Une semaine après sa victoire, la Chine se décide à féliciter Biden

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Le porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin. (Twitter/@MFA_China)
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Alors que de nombreux dirigeants du monde entier ont félicité Joe Biden dès le samedi 7 novembre, la Chine a attendu près d’une semaine après l’annonce de la victoire du candidat démocrate pour enfin lui adresser ce vendredi 13 novembre ses félicitations pour son élection à la présidence des États-Unis.

«Nous respectons le choix du peuple américain. Nous adressons nos félicitations à M. Biden et à [la vice-présidente élue Kamala] Harris», a déclaré devant la presse Wang Wenbin, le porte-parole de la diplomatie chinoise. Alors que le président sortant Donald Trump n’a toujours pas admis sa défaite, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a répété vendredi que le résultat de l’élection américaine serait «confirmé conformément aux lois et procédures en vigueur aux États-Unis».

La Chine avait tardé ces derniers jours à reconnaître la victoire du candidat démocrate, disant vouloir attendre les résultats définitifs du scrutin.

Plusieurs observateurs croient que la lenteur de la réaction chinoise peut laisser supposer que Pékin misait sur une réélection de Donald Trump, largement perçu en Chine comme ayant affaibli son pays et l’Occident, même s’il a gravement contribué à détériorer les relations sino-américaines, notamment en déclenchant une guerre commerciale transpacifique.

Avec son retrait de la scène internationale, laissant toute la place à la Chine, Donald Trump était l’ennemi idéal pour Pékin qui ne se privait pas d’en profiter pour placer ses pions sur l’échiquier mondial, mais le retour de l’Amérique auprès de ses alliés avec l’administration Biden pourrait frustrer les ambitions chinoises.

Le porte-parole de la diplomatie chinoise n’a pas manqué de rappeler que la Chine a construit plus de 6000 km de voies ferrées et de routes en Afrique, développé près de 20 ports et plus de 80 grandes installations électriques, fourni environ 120 000 bourses d’études gouvernementales, créé 61 Instituts Confucius et 44 salles de classe Confucius dans 46 pays, [les Instituts Confucius, outils du rayonnement de la Chine, sont des établissements culturels publics à but non lucratif implantés depuis 2004 par la République populaire de Chine dans plusieurs villes du monde, NDLR] et a envoyé un total de 21 000 membres du personnel médical dans 48 pays, offrant des soins à environ 220 millions de patients.

Wang Wenbin a aussi rappelé que le commerce Chine-Afrique a augmenté de 20 fois depuis le 20 dernières années pour atteindre 208,7 milliards de dollars et l’investissement direct de la Chine en Afrique a été multiplié par 100 pour atteindre 49,1 milliards de dollars.

Il a aussi renouvelé les mises en garde de Pékin sur les l’ingérence étrangère à Taïwan, que Pékin considère toujours comme faisant partie de la Chine.

On ne sait pas si l’Amérique finira un jour par s’investir davantage en Afrique, mais, chose certaine, comme il l’avait fait pour l’Europe, Joe Biden s’est empressé de rassurer les principaux partenaires des États-Unis en Asie sur la solidité des engagements américains.

Hier, jeudi 12 novembre, le président élu américain s’est entretenu par téléphone avec trois dirigeants de pays alliés en Asie auprès desquels il s’est engagé à maintenir les pactes de défense mutuelle et à rétablir les relations qui s’étaient distendues sous la présidence de Donald Trump.

Alors que Trump avait menacé de retirer les troupes américaines présentes au Japon et en Corée du Sud, où quelque 28 500 soldats américains sont stationnés pour la protéger de la Corée du Nord,

Hier, Biden a assuré son le premier ministre japonais japonais de son «profond engagement en faveur de la défense du Japon» et des obligations auxquelles ces deux pays sont liés par des traités, dont, bien sûr, le traité de sécurité nippo-américain, confirmant que les engagements en matière de défense comprennent bien les îlots inhabités Senkaku/Diaoyu que se disputent depuis des décennies Tokyo et Pékin.

Quant à l’alliance entre les États-Unis et la Corée du Sud, dans un appel à son homologue sud-coréen Moon Jae-In, le futur locataire de la Maison-Blanche aurait qualifié cette alliance de «pilier de la sécurité et de la prospérité» dans la région et se serait aussi engagé à collaborer en matière de «problèmes communs» comme la Corée du Nord et le changement climatique.

Et pour ce qui est de l’Australie, dont les relations avec Pékin sont de plus en plus problématiques, le premier ministre Scott Morrisson a pour sa part déclaré après sa conversation avec Joe Biden: «Je viens de parler au président élu Joe Biden pour le féliciter de son élection. Il n’y a pas de plus grands amis et pas de plus grands alliés que l’Australie et les États-Unis. J’ai hâte de renforcer encore davantage notre alliance profonde et durable et de travailler étroitement avec lui alors que nous affrontons ensemble les nombreux défis du monde.»

De plus, outre le retour des États-Unis sur la scène internationale, le régime communiste pourrait également redouter de la part de Joe Biden une pression accrue de Washington sur les questions de droits de l’homme. Durant la campagne électorale, Joe Biden avait traité de «voyou» le président chinois Xi Jinping. «C’est un type qui n’a pas le moindre ossement de démocratie dans son squelette», avait-il déclaré.

D’ailleurs, pour l’heure, le numéro un chinois n’a toujours pas félicité personnellement le candidat démocrate.