Trump bientôt parti, la Turquie d’Erdogan sur la sellette à l’OTAN

Le président turc Recep Tayyip Erdogan le 16 septembre 2019 à Ankara en Turquie. [AFP]
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La Turquie a été soumise à un feu de critiques lors de la réunion virtuelle des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN et, lâchée par les États-Unis, doit se préparer à subir une vague de sanctions économiques américaines et européennes, rapporte ce mercredi l’Agence France-Presse qui dit avoir pu s’entretenir avec plusieurs participants.

Surprise ! Le secrétaire d’État américain sortant Mike Pompeo a dénoncé «les manquements» aux règles de l’Alliance et « la politique du fait accompli » menée par Ankara dans plusieurs crises régionales et, pour sa dernière réunion à l’OTAN avant de laisser la place à son successeur, il a demandé à la Turquie de «revenir à un comportement d’allié», a raconté un participant avec qui l’agence de presse dit s’être entretenue. « Son intervention a été très courte, mais très claire », a précisé un autre participant.

Le secrétaire d’État américain a aussi dénoncé «le cadeau» fait par Ankara à la Russie avec l’achat du système de défense anti-missile mobile S400 «non inter-opérable avec les systèmes de l’OTAN» et également déploré, toutes les décisions devant être prises à l’unanimité au sein de l’Alliance, la «prise en otage» par Ankara des plans de défense et des partenariats envisagés par l’OTAN, une attitude qui «affaiblit la cohésion de l’Alliance».

Les agissements turcs avaient déjà été dénoncés lors du sommet de Londres en 2019 par le chef de l’État français Emmanuel Macron, mais le président Donald Trump avait alors protégé et défendu le président Recep Tayyip Erdogan.

Emmanuel Macron s’est pour sa part entretenu au téléphone avec Jens Stoltenberg après la réunion d’aujourd’hui des ministes des Affaires étrangères de l’OTAN. « L’échange a été l’occasion d’aborder directement et en confiance les préoccupations exprimées par un nombre croissant d’alliés sur les choix stratégiques faits par la Turquie, qui nécessitent une clarification par une explication franche au sein de l’Alliance dans le nouveau contexte transatlantique » avec le président Joe Biden, a indiqué l’Élysée dans un communiqué.

La sévérité de l’intervention de Mike Pompeo au cours de la visioconférence a «désinhibé  les autres participants, et pour la première fois des accusations en règle ont été portées contre Ankara. «La Turquie est enfin perçue comme un problème pour l’Alliance, ce qui été nié jusqu’à présent, et il va falloir le régler», a commenté un responsable de l’Alliance selon l’agence de presse.

Plusieurs délégations auraient jugé que le moment était venu de sanctionner les agissements de la Turquie.

Les États-Unis ont approuvé des mesures économiques après l’achat du système de défense russe. Bloquées par Donald Trump, elles devraient entrer en vigueur mécaniquement avec l’arrivée de l’administration du président Joe Biden, a-t-on expliqué.

Le Canada a pour sa part suspendu les exportations de composants électroniques utilisées par le drone de combat turc TB2 utilisé en soutien des forces de l’Azerbaïdjan durant le conflit au Nagorny Karabakh.

Et les Européens doivent décider lors d’un sommet le 10 décembre si de nouvelles mesures doivent être adoptées contre le comportement d’Ankara en Méditerranée orientale et les violations de l’embargo des Nations unies sur les livraisons d’armes à la Libye.

La Commission européenne a préparé un train d’options comprenant notamment des sanctions économiques sectorielles, prêtes à être utilisées.