Conflit Israël/Hamas: la patience de la communauté internationale tire à sa fin

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Dans le conflit Israël/Hamas, la patience de la communauté internationale, choquée par le bombardement d’une tour abritant les bureaux de médias étrangers è Gaza et inquiète de la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne, tire à sa fin et pousse Israël è chercher à conclure un cessez-le-feu.

Mise à jour 16/05/2021, 10h53

Une attaque à la voiture-bélier visant des forces de sécurité israélienne a fait de nombreux blessés dimanche après-midi à Jérusalem-Est, selon la police et des secouristes. «Quatre policiers ont été blessés dans une attaque à la voiture-bélier» dans le quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, a indiqué la police israélienne, alors que les secouristes locaux ont fait état de sept blessés au total.

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Alors que Tashal a bombardé samedi après-midi le Burj al Jala, une tour de 15 étages abritant notamment les locaux à Gaza de la grande agence américaine Associated Press (AP) et de la chaîne qatarie Al-Jazzera, mais aussi des bureaux des services de renseignements du Hamas, plusieurs voix se sont élevés pour exprimer leur inquiétude, certaines dénonçant une atteinte à la liberté de la presse.

Une heure plus tôt, l’armée israélienne avait, comme à son habitude, prévenu le propriétaire de l’immeuble de la frappe, ce qui a permis aux occupants d’évacuer les lieux.

«Le monde en saura moins sur ce qui se passe à Gaza à cause de ce qui s’est passé aujourd’hui», a déclaré Gary Pruitt, président et directeur général de l’AP. «Nous sommes choqués et horrifiés que l’armée israélienne ait pris pour cible et détruit le bâtiment abritant le bureau de l’AP et d’autres organisations de presse à Gaza.»

Le chef du bureau d’Al-Jazeera en Israël et dans les Territoires palestiniens Walid al-Omari, furieux, a pour sa part déclaré qu’Israël avait «décidé non plus de causer des destructions et des morts, mais aussi de faire taire ceux qui le montrent».

«Nous avons fait savoir directement aux Israéliens que garantir la sûreté et la sécurité des journalistes et des médias indépendants est une responsabilité primordiale.», a tout de suite réagi la Maison-Blanche par la voix de sa porte-parole, Jennifer Psaki.

Le président Joe Biden s’est entretenu avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu de la montée de la violence. «Il a fait part de ses préoccupations concernant la sûreté et la sécurité des journalistes et a renforcé la nécessité d’assurer leur protection», a déclaré la Maison Blanche.

Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, s’est dit, lui, «profondément perturbé» par l’attaque, de même que le ministre des Affaires étrangères du Canada Marc Garneau, qui a insisté sur «l’importance fondamentale de protéger les journalistes».

«Le Canada suit la situation en Israël, en Cisjordanie et à Gaza avec une grande inquiétude. Toutes les parties doivent prendre des mesures immédiates pour mettre fin à la violence, désamorcer les tensions et protéger les civils, réfugiés, journalistes et médias.», a déclaré le ministre Garneau sur son compte twitter samedi.

«Le Canada réitère l’importance fondamentale de protéger les journalistes et défendra toujours la liberté de la presse, une pierre angulaire de toute société et les journalistes doivent être libres de faire leur travail. Leur sûreté et sécurité doivent toujours être assurées.»

Des cibles militaires protégées par la présence de civils

Les Forces de défense israéliennes ont confirmé que les avions de combat de l’armée de l’air israélienne avaient frappé la tour à Gaza parce qu’elle abritait ce que l’armée a qualifié de «biens militaires» appartenant au Hamas, qui les croyait protégés par la présence des bureaux de médias étrangers dans la même tour qu’eux.

Toujours selon l’armée israélienne, la tour abritait «des bureaux appartenant à une organisation médiatique civile que l’organisation terroriste du Hamas utilisait comme boucliers humains».

En soirée samedi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répété que le bâtiment était utilisé par le renseignement militaire du Hamas. «Ce n’était pas un bâtiment innocent», a dit Netanyahu.

Israël évoque régulièrement une présence du Hamas comme raison de cibler des bâtiments et a également accusé à plusieurs reprises le groupe d’utiliser des journalistes comme boucliers humains.

Le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, porte-parole de Tsahal, a refusé pour des raisons de sécurité de fournir des preuves étayant les affirmations de l’armée, affirmant que cela compromettrait les efforts de renseignement.

«Je pense que c’est une demande légitime de voir plus d’informations, et je vais essayer de les fournir», a-t-il toutefois déclaré, ajoutant que l’armée était «engagée à la fois envers les journalistes, leur sécurité et leur travail».

L’attaque est survenue un jour après que l’armée israélienne ait fourni aux médias des informations vagues – et dans certains cas erronées – sur une possible incursion terrestre à Gaza. Il s’est avéré qu’il n’y avait pas eu d’invasion terrestre et la déclaration faisait partie d’une ruse élaborée visant à tromper les militants du Hamas et à les amener à se réfugier dans des positions souterraines défensives qui ont ensuite été détruites lors des frappes aériennes israéliennes.

Tôt dimanche, le Hamas a tiré une pluie de roquettes sur la métropole israélienne, Tel Aviv, affirmant que c’était une vengeance pour avoir rasé la tour à Gaza.

Près de 3000 roquettes tirées de Gaza depuis lundi

Près de 3000 roquettes ont été tirées en moins d’une semaine de la bande de Gaza vers le sol israélien, a indiqué dimanche l’armée israélienne.

Depuis le début lundi soir de ces hostilités meurtrières, «le Hamas mène une attaque très intense en termes de cadence de tir», a déclaré le général Ori Gordin lors d’un entretien avec des journalistes.

«Plus de 1000 roquettes qui devaient tomber sur des zones habitées ont été interceptées » depuis lundi, a dans le même temps affirmé le ministre de la Défense Benny Gantz sur Twitter.

L’armée avait indiqué en matinée avoir ciblé 90 positions du Hamas et du Djihad islamique, deuxième groupe armé dans l’enclave, ces dernières 24 h à Gaza.

Le domicile de Yahya Sinouar, chef du bureau politique du Hamas dans ce territoire palestinien, a été touché par une de ces frappes israéliennes. Il n’était pas clair dans l’immédiat s’il s’y trouvait.

Selon les autorités locales, les frappes israéliennes ont fait 181 morts, dont 52 enfants, et plus de 1200 blessés dans la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis près de 15 ans.

En Israël, 10 personnes dont un enfant et un soldat ont été tués après des tirs de roquettes en provenance de l’enclave palestinienne.

Ce nouveau conflit a commencé en réponse à un barrage de roquettes du Hamas sur Israël, tirées en «solidarité» avec les manifestants palestiniens et les centaines de Palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne à Jérusalem-Est.  

À l’origine des violences, la menace d’expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens dans ce secteur palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

La patience de la communauté internationale tire à sa fin

Le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, s’est pour sa part entretenu samedi avec le secrétaire américain à la Défense Lloyd J. Austin III, avec une déclaration du département de la Défense disant que «le secrétaire Austin a réaffirmé le droit d’Israël à se défendre. Il a fermement condamné la poursuite des attaques du Hamas et d’autres groupes terroristes contre des civils israéliens. Le secrétaire a partagé son point de vue sur la nécessité de rétablir le calme.»

Pendant ce temps, des sources diplomatiques à Jérusalem ont déclaré dimanche que le soutien international public dont jouit Israël depuis le lancement de son opération militaire à Gaza touche à sa fin, ce qui l’obligera à accepter vers un cessez-le-feu, rapportent les médias israéliens.

Le message véhiculé est qu’un cessez-le-feu doit être conclu dès que possible, l’une des principales raisons de la pression étant l’inquiétude face à la détérioration de la situation humanitaire à Gaza.

Dimanche matin, l’envoyé américain Hady Amr a rencontré le ministre de la Défense Benny Gantz et a tenu une série de pourparlers visant à mettre fin aux hostilités.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit entre-temps se réunir et discuter de la situation ce dimanche après-midi. Les ministres des Affaires étrangères égyptien et jordanien devraient s’adresser aux membres du Conseil , tout comme le représentant palestinien et l’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Gilad Erdan.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les diplomates israéliens avaient accordé des centaines d’interviews aux médias dans le monde au cours des derniers jours et avaient eu des discussions avec les décideurs là où ils sont en poste. Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi lui-même s’est entretenu ces derniers jours avec plus de 30 ministres des Affaires étrangères.

Mais tout indique que la patience de la communauté internationale tire à sa fin et que le Hamas risque encore une fois de gagner la guerre de l’opinion.

*Avec AFP