Les djihadistes délogés de la ville de Palma au Mozambique

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Deux semaines après une attaque djihadiste d’ampleur qui a ravagé Palma, dans le nord-est du Mozambique, le président Filipe Nyusi a affirmé que les rebelles avaient été délogés de la ville portuaire stratégique, sans pour autant crier victoire, rapporte aujourd’hui l’Agence France-Presse.

«Les terroristes ont été chassés de Palma», a-t-il déclaré mercredi dans un discours à la Nation. Mais, en lutte depuis plus de trois ans contre des combattants islamistes connus localement sous le nom d’Al-Shabab («les jeunes» en arabe), dans la province pauvre, mais riche en gaz naturel du Cabo Delgado, le chef de l’État s’est gardé de tout triomphalisme, rapporte l’agence de presse.

Le 24 mars, des groupes armés ont lancé un raid sanglant et minutieusement préparé sur la ville de Palma, 75 000 habitants, à seulement quelques kilomètres du mégaprojet gazier du groupe français Total, sur la péninsule d’Afungi. Officiellement, des dizaines de civils, policiers et militaires ont été tués. En réalité sans doute beaucoup plus, le bilan final n’est pas encore connu.

Plusieurs témoins de l’attaque, revendiquée par le groupe État islamique (EI), et des sources sécuritaires ont décrit des morts gisant dans les rues et des corps décapités, méthode caractéristique des djihadistes dans la province frontalière de la Tanzanie, où ils pratiquent depuis 2017 une violence spectaculaire pour marquer les esprits.

Des images diffusées à la télévision mozambicaine ont montré des maisons en ruines, des banques, un hôpital dévasté et des véhicules en cendres. Au milieu de militaires nombreux et lourdement armés, quelques habitants récupéraient de la nourriture.

Les autorités ont déclaré avoir partiellement repris le contrôle de la ville lundi et tué un nombre «important» de combattants islamistes, au terme de plusieurs jours d’offensive pour reprendre Palma, tombée aux mains des assaillants fin mars.

Le commandant des opérations, Chongo Vidigal, avait dit sentir «l’odeur des cadavres des terroristes». Mais depuis les premières attaques, les forces gouvernementales se sont montrées incapables de combattre efficacement les rebelles.  

Considérée comme un tournant, cette dernière attaque a contraint Total à battre en retraite quelques jours plus tard. Tout le personnel évacué, un projet de plusieurs milliards d’euros désormais à l’arrêt complet.

Capture d’écran d’une vidéo de propagande islamiste disant montrer des combattants près de la ville de Palma, au Mozambique.

Réunion d’urgence

L’attaque a aussi déclenché une série de réactions de quelques pays occidentaux et des États d’Afrique australe, inquiets que la rébellion djihadiste ne se propage hors du Cabo Delgado.  

Six présidents de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) doivent se réunir jeudi en urgence sur le sujet. « Notre gouvernement a exprimé à la communauté internationale les besoins pour lutter contre le terrorisme et ces besoins sont en cours d’évaluation », a déclaré Filipe Nyusi.  

Le voisin sud-africain, principale puissance militaire de la région et dont plusieurs ressortissants étaient pris dans les violences, a déclaré engager une réflexion.

Après l’attaque, le Portugal, l’ancienne puissance coloniale, a envoyé une soixantaine d’hommes au Mozambique et les États-Unis ont offert leur assistance. « Ceux qui viennent de l’extérieur ne viendront pas pour nous remplacer. Ils viendront pour nous soutenir », a toutefois souligné le président mozambicain, évoquant « un sentiment de souveraineté ».

Cette attaque a aussi aggravé la crise humanitaire dans la région. Près de 11 000 personnes ont été déplacées, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Quelque 23 000 autres se trouveraient encore près du site de Total.

Plus de 670 000 personnes avaient déjà été forcées à quitter leur foyer à cause des violences dans la région, selon l’ONU.

Depuis deux semaines, de nombreux habitants continuent à errer dans la brousse, sans nourriture ou accès à l’eau, marchant sur des centaines de kilomètres vers les villes voisines pour trouver refuge, ou vers la frontière tanzanienne au nord.

Les groupes armés, qui contrôlent le port stratégique de Mocimboa da Praia depuis août 2020, sont montés en puissance depuis un an, multipliant les attaques. L’ONG Acled recensait déjà 2600 morts avant l’attaque de Palma, dont la moitié de civils.

*Avec AFP