azerbaïdjan» et « n’a rien à voir » avec les forces de maintien de la paix qui seront déployées au Nagorny Karabakh, a assuré pour sa part la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, lors d’une intervention télévisée.

Les unités des forces armées de la République d’Azerbaïdjan et de la République d’Arménie gardent les positions qu’elles avaient au moment de la signature de l’accord, précise le communiqué, ce qui, à toute fin pratique, consacre les victoires militaires azerbaïdjanaises dans cette région montagneuse du Caucase, aujourd’hui peuplée quasi exclusivement d’Arméniens et qui a fait sécession de l’Azerbaïdjan après une guerre dans les années 1990 et où des affrontements y opposaient depuis fin septembre séparatistes soutenus par Erevan et armée azerbaïdjanaise.

L’accord intervient après que les forces azerbaïdjanaises ont annoncé dimanche la prise de Choucha, ville stratégique située à 15 kilomètre de la capitale séparatiste, Stepanakert, et sur l’artère vitale reliant la république autoproclamée à son parrain arménien.

Les terres encore sous contrôle arménien le restent, et un corridor les reliera à l’Arménie, mais Bakou reprend par cet accord le contrôle de districts autour du Karabakh, sorte de glacis de sécurité constitué par les Arméniens autour de la république autoproclamée depuis 30 ans. Bakou a aussi reconquis des territoires de la province séparatiste.

Le premier ministre arménien avait indiqué sur Facebook que la signature de l’accord avait été «incroyablement douloureuse», mais que la décision s’imposait face aux avancées azerbaïdjanaises et avait aussi été réclamée par l’armée. «C’est un grand échec pour nous, une grande catastrophe», avait il écrit.

Peu après l’annonce de l’accord, des milliers de manifestants en colère se sont rassemblés aux abords du siège du gouvernement arménien aux cris de «traître» et «démission» à l’adresse de M. Pachinian, porté au pouvoir par une révolte populaire en 2018, mais le président du Nagorny Karabakh, Araïk Aroutiounian, a relevé que «si les hostilités avaient continué, nous aurions tout perdu en quelques jours».   

Le président azerbaïdjanais s’est pour sa part réjoui de la « capitulation » de son ennemi. « J’avais dit qu’on chasserait (les Arméniens) de nos terres comme des chiens, et nous l’avons fait », a-t-il martelé.

Le président français Emmanuel Macron a de son côté appelé à travailler à un « règlement politique durable » qui « préserve les intérêts de l’Arménie », et demandé « fermement à la Turquie de mettre fin à ses provocations ».

Aux États-Unis, un porte-parole du Département d’État s’est contenté d’indiquer : « Nous avons pris note des dispositions de l’accord de cessation des hostilités conclu sous l’égide de la Russie et nous serons intéressés d’apprendre les détails et les modalités de son application au fur et à mesure qu’il sera appliqué ».      

L’Iran a pour sa part salué l’accord, tout en réitérant son exigence de voir partir « tous les combattants étrangers » de Nagorny Karabakh, région proche de sa frontière.

Le conflit aura fait au moins 1440 morts depuis le 27 septembre, selon des bilans très partiels. Depuis des semaines, la Russie et d’autres puissances tentaient d’obtenir un cessez-le-feu, mais trois tentatives avaient échoué.

*Avec AFP