Opération Honour: on ferme les livres, mais la mission est loin d’être terminée !

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Je ne suis pas devin. Je ne prétends pas l’être. Toutefois, comme plusieurs, j’ai vu neiger. J’ai assez vu neiger pour avoir eu des doutes et faire preuve de scepticisme, dès 2015, sur les portées véritables et concrètes de l’opération Honour. À contrario du capitaine Bonhomme, les sceptiques n’ont pas été confondues !

Est-ce que l’opération Honour est un succès ou un échec ou un entredeux ?

Certains peuvent conclure que l’opération Honour est un succès, car comme nous le voyons actuellement, l’ancien et le nouveau chefs d’état-major de la Défense font actuellement l’objet d’une enquête pour des inconduites alléguées. Conséquemment, si les deux militaires qui sont au sommet de la hiérarchie militaire canadienne peuvent être sous enquête, toutes les personnes qui portent l’uniforme pourraient l’être si elles ont commis de tels gestes. De plus, des structures d’aide et de soutien comme le  Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle (CIIS) ont été édifiées dans les FAC et cela a permis à de nombreuses victimes d’y avoir accès.

D’autres peuvent conclure que l’opération Honour est un échec. Nous pourrions même aller jusqu’à dire que sur le plan de l’objectif de mission, il s’agit d’un échec monumental. La mission de l’opération Honour était : « Éliminer les comportements sexuels dommageables et inappropriés au sein des FAC ». L’objectif de mission n’a pas été atteint. Même son de cloche, si nous regardons les résultats finaux attendus de l’opération Honour qui étaient que : « […] tous les membres des FAC pourront s’acquitter de leurs tâches dans un environnement sans comportements sexuels dommageables et inappropriés et profiter pleinement du soutien d’une organisation qui favorise la confiance mutuelle, le respect, l’honneur et la dignité ».

Personnellement, je suis d’avis que l’opération Honour a connu certains succès et certains échecs, mais qu’en dernière analyse, il reste encore énormément de travail à faire et les prochains mois seront déterminants pour donner le « coup de barre » nécessaire pour adresser adéquatement les inconduites. Dans l’Ordre d’opération du chef d’état-major de la Défense – Op Honour, pour atteindre les résultats finaux attendus, trois conditions d’adhésion étaient nécessaire dont tout particulièrement le changement culturel au sein des FAC. J’ai l’impression que les FAC avaient sous-estimé la lourdeur de la tâche qu’implique le changement culture au sein d’une organisation structurée comme les FAC.

En juin 2015, voilà ce que j’écrivais dans les pages de 45eNord.ca. « Le changement de mentalités au sein des FAC est très loin d’être une mince affaire. Prenons l’exemple de la santé mentale où cela a pris un général avec trois feuilles d’érable sur les épaules en état de détresse dans un parc en Outaouais pour commencer à ouvrir les discussions sur le sujet. Près de 20 ans plus tard, il fait nul doute que les questions de santé mentale ont grandement évolué dans les FAC, mais il reste encore énormément de chemin à parcourir pour prétendre avoir la coupe aux lèvres. Un autre défi vient du fait que les FAC sont une institution bâtie sur des traditions anciennes (principalement des Forces britanniques), des doctrines propres, des directives internes, des ordres et des règlements et une multitude de sous-cultures entre les éléments (l’Armée ne fonctionne pas comme la Marine) et aussi à l’intérieur de chacun des éléments (le R22eR ne fait pas les mêmes choses que le RCR ou le PPCLI). Dans cette optique des choses, le changement des mentalités sera un travail de longue haleine. Il faudra faire de la sensibilisation, de la formation, des rappels, modifier les directives en place et surtout passer un message fort en ne laissant passer aucun comportement de la sorte. La major-général Whitecross devra donc se lever tôt et travailler sans relâche pour amorcer ces changements ».

En somme, on ferme les livres sur l’opération Honour, mais la mission est loin d’être terminée. J’espère sincèrement que les FAC produiront un compte rendu après actions (after actions report dans le jargon) sur les succès, sur les échecs et sur le travail qui reste à faire suite à cette mission. Cette réflexion est sans contredit nécessaire pour poursuivre le travail sur les conduites inappropriées dans les FAC. Je l’ai dit et je le redis, mettre un accent uniquement sur les comportements sexuels inappropriés revient à travailler en silo sur une problématique beaucoup plus large, complexe et dynamique qui implique la somme des inconduites incluant les propos inappropriés, le harcèlement psychologique, les menaces, la surconsommation de boisson alcoolisée ou les représailles après une dénonciation ou à une plainte. Dans de nombreux cas, il y a une escalade des comportements inappropriés et les inconduites sexuelles en sont le point culminant. En fin de compte, je salue l’initiative du lieutenant-général Wayne Eyre, chef d’état-major de la Défense par intérim de vouloir intégrer des interventions venant de l’extérieur des FAC pour contribuer à un examen de l’organisation militaire et de sa culture.