Le gouvernement Harper, qui l’avait nommé au poste de chef d’état-major de la Défense, avait été prévenu des allégations d’inconduite visant le général Vance

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Le gouvernement Harper, qui l’avait nommé au poste de chef d’état-major de la Défense en 2015, avait été prévenu des allégations d’inconduite visant le général Jonathan Vance, qui fait maintenant l’objet d’une enquête, mais avait été assuré par les Forces armées canadiennes, les hauts fonctionnaires et le général lui-même qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, rapportent cette semaine les médias canadiens.

Ray Novak, l’ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, témoignant cette semaine devant le comité de la Défense des Communes, a déclaré qu’il pensait maintenant que Vance n’avait pas été franc et honnête.

Le général Vance, qui a pris sa retraite en janvier de cette année, était alors pressenti pour devenir le nouveau chef d’état-major de la Défense. C’est à ce moment que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a appris, si on en croit le témoignage de Novak, que l’officier supérieur avait une liaison avec une subordonnée alors qu’il occupait un poste de haut niveau de l’OTAN à Naples, en Italie.

En principe, une directive des Forces armées canadiennes (la DOAD 5019-1, Relations personnelles et fraternisation) interdit la fraternisation avec une subordonnée pour «préserver l’intégrité du commandement et l’exercice de l’autorité légitime, en veillant à ce que les chefs à tous les échelons demeurent objectifs et crédibles et ne compromettent pas les relations de supérieur à subordonné et d’instructeur à stagiaire ainsi que les rapports de commandement, au Canada comme à l’étranger.»

Mais les responsables des Forces canadiennes ainsi que les hauts fonctionnaires ont informé à l’époque le gouvernement Harper que ce n’était pas un problème, car la femme, un officier américain, ne faisait pas partie de la chaîne de commandement directe de Vance.

Le premier ministre Stephen Harper a rencontré Vance en mars 2015 pour lui poser des questions sur cette affaire et a également demandé au général s’il y avait autre chose dont il devrait être informé. «Je ne me souviens pas que le général ait fait d’autres commentaires que de déclarer que lui et sa fiancée étaient soulagés que l’affaire ait été examinée et qu’elle soit derrière lui», a déclaré Novak devant le comité des Communes chargé d’examiner les allégations contre Vance, mais qui cherche aussi à savoir qui savait quoi et quand.

En juillet 2015, juste avant la cérémonie de passation de commandement de Vance en tant que chef d’état-major de la Défense, le gouvernement Harper a reçu deux autres avertissements. L’un était un courriel anonyme décrivant la liaison de Vance à Naples et l’autre était une rumeur selon laquelle Vance, quand il occupait un poste de commandement à la BFC Gagetown, aurait eu une relation inappropriée avec une subalterne et aurait interféré dans l’évaluation et la carrière d’une subordonnée

L’ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper a déclaré au Comité de la Défense de la Chambre des Communes qui étudie l’affaire que le gouvernement conservateur avait aussi été informé que le Service national des enquêtes des Forces canadiennes avait examiné la question de Naples et avait conclu qu’il n’y avait aucun acte répréhensible. Quant aux allégations de Gagetown, Novak a été informé qu’il n’y avait aucun dossier de plainte. En outre, Vance a nié s’être ingéré dans la carrière d’un officier subalterne.


Le mois dernier, la major Kellie Brennan pourtant affirmé à la chaîne privé d’information Global News, la première à révéler début février ces allégations, qu’elle avait eu une relation de longue durée avec Vance qui avait commencée à la BFC Gagetown et s’était poursuivie à Toronto en 2006 lorsque le général était son officier supérieur.


«Si elles sont vraies, et je n’ai aucune raison de douter d’elle, [ces allégations signifient] que le général n’a pas été honnête avec le premier ministre lors de leur réunion de 2015», a déclaré Novak.

Avant le témoignage de Ray Novak, l’ex-ombudsman des Forces canadiennes Gary Walbourne, qui se s’était pas gêné pour publier une lettre particulièrement amère quand il avait annoncé sa démission en 2018, avait témoigné au Comité qu’en mars 2018 il avait communiqué au ministre libéral de la Défense Harjit Sajjan des détails sur des allégations d’inconduite sexuelle impliquant Vance, mais que Sajjan avait alors choisi d’ignorer ces allégations et avait refilé l’affaire au Bureau du Conseil privé.

Cette information comportait une nouvelle allégation selon laquelle Vance aurait fait un commentaire à forte connotation sexuelle à une jeune subordonnée en 2012.

Toujours selon Global, qui a révélé les accusations de Brennan début février, Vance a reconnu avoir entretenu une relation avec elle il y a près de 20 ans, mais qu’elle avait évolué au fil des ans et n’était pas sexuelle, mais une simple relation entre collègue… À l’origine, Vance avait pourtant déclaré à Global qu’il ne connaissait Brennan que dans un contexte professionnel et nié avoir eu une relation avec elle, quelle qu’en ait été la nature…

Quant au commentaire à forte connotation sexuelle à une jeune subordonnée en 2012, Jonathan Vance a dit ne pas en avoir souvenir, mais que, si cela était, il s’agissait très certainement d’une simple…blague.

Le général à la retraite fait actuellement l’objet d’une enquête du Service national des enquêtes des Forces canadiennes..