Mouvements russes vers l’Ukraine, les Américains augmentent le niveau d’alerte de leurs troupes en Europe

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Sur cette photo, les troupes ukrainiennes alors qu’elles se préparaient à mener des exercices de combat au Centre d'entraînement au combat de Yavoriv, Ukraine, le 14 novembre 2020. Le chef d'état-major interarmées américain , le général Mark Milley, a contacté mercredi 31 mars 2021 ses homologues russes et ukrainiens à la suite d'informations faisant état de troupes russes se dirigeant vers l'Ukraine. (U.S. Army)
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Le Commandement des troupes américaines en Europe (U.S. EUCOM) a augmenté son niveau d’alerte en raison des craintes que la Russie ne masse des forces autour de l’est de l’Ukraine, où le Pentagone indique que les tensions se sont intensifiées ces dernières semaines, rapporte aujourd’hui le Stars and Stripes, le journal officiel des forces américaines.

«Nous discutons de nos préoccupations concernant cette augmentation des tensions et des violations du cessez-le-feu et des tensions régionales avec les alliés de l’OTAN», a déclaré mercredi le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

La situation en Ukraine a incité le même jour le chef d’état-major interarmées américain , le général Mark Milley, à entrer en contact avec ses homologues en Russie et en Ukraine, dans le but de désamorcer une situation qui a fait craindre en Ukraine une offensive russe imminente.

La semaine dernière, le général Tod Wolters avait relevé le niveau de surveillance de l’EUCOM pour l’Ukraine, passant d’une crise possible à une crise potentielle imminente – le niveau le plus élevé, a rapporté mercredi le New York Times

L’EUCOM a refusé de commenter le changement du niveau de menace, mais a déclaré qu’il surveillait attentivement les événements en Ukraine.

Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, cité par le Stars and Stripes, a pour sa part déclaré que les changements dans les niveaux d’alerte dits «WATCHCON» expriment une «préoccupation du commandement concernant une menace potentielle et la capacité de fournir des avertissements futurs».

«Ainsi, en définissant un niveau d’alerte, le commandement est en fait mieux en mesure d’identifier et de suivre la menace et d’alerter les décideurs sur les préoccupations émergentes», a expliquer Kirby, sans discuter spécifiquement du niveau actuel d’alerte l’EUCOM.

Depuis l’intervention militaire de Moscou en Ukraine en 2014, il y a eu des affrontements réguliers entre les séparatistes soutenus par la Russie dans l’est du pays et les forces gouvernementales. Sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, des dizaines de vidéos ont montré des convois russes de chars et d’autres véhicules de combat se dirigeant apparemment vers l’Ukraine.

Michael Kofman, un analyste de la sécurité avec une expertise sur la Russie, cité lui aussi par le Stars and Stripes, a déclaré que ce que Moscou avait prévu n’était pas clair.

«Concernant les mouvements de force autour de l’Ukraine. Aucune preuve solide qu’une attaque est imminente, mais les mouvements de force indiquent que quelque chose se passe en dehors des exercices réguliers ou de la rotation normale des troupes », a déclaré Kofman dans un message sur Twitter. «Les intentions de la Russie (ne sont) pas claires.»

Le porte-parole du Pentagone n’a pas quant à lui proposé d’explication sur l’accumulation militaire apparente, mais a blâmé Moscou pour les récentes violations d’un accord de cessez-le-feu de juillet 2020 en Ukraine, qui a entraîné la mort de quatre soldats ukrainiens la semaine dernière.

La Russie a également intensifié ses manœuvres au-delà de l’Ukraine ces derniers jours.

Lundi, des avions de combat de l’OTAN ont effectué 10 interceptions d’avions de combat russes, s’étendant de l’Arctique au sud de l’Europe, alors que l’alliance a contré ce qu’elle a appelé «un pic inhabituel» de vols. Des avions alliés ont suivi des bombardiers et des chasseurs russes au-dessus de l’Atlantique Nord, de la mer du Nord, de la mer Noire et de la mer Baltique, a indiqué l’OTAN

Le Kremlin se veut rassurant

Des obusiers autopropulsés russes 2S19-Msta filmés près de Kerch, sur la péninsule de la Crimée, et transportés par train en direction de la frontière avec l’Ukraine. (Twitter)

Par ailleurs, aujourd’hui, le Kremlin se veut rassurant et a dit à l’Ukraine et aux Occidentaux de ne pas «s’inquiéter » des mouvements de troupes russes à la frontière ukrainienne, tentant de calmer les craintes de Kiev que le conflit avec les rebelles prorusses dans l’est ne puisse dégénérer.

«La Russie déplace ses forces armées sur son territoire comme elle l’entend», a relevé Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence russe, «mais cela ne représente une menace pour personne et ne doit inquiéter personne».

Moscou impute pour sa part la dégradation de la situation dans l’est de l’Ukraine aux autorités de Kiev, les accusant de faire échouer les efforts de paix en refusant le dialogue avec les séparatistes.

Le conflit ukrainien a commencé juste après l’annexion russe de la Crimée, dans la foulée d’une révolution pro-occidentale à Kiev que Moscou voulait à tout prix éviter.

La guerre a fait plus de 13 000 morts depuis le printemps 2014.

Moscou, le parrain politique et militaire des séparatistes depuis le début du conflit en 2014, a toujours nié avoir eu des hommes ou des armes sur le terrain.

Peskov a réaffirmé jeudi que «les militaires russes» n’avaient «jamais pris part» à cette guerre.